Le ciment social de l'Ontario français

Les Oblats occupent le siège épiscopal d'Ottawa et... (Étienne Ranger, Archives LeDroit)

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Les Oblats occupent le siège épiscopal d'Ottawa et ont la direction de la cathédrale d'Ottawa et de l'église St-Joseph.

Étienne Ranger, Archives LeDroit

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Hugues Théorêt

L'auteur est chercheur en histoire canadienne. Il prononce des conférences et écrit sur le sujet. Il a aussi travaillé sur des séries documentaires télévisées. En parallèle, il poursuit des études doctorales en histoire à l'Université d'Ottawa.

Le Droit

L'Église catholique a été le fer de lance de la culture franco-ontarienne.

La création du Haut-Canada en 1791 mène à la fondation du premier diocèse catholique, en 1826, celui de Kingston mené par Mgr Alexander MacDonell.

L'Église catholique du Haut-Canada connaît une expansion rapide après 1840. Quatre nouveaux diocèses sont fondés : Toronto en 1841, Bytown en 1847, London en 1856 et Hamilton en 1856. Leurs venues s'accompagnent d'institutions catholiques, d'hôpitaux, de couvents et de collèges. Celui de Bytown est certainement le plus empreint de la culture francophone.

Pendant 25 ans, le diocèse de Bytown est dirigé par Mgr Bruno Guigues. En 1848, il demande l'autorisation de fonder une institution d'enseignement secondaire pour les garçons de son diocèse. En septembre 1848, le Collège Saint-Joseph de Bytown accueille ses premiers étudiants. Des pères de l'Ordre des Oblats de Marie Immaculée forment le noyau du corps professoral. En 1853, la direction du collège d'enseignement classique est confiée au père Joseph-Henri Tabaret. En 1861, le collège prend le nom de Collège d'Ottawa puis, en 1866, l'institution devient l'Université d'Ottawa.

Les Oblats occupent le siège épiscopal d'Ottawa et ont la direction de la cathédrale d'Ottawa et de l'église St-Joseph. De plus, en 1870, Mgr Guigues leur lègue la paroisse Notre-Dame de Grâce de Hull. En parallèle, les Oblats organisent des missions auprès des autochtones à Témiskaming (1863), Matawa (1869) et Nord-Témiskaming (1896).

À Ottawa, la paroisse catholique, Notre-Dame de Lourde, est fondée par les Pères Montfortains de la Compagnie de Marie. Ils érigent leur église en 1887 et le scolasticat en 1901. Dès 1889, ils prennent la direction des pèlerinages et, en 1908, dotent la paroisse Notre-Dame de la grotte de Lourdes. La même année, ils inaugurent l'église Saint-Charles, située le long de l'avenue Beechwood.

Les Filles de la Sagesse, la branche soeur de la Compagnie de Marie, arrivent en 1891 et se consacrent à l'enseignement. Elles font construire un pensionnat et un noviciat en 1904. Les francophones de Bytown et Ottawa doivent aussi beaucoup aux Soeurs de la Charité qui, sous la direction de Soeur Elisabeth Bruyères, fondent dès 1845 des dispensaires, ouvrent des écoles catholiques et des orphelinats, des maisons de retraite et mettent sur pied le premier hôpital de Bytown qui deviendra le futur Hôpital Général d'Ottawa. À la mort de Soeur Élisabeth en 1876, les Soeurs de la Charité comptent à leur fiche un nombre impressionnant d'oeuvres et de réalisations: 23 maisons actives, 198 professes vivantes, 22 écoles paroissiales, 10 pensionnats, 2 hôpitaux généraux, 3 foyers d'enfants, 3 foyers de personnes âgées et 2 missions apostoliques.

Dans les années 1930, d'autres congrégations religieuses s'établissent à Ottawa. Les Soeurs Grises de Pembroke enseignent à l'école de l'Assomption dès 1934. Les Pères Blancs missionnaires d'Afrique édifient un vaste scolasticat en 1938 dans le parc Richelieu. Les Frères du Sacré-Coeur prennent la direction de l'école Saint-Charles en 1935, de l'école Genest en 1939 et puis de l'école Ducharme en 1941. Ainsi, ces communautés participent à l'édification de la culture francophone, au moment où l'Ontario francophone est engagée dans de nombreuses luttes pour obtenir le droit à une éducation en français.

La guerre des soutanes en Ontario

Pendant le dernier quart du XIXe siècle, un conflit de frontières ecclésiastiques divise les Canadiens anglais et les Canadiens français de l'Ontario. Les diocésains d'origine irlandaise n'aiment pas être soumis à un évêque canadien-français, pas plus que les Canadiens ne digèrent la présence d'un curé irlandais. En 1870, l'érection de la province ecclésiastique de Toronto permet aux anglophones de se libérer de la tutelle de Québec. L'évêque de Toronto, John Joseph Lynch, tente d'annexer à sa province la partie ontarienne du diocèse d'Ottawa. Selon Lynch, le fait que la ville d'Ottawa se trouve en Ontario suffit à justifier ce transfert, mais il estime en plus que la capitale du pays doit avoir un évêque dont la langue maternelle est l'anglais. De plus, Mgr Lynch croit que les Irlandais sont un peuple choisi destiné à préserver et à répandre la vraie foi partout dans le monde. L'évêque du diocèse d'Ottawa, Mgr Guigues, s'oppose à ce transfert en faisant valoir que la moitié des fidèles catholiques habitant la partie ontarienne du diocèse sont de langue française. Le Saint-Siège refuse d'apporter au diocèse d'Ottawa les changements réclamés par les évêques ontariens. Finalement, en 1874, Rome choisit Joseph-Thomas Duhamel pour succéder à Mgr Guigues. Mgr Duhamel est ordonné en la cathédrale d'Ottawa le 28 octobre 1874. Mgr Duhamel exige que les prêtres anglophones apprennent le français et gronde sévèrement ceux qui refusent de desservir les francophones dans leur langue. En 1874, le diocèse d'Ottawa compte 60 paroisses, 80 prêtres et 100 000 fidèles. À la mort de Duhamel en 1909, le diocèse compte plus de 140 paroisses et missions, 250 prêtres et 150 000 fidèles.

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