Triste bilan pour les services en français en Ontario

Le commissaire aux services en français de l'Ontario... (Archives, LeDroit)

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Le commissaire aux services en français de l'Ontario François Boileau

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Plus d'une plainte par jour a été déposée au commissaire aux services en français de l'Ontario (CSF), François Boileau, au cours du dernier exercice.

Le chien de garde linguistique de la province a reçu 379 plaintes en 2014-2015, a-t-il dévoilé dans son rapport annuel, un huitième, présenté jeudi midi à l'Assemblée législative de l'Ontario. Des 285 doléances recevables, les secteurs de la santé, de la justice et de l'éducation remplissent le podium peu désirable. À lui seul, le ministère de la Santé et des Soins de longue durée a été ciblé par 66 plaintes.

«C'est beaucoup pour notre bureau, mais ce n'est pas beaucoup pour l'ensemble de l'Ontario. En réalité, j'en veux plus, surtout de certains ministères et des sociétés où je n'en reçois aucune et qui interviennent auprès d'une clientèle plus vulnérable», a affirmé le commissaire Boileau en entrevue au Droit.

Ce dernier précise par exemple que l'absence de plaintes dans des ministères offrant de l'aide à l'enfance, aux immigrants et aux personnes âgées ne se traduit pas nécessairement en d'excellents services en français.

«Je suis persuadé que ce n'est pas parce que tout va bien. Je suis convaincu qu'il s'agit de ministères où les gens n'oseront pas se plaindre (par peur de représailles). [...] Il y a des gens qui se font dire non chaque fois et cela les décourage.»

Pas de recommandation

C'est un peu pour cette raison que le rapport du commissaire Boileau, intitulé La parole aux sans-voix, se concentre davantage sur des cas individuels et non sur des problèmes systémiques en province. Et contrairement au passé, il n'a formulé aucune recommandation.

«Je laisse la place entière aux plaignants, a-t-il déclaré. J'ai voulu mettre l'accent sur les plaignants pour démontrer l'absence de services en français non seulement pour des questions d'affichage ou de documents unilingues, qui sont importantes, mais aussi pour des plaintes qui sont de nature affectant une personne dans son être.»

À cet effet, le commissaire Boileau a donné l'exemple d'une dame dont le fils a été agressé sexuellement par son père. La mère a observé des lacunes importantes dans l'offre de services en français par les organismes assurant une aide aux victimes.

«Partout, elle a rencontré des manquements graves, et pire encore, un mauvais suivi à leurs besoins.»

Accueil positif

Bien que le commissaire Boileau n'ait pas effectué de recommandations cette année, l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) a accueilli «positivement» son rapport. «Le manque de service en français affecte le citoyen francophone dans son quotidien et le rapport du commissaire Boileau touche précisément la vie en français au quotidien. Les francophones se sentent trop souvent brimés par une offre de service inadéquate qui nuit à leur capacité de vivre en français», a déclaré Denis Vaillancourt, président de l'AFO.

Le commissaire Boileau réfute par ailleurs qu'il fasse preuve d'un manque de courage politique en ce qui a trait à son absence de recommandations.

«Au contraire, rétorque-t-il. Je pense qu'il faut se permettre un temps d'arrêt pour réfléchir aux services que nous donnons et réaliser que parfois, il y a des exemples de conséquences graves et d'enjeux dramatiques [...] Le gouvernement peut dire qu'il n'y a pas de problème, mais moi je dis qu'il y en a.»

Le gouvernement ontarien a salué le rapport du commissaire favorablement et a assuré vouloir «poursuivre son engagement afin d'améliorer l'accès aux services en français.»

Le budget unilingue de la Ville d'Ottawa ciblé

À peine son rapport 2014-2015 déposé, le commissaire aux services en français de l'Ontario (CSF), François Boileau, a la Ville d'Ottawa dans sa mire.

Le chien de garde linguistique de la province a confirmé dans son document qu'il mènerait une enquête en réaction au refus de la municipalité de produire son budget annuel en français, malgré les doléances de citoyens francophones.

«J'ai reçu plusieurs plaintes. Je veux aller au fond de cette histoire et assurer le suivi approprié», a-t-il affirmé jeudi.

En février dernier, LeDroit exposait la décision de la Ville d'Ottawa de publier les détails du budget préliminaire en anglais seulement. La municipalité prétextait que le document essentiel était «beaucoup trop volumineux» pour être traduit en français.

Ce faux pas linguistique «est d'autant plus intrigant», estime le commissaire Boileau, considérant que la ville dispose d'une politique de bilinguisme.

Ce dernier lancera donc une enquête sur le processus d'adoption et de communication du budget au sein de la Ville d'Ottawa en vertu de ses responsabilités et obligations juridiques.

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