La culture du viol démystifiée

La présidente du Conseil du statut de la... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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La présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, et la journaliste indépendante et blogueuse féministe, Marilyse Hamelin

Patrick Woodbury, LeDroit

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Exit les blâmes jetés sur des jambes dénudées, dehors les verres de trop en guise d'excuse. La cause derrière tous les viols n'est ni l'habillement de la victime, ni son niveau d'intoxication, ni ses déhanchements suggestifs sur le plancher de danse: «c'est les violeurs».

Comme trois milliards de ses semblables, le rappeur Koriass appartient au «Boys Club», un club très sélect d'êtres humains pourvus d'une particularité physique: celle de posséder un pénis. Une caractéristique largement répandue, qui réduit considérablement les chances de celui qui la possède d'être victime d'abus sexuels: «quand tu nais avec ça, c'est comme une carte privilège.»

Par le biais d'une vidéo, le rappeur Koriass s'est adressé aux étudiants du Cégep de l'Outaouais, mercredi midi, derrière la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, et la journaliste indépendante et blogueuse féministe, Marilyse Hamelin, présente pour leur part en chair et en os. Dans la foulée d'une tournée dans 11 cégeps québécois, le trio éclectique en était à sa huitième conférence Sexe, égalité et consentement pour démystifier le concept de sexe égalitaire.

Harcèlement et friendzone

Plus qu'un crime tristement commun, le viol est au coeur d'une culture dont les nombreuses facettes ont été abordées. Il a été question de harcèlement en ligne, alors que les victimes, principalement des femmes, ont peu de marge de manoeuvre pour se défendre contre les attaques intrusives et souvent vulgaires d'internautes. Les conférencières ont ensuite mitraillé le friendzone, une théorie largement répandue dans la culture populaire basée sur une conception de la sexualité selon laquelle les demoiselles devraient écarter les genoux comme récompense à un nombre X de bonnes actions posées par un prétendant. Les étiquettes «frigide» ou «salope» des femmes relativement à leur appétit sexuel, les messages véhiculés par la pornographie traditionnelle et la part de consentement des prostituées concernant leur propre occupation, largement idéalisée, ont également été attaqués devant une centaine d'étudiants, filles et garçons mélangés.

«On pense qu'on dit des évidences, mais la surprise de la tournée, c'est que les jeunes sont rendus au Cégep et qu'ils sont étonnés par les notions qu'on amène. Il y a vraiment un besoin de démystifier ça, et c'est ce qui m'étonne le plus», confie Marilyse Hamelin.

En 2014, 633 000 agressions sexuelles ont été déclarées par sondage au Canada. En moyenne, une adolescente sur cinq vivra un épisode de coercition sexuelle, une statistique trois fois moins élevée chez les jeunes hommes.

La solution? L'éducation des garçons. «La violence est le fait d'une petite minorité d'hommes. Et donc c'est pour ça qu'il faut qu'il y ait une mobilisation des autres hommes, insiste Julie Miville-Dechêne. Ce n'est pas un enjeu de femmes!»

Bref, il s'agit d'enseigner aux jeunes hommes la valeur du mot «non». Ou comme le reformule Koriass, «il faut qu'il y ait plus d'hommes, comme moi, qui déchirent leur carte privilège, qui renoncent à leur abonnement à vie au Boys Club, en sachant que le privilège d'un groupe, c'est souvent l'injustice d'un autre.»

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