Le développement du Haut-Canada

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En 1792, Toronto change de nom pour devenir York.

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Hugues Théorêt

L'auteur est chercheur en histoire canadienne. Il prononce des conférences et écrit sur le sujet. Il a aussi travaillé sur des séries documentaires télévisées. En parallèle, il poursuit des études doctorales en histoire à l'Université d'Ottawa.

Le Droit

Avant 1791, le développement du Haut-Canada (l'Ontario actuelle) s'est fait sensiblement de la même façon que celui du Québec. Missionnaires, coureurs des bois et commerce des fourrures composaient l'essentiel de l'activité humaine.

Au nombre de 6000, les premiers loyalistes qui viennent dans le Haut-Canada, entre1775 et1791, sont surtout des Écossais. En 1786, un deuxième groupe de colons arrive directement d'Écosse et, en 1804, un troisième s'installe dans la région de Glengarry. En 1793, la capitale du Haut-Canada qui est à Newark (aujourd'hui Niagara-on-the-Lake) déménage à York (aujourd'hui Toronto). John Graves Simcoe devient le premier lieutenant-gouverneur du Haut-Canada (de1791 à1796). Il souhaite modeler le nouveau territoire comme en Angleterre et instaurer l'anglicanisme comme religion d'État.

Considérant que la province est faite pour eux, les loyalistes ne s'embarrassent pas des problèmes linguistiques vécus au Bas-Canada. Simcoe fait tout pour effacer toute trace française, et même amérindienne, dans sa colonie. Dès 1792, Simcoe fait disparaître les noms français des rivières du Haut-Canada. Ainsi, la rivière La Tranche devient la Thames River, la rivière Chippewa devient la Welland River, la rivière Toronto devient la Humber River, le lac aux Claies devient le Simcoe Lake et Toronto devient York.

Dans ces circonstances, on peut comprendre que la colonisation des francophones en Ontario commence plus tardivement qu'au Bas-Canada. En 1819, par exemple, on ne retrouve que 4000 francophones dans le Haut-Canada sur une population totale de 120000 personnes.

À l'époque, une part importante des francophones se trouve à Bytown (aujourd'hui Ottawa) qui se développe grâce aux travaux de canalisation du canal Rideau qui débutent en 1827 sous la direction du colonel John By. On érige des maisons pour les ouvriers du canal. Les francophones occupent une place si importante qu'ils réussissent à y faire élire un des leurs comme maire en 1853: Joseph-Balsora Turgeon. En 1855, Turgeon propose que Bytown obtienne le statut de ville et qu'elle prenne le nom de «Ottawa», un dérivé du terme algonquin adawe, qui signifie «commercer».

Dans le sud de l'Ontario, la colonisation des francophones se fait en bonne partie grâce à l'Église catholique. L'Assomption, la première paroisse catholique francophone, est fondée en 1767 dans ce qui deviendra Windsor.

À la fin du XIXe siècle, on compte 208040 habitants à Toronto dont 3015 d'origine canadienne-française, soit 1,4% de la population totale. Ces francophones habitent surtout dans l'est de la ville et se regroupent autour de la paroisse du Sacré-Coeur fondée en 1887 par l'abbé Philippe Lamarche.

Les francophones qui, comme en Nouvelle-Angleterre, représentent une main-d'oeuvre efficace et bon marché s'établissent aussi en grand nombre à Welland pour travailler dans les usines de textiles. En 1919, par exemple, la famille de Napoléon Demers vient s'installer à Welland pour travailler à la Empire Cotton Mill. Comme c'est souvent le cas à l'époque, la maison qu'il occupe avec sa famille appartient à la compagnie et le loyer est déduit automatiquement sur son chèque de paie. Heureusement, le sort des francophones de Welland s'est grandement amélioré depuis. Aujourd'hui, Welland compte la plus grande communauté francophone de la péninsule du Niagara (5600 personnes, 12% de la ville).

Le Loup de Lafontaine

Il y a des légendes qui marquent la culture populaire. Le loup de Lafontaine en est une qui persiste depuis les années 1950. Sous la plume du curé Thomas Marchildon, cette légende est l'histoire de la réconciliation des groupes fondateurs de la paroisse. Vers 1900, les francophones de la région de Lafontaine forment quatre groupes de Canadiens français, surtout des agriculteurs, qui avaient peuplé ce petit village francophone. Les premiers colons de la région, majoritairement des Métis de langue française issus des familles de voyageurs, déménagent dès 1828 dans la région de Penetanguishene, au nord du lac Huron. À compter de 1840, trois autres vagues de colons provenant de quatre comtés du Québec, soit ceux de Champlain, Joliette, Vaudreuil et Soulanges, viennent défricher des terres dans la Huronie. Les premiers arrivés s'emparent des meilleures terres et les autres se contentent de celles qui restent. Les uns sont fermiers, les autres pêcheurs ou bûcherons. Tous parlent le français et pratiquent la religion catholique, mais ils se méfient les uns des autres. La légende raconte l'histoire d'un loup qui dévorait les brebis de tout le voisinage sans distinction entre les habitants possédant de bonnes terres et ceux ayant des fermes moins productives. Puis, un soir Théophile Brunelle tue le loup avec sa carabine. Le lendemain, le village en entier se présente à la grand-messe d'Action de grâce offerte par Théophile Brunelle. Le curé Joseph Beaudoin déclare alors que: «Le loup n'est donc pas l'auteur seulement de maux, mais d'un très grand bien: il vous a unis.» Depuis la parution du Loup de Lafontaine en 1955, cette histoire s'est taillé une place dans le patrimoine franco-ontarien de la Huronie.

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