Comment se porte le français à Penetanguishene?

L'auteur compositeur-interprète franco-ontarien Damien Robitaille connaît bien Penetanguishene: il... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

Agrandir

L'auteur compositeur-interprète franco-ontarien Damien Robitaille connaît bien Penetanguishene: il est né dans la communauté voisine de LaFontaine et y a vécu.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Étienne Fortin-Gauthier
Le Droit

(Penetanguishene) Depuis 400 ans, le français est parlé à Penetanguishene. L'un des berceaux de la francophonie ontarienne fait figure de symbole. Mais à en croire plusieurs intervenants, le fait français se porte moins bien que certains aimeraient le faire croire.

Le chanteur Damien Robitaille connaît bien Penetanguishene: il est né dans la communauté voisine de LaFontaine et y a vécu. Il se questionne sur la timidité des autorités locales en matière de promotion de la langue de Molière. «Pourquoi il n'y a pas plus d'affiches bilingues? Pourquoi on n'embrasse pas réellement le bilinguisme et nos deux cultures. Avant, il y avait des panneaux arrêt/stop à plusieurs endroits dans la région. Mais depuis on a retiré le français», dénonce le Franco-Ontarien, qui a participé à l'événement de la fin de semaine. Même d'un point de vue économique, cela fait du sens de laisser une plus grande place au français, selon lui. «C'est un atout! Champlain est venu jusqu'à Penetanguishene, on peut aussi attirer les Québécois et les Français, mais ça passe par une stratégie qui mise plus sur le français», croit l'artiste.

L'une des leaders francophones de la communauté, Anne Gagné, est bien inquiète pour la suite des choses. Il faut en faire plus, clame-t-elle. «La vitalité francophone souffre énormément. Il y a beaucoup de mariages où un parent est anglophone et les enfants laissent tranquillement tomber le français. Certaines familles francophones quittent aussi la région», explique-t-elle. «La municipalité comme telle est loin d'être pro-bilingue. Elle doit s'assurer de rencontrer plus la communauté francophone», selon celle dont le dynamisme dans la réalisation du nouveau Parc Rotary Champlain Wendat a été salué pendant les commémorations de la fin de semaine.

Un portrait qui a changé

Plusieurs intervenants interrogés se rappellent une époque où le français était davantage parlé dans la communauté. Le portrait a bien changé. Selon le recensement fédéral de 2011, 84% de la population de la ville disait avoir l'anglais comme langue maternelle, comparativement à 11% pour le français. 49% des citoyens affirmaient néanmoins parler «au moins régulièrement» le français à la maison.

Il est pourtant impossible de se faire servir dans la langue de Molière dans plusieurs commerces de Penetanguishene. LeDroit a aussi pu constater que le site Internet de la Ville n'a pas de version française proprement dite. Un logiciel de traduction automatique est en effet utilisé et les pages sont bien souvent incompréhensibles.

Le maire de Penetanguishene, Gerry Marshall, admet qu'il faut en faire davantage pour le français. «Pour le site Internet, tout est une question d'argent. On doit remplir des nids de poule et s'occuper des infrastructures avec les ressources limitées que l'on a. C'est sur le radar», a-t-il indiqué lors d'un entretien avec LeDroit. Il affirme que des stratégies sont en place pour permettre à la population anglophone d'apprendre le français et qu'il y a un désir d'en faire plus pour protéger le fait français.

Penetanguishene a été le théâtre de nombreux combats linguistiques au cours de son histoire. En 1980, 58 jeunes fondent une école secondaire illégale, afin de dénoncer l'offre éducative francophone inadéquate. Craignant que ce cas serve d'exemple aux souverainistes québécois pour illustrer l'échec du fédéralisme, le gouvernement ontarien accordera finalement gain de cause aux francophones.

Basil Dorion, l'un des leaders du mouvement de l'époque, croit que cet esprit de combat doit renaître. «Dans le passé, on avait le réflexe d'être sur nos gardes. Depuis qu'on a nos institutions, on devient lâche et on se laisse aller. Il faut prendre des mesures radicales, car on recule et on s'assimile», croit-il.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer