Des enseignants prêts à se battre jusqu'à la fin

Simon Beaudry, Nathalie Trempe, Romain Vanhooren et Sonia... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Simon Beaudry, Nathalie Trempe, Romain Vanhooren et Sonia Grignon.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Ils sont quatre enseignants, tous de générations diverses, mais en ont gros sur le coeur. L'un a fait ses premiers pas devant le tableau vert l'an dernier, alors qu'une autre cumule 35 ans d'expérience et s'apprête à ranger sa craie pour de bon en juin prochain. Lors d'une courte trêve dans leur journée de piquetage mercredi alors que 4 000 d'entre eux étaient en grève en Outaouais, ils se sont confiés au Droit et s'entendent sur au moins une chose: ils sont prêts à aller jusqu'au bout dans leur bataille.

Alors que le bras de fer entre Québec et les enseignants bat son plein depuis quelques semaines, Sonia Grignon (école Carle), Simon Beaudry (école secondaire Mont-Bleu), Natalie Trempe (école de l'Odyssée) et Romain Vanhooren (école secondaire Mont-Bleu) ne cachent pas avoir mal à leur système d'éducation, les maintes coupures lui ayant fait perdre de son lustre. Ils digèrent également mal les propositions du gouvernement, qui veut non seulement leur imposer un gel salarial pour deux ans, mais alourdir leur tâche alors qu'ils sont, rappellent-ils, déjà surchargés.

Insultée par l'attitude «fermée» du gouvernement Couillard, Mme Grignon y va même d'une comparaison avec la grève illimitée de l'hiver 1983. Celle-ci s'était étalée sur 17 jours avant que le PQ sous la gouverne de René Lévesque ne sorte de son chapeau la fameuse «loi 111», communément appelée «loi matraque», qui forçait le retour au travail des profs.

«Ça s'est mal terminé, mais les offres de l'époque étaient quand même meilleures qu'aujourd'hui. Actuellement, le gouvernement ne nous fait pas d'offres, il fait des demandes et il veut nous enlever plein d'acquis. Il ne nous donne absolument rien. Je vais aller jusqu'au bout de mes principes. Dans mon cas, je ne récupérerai jamais ce que je perdrais sauf que je me bats pour les autres», lance celle qui prendra sa retraite en 2016.

Des exemples à la tonne

Disant que ça pleut d'exemples concrets prouvant que les compressions en éducation affectent les services directs aux élèves, les enseignants rencontrés sentent que l'appui envers leur cause est palpable chez les parents et dans la communauté, un bel atout à leur avis, mais c'est une autre paire de manches pour les directions d'établissements.

«J'ai l'impression qu'il y a un double jeu, un double discours. À l'école, ils vont porter un macaron vantant les mérites de l'école publique et nous sourire. En même temps, si on regarde dans le dépôt patronal, tous les reculs touchent soit le gouvernement ou les commissions scolaires, mais en aucun cas les directions, qui par ailleurs ne verront pas leurs salaires être touchés. Plusieurs points qu'elles proposent sont très négatifs pour nous. On nous dit qu'on fait un bon travail sauf qu'elles ne retirent pas les offres qu'elles font dans notre dos», de dire M. Vanhooren.

Simon Beaudry, lui, rappelle que le nombre d'élèves en difficulté a bondi de façon exponentielle et que ces derniers sont plus souvent qu'autrement intégrés dans les classes régulières, ce qui devient un casse-tête pour les enseignants étant donné que les spécialistes comme les orthopédagogues ou les techniciens en éducation spécialisée sont presque disparus de la carte dans les écoles. À preuve, sur ses 96 élèves, pas moins de 29 ont des besoins particuliers.

À l'heure où un jeune enseignant sur cinq fait une croix sur son emploi durant les cinq premières années de sa carrière, signe que c'est loin d'être parfaitement rose dans le domaine à leur avis, les enseignants tiennent à dire que de nombreux mythes sont à déboulonner à leur sujet dans la société. «Moi, je commence à être tannée d'entendre que l'enseignement est une vocation. C'est un vocabulaire qu'il faut changer. Étant donné que les gens qualifient ça ainsi, ils pensent qu'on doit absorber beaucoup de choses. Ce n'est pas une vocation, c'est une profession», lance Mme Trempe.

Sa collègue rappelle qu'ils sont payés 200 jours par an et qu'ils n'ont droit à aucun congé rémunéré. Grassement payés, les profs, disent certains? Le salaire à la première année s'établit à peine à 35 000 $, répondent-ils.

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