1800 $ pour dîner à l'école

Éric Di Tomasso, père de deux fillettes, dénonce... (Etienne Ranger, Le Droit)

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Éric Di Tomasso, père de deux fillettes, dénonce les frais exigés par la Commission scolaire des Draveurs pour les élèves marcheurs qui prennent leur repas du midi à l'école.

Etienne Ranger, Le Droit

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Avoir des enfants marcheurs peut être un couteau à double tranchant pour les parents de la Commission scolaire de Draveurs (CSD). Eric Di Tomasso en sait quelque chose. Ses deux filles restent assez près de l'école pour s'y rendre en faisant de l'exercice chaque jour. Mais afin qu'elles puissent dîner sur place, le père de famille doit débourser 1800 $ par année. Un montant quatre fois et demi plus élevé que si elles prenaient l'autobus.

Père de fillettes qui s'en vont en 1ère et 2e année, Eric Di Tomasso a été estomaqué en prenant connaissance de la facture qui l'attendait pour les faire dîner à l'école. « C'est aberrant », laisse-t-il tomber.

Les commissions scolaires étant libres de décider des contributions financières exigées aux parents en autant qu'elles respectent la Loi sur l'instruction publique, les disparités sont parfois énormes d'un territoire à un autre.

C'est le cas pour la surveillance des élèves dînant à l'école. À la CSD, les parents des élèves transportés par autobus doivent acquitter une facture de 231 $ par année pour ce service. Pour deux enfants d'une même fratrie, le tarif est annuel est fixé à 398 $, et il augmente à 441 $ à partir de trois enfants d'une même famille.

La note est beaucoup plus salée pour les élèves marcheurs. S'ils ne fréquentent pas le service de garde avant ou après les classes, leurs parents doivent payer des frais de fréquentation « sporadique » de cinq dollars pour chaque dîner passé à l'école, puisqu'ils n'ont pas accès au service de surveillance offert aux élèves transportés. Pour une année, cela représente 900 $ par tête. Aucune mesure d'atténuation du poids financier n'est accordée pour plus d'un enfant d'une même famille.

Au bout de six ans, la différence atteint ainsi 4014 $, pour un seul enfant, par rapport à celui qui prend l'autobus.

Une fois le parcours primaire des filles de M. Di Tomasso terminé, il aura payé près de 10 000 $ pour que ses filles dînent à l'école si la politique de la CSD ne change pas, comparativement à environ 2200 $ si elles prenaient l'autobus.

M. Di Tomasso dit par ailleurs avoir de la misère à obtenir des réponses auprès de la CSD, malgré diverses communications faites ces derniers mois. Dans une lettre datée du 28 juin dernier dont Le Droit a obtenu copie, le président de la CSD, Claude Beaulieu, indique que les commissaires « ont déjà exploré et analysé en 2016 la possibilité de rendre disponible le service des dîneurs aux élèves marcheurs ». Il a alors été convenu « de maintenir le statu quo », ajoute M. Beaulieu dans sa missive, et ce « pour plusieurs raisons notamment l'utilisation et la disponibilité des locaux ».

M. Di Tomasso a tenté d'en savoir davantage sur les motifs de cette décision et sur les discussions ayant eu lieu lors de l'adoption de la politique de facturation. « La CSD n'est même pas en mesure de me donner des procès-verbaux là-dessus, déplore le père de famille. [...] J'ai l'impression que c'est juste pour générer des revenus. C'est aberrant. Moi, je peux me permettre de payer 1800 $ pour l'année, mais il y a beaucoup de secteurs défavorisés à Gatineau où les familles ne doivent pas pouvoir. »

Une requête faite auprès du protecteur de l'élève de la CSD a aussi été faite par M. Di Tomasso. Le protecteur de l'élève lui a répondu que même s'il comprenait « très bien » son point de vue, il ne pouvait recevoir sa plainte puisque ses enfants « ne subissent pas de préjudice considérant qu'ils sont soumis aux mêmes règles que tous les autres enfants de la commission scolaire ».

Ce n'est « pas une question budgétaire », assure la CSD

La Commission scolaire des Draveurs (CSD) n'a pas jugé bon, au terme d'une analyse effectuée l'an dernier, d'imiter la Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais (CSPO) afin de modifier la tarification imposée aux parents des élèves marcheurs qui souhaitent dîner à l'école sans fréquenter le service de garde en dehors des heures de classe.

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Pour les enfants transportés, la CSD n'a pas le choix de les accommoder.

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Il y a quelques années, à la CSPO, le service de surveillance du midi était offert pour 90 $ par année aux élèves transportés, contre 270 $ pour les élèves marcheurs non inscrits au service de garde.

La CSPO a depuis procédé, en 2013, à l'uniformisation du tarif. Pour l'année 2017-2018, il est ainsi fixé à 250 $ par élève, qu'il soit transporté ou marcheur.

« Je ne comprends pas pourquoi ils sont capables là-bas, mais pas à la CSD », laisse tomber Eric Di Tomasso, qui déboursera 1800 $ cette année pour que ses deux filles puissent dîner à l'école sur la base d'une fréquentation « sporadique » du service de garde.

Le président de la CSD, Claude Beaulieu, affirme que le statu quo a été maintenu après une analyse faite en 2016. « On a consulté les directions d'établissements, et certains sont limités au niveau des locaux, explique-t-il. Ça n'empêche toutefois pas les parents de faire une demande, parce qu'on va revoir encore la politique pour l'an prochain. »

M. Beaulieu assure que l'écart entre le tarif pour les élèves transportés et les marcheurs qui souhaitent dîner à l'école n'est « pas une question budgétaire ». « C'est une question de disponibilité de locaux, c'est une question d'être équitable », dit-il.

Le président de la CSD note que dans le cas des élèves transportés, l'école n'a « pas le choix de les accommoder ». « Sinon, il faudrait les transporter sur l'heure du midi », dit-il. La CSD a ainsi choisi de puiser une partie des sommes nécessaires dans son budget pour assurer la surveillance du midi (où le ratio diffère de celui du service de garde), ce qui est « plus économique » que d'offrir le transport à l'heure du dîner.

Claude Beaulieu se dit conscient que dans bien des familles, les deux parents travaillent et ne peuvent être à la maison le midi pour faire dîner leurs enfants. « Mais il y a aussi beaucoup de familles dont les enfants vont dîner dans une sorte de service de dîneurs près de l'école, et c'est à peu près les mêmes frais » que pour ceux qui payent cinq dollars par jour pour dîner au service de garde de l'école, ajoute-t-il.

Les parents obtiennent un reçu aux fins d'impôt avec l'utilisation du service de garde de l'école, précise M. Beaulieu. 

Un tel reçu est aussi émis pour la surveillance des élèves transportés. « Et quand une famille a des difficultés financières, on trouve tout le temps un arrangement pour l'aider », assure-t-il.




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