Postsecondaire franco-ontarien: accessibilité et gouvernance avant tout

La ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur,... (SIMON SÉGUIN-BERTRAND, LeDroit)

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La ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur, lors d'une discussion aux États généraux sur le postsecondaire.

SIMON SÉGUIN-BERTRAND, LeDroit

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L'avenir de l'éducation postsecondaire en français en Ontario passe par un meilleur accès à des programmes francophones, gérés pour et par les Franco-Ontariens.

C'est ce qui se dégage du rapport final de l'initiative des États généraux sur le postsecondaire en Ontario français, publié hier, après les consultations tenues l'automne dernier auprès de quelque 800 personnes.

«Les universités bilingues offrent des programmes francophones. Toutefois, tous les cours pour compléter un programme ne sont pas nécessairement en français. Dans l'Est et le Nord de la province, on devrait être capable, au minimum, de compléter les programmes existants en français ce qui n'est pas le cas», dit Alain Dupuis, directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), qui a mené les consultations en partenariat avec l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) et la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO).

«La problématique est encore plus pointue dans le Centre et Sud-Ouest de l'Ontario, ajoute Denis Vaillancourt, président de l'AFO, en parlant de l'accessibilité difficile aux études en français après le secondaire.

M. Dupuis rappelle qu'un étudiant fréquentant une université bilingue peut en effet faire ses études dans les programmes des Arts ou en Sciences sociales, mais d'autres programmes, comme le génie civil ou les sciences pures, nécessitent des apprentissages en anglais. À son avis, l'accès à des programmes postsecondaires en français est une question de droit.

«Il y a urgence d'agir», s'alarme-t-il, rappelant qu'il est illogique d'éduquer une communauté dans sa langue jusqu'à l'âge de 18 ans, sans lui offrir des options suffisantes au postsecondaire.

Gouvernance francophone

À cet effet, une gouvernance francophone semble être de plus en plus prioritaire pour les Franco-Ontariens consultés.

«Les francophones n'ont pas le contrôle sur l'avenir de leur programmation universitaire et doivent se fier à la bonne volonté des institutions bilingues qu'elle ne gouverne pas, évoque M. Dupuis. C'est absolument essentiel d'avancer sur de point-là.»

Le directeur général cite l'Université d'Ottawa en exemple. «Elle a été créée par des Canadiens-français, dit-il. Aujourd'hui, seulement 25% de la population estudiantine est francophone.»

Le succès des douze conseils scolaires et des deux collèges de langue française a démontré «la capacité de la communauté franco-ontarienne à gérer ses propres établissements de façon efficace», peut-on lire dans le rapport. Ainsi, la création d'une université strictement francophone titille davantage l'intérêt pour contrer l'assimilation et assurer l'épanouissement linguistique des francophones.

Qui plus est, ce qui est bon pour la minorité francophone dans d'autres provinces devrait aussi être bon pour les 611500 Franco-Ontariens, croit M. Dupuis.

«On compte 250000 Acadiens au Nouveau-Brunswick et ils peuvent compter sur l'Université de Moncton. Les 50000 Franco-Manitobains - ce qui équivaut à moins d'un dixième des francophones de l'Ontario - peuvent étudier à l'Université de Saint-Boniface et même les anglophones du Québec, dont le nombre est comparable à ceux de l'Ontario, ont trois universités anglophones.»

Les conclusions du rapport doivent être présentées aux participants du Sommet provincial des États généraux, prévu à Toronto le week-end prochain. Les délégués seront amenés à réfléchir à des actions concrètes pour atteindre ces priorités. Une attention particulière sera portée aux modèles pour la mise sur pied d'un régime universitaire géré par et pour les francophones de l'Ontario.

«L'idée, c'est d'établir les priorités d'un plan d'action pour l'éducation postsecondaire en français pour les 10 prochaines années», résume M. Dupuis.

«L'Ontario a le savoir-faire», affirme le RÉFO

Déjà lancée sur la place publique depuis un certain temps, la mise sur pied d'une université francophone en Ontario gagne en popularité. Encore faut-il, toutefois, que les balises d'une telle initiative soient établies avant de crier victoire.

«Où installerait-on une telle université? Serait-elle composée de campus satellites ici et là? Comment améliorons la gouvernance? Bref, si nous l'avions, elle aurait l'air de quoi? questionne Denis Vaillancourt, président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO). C'est beau rêver, mais il n'y aura pas une université dans chaque grand centre de l'Ontario.»

Le Sommet provincial des États généraux, présenté à Toronto le week-end prochain, vise à justement dégager ce qui serait les éléments essentiels, dans le contexte d'une gouvernance universitaire francophone. L'objectif premier est d'en arriver à un résultat à court ou à moyen terme.

Il est peu probable, par exemple, qu'un établissement postsecondaire s'installe à Thunder Bay, où seulement un habitant sur dix est francophone.

Plus qu'un bâtiment

Au-delà de l'aménagement d'un établissement universitaire francophone, les étudiants recherchent un milieu de vie qui reflète la langue, la culture, l'identité et le patrimoine de l'Ontario français, dans toute sa diversité, estime M. Vaillancourt. «Les étudiants veulent un environnement francophone, ce qui n'est pas évident à Sudbury voire à Ottawa notamment», dit-il.

Ainsi, une future université aurait donc un mandat pédagogique, mais également identitaire. «Chose certaine, l'Ontario a le savoir-faire pour créer une université et un milieu de vie francophones», soutient Alain Dupuis, directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO).

Le système postsecondaire idéal

  • une université de langue française qui offre une programmation complète et de qualité, bien financée et répartie sur tout le territoire provincial;
  • une vie étudiante attrayante, accueillante et unique en français;
  • un système postsecondaire franco-ontarien qui jouit d'une réputation enviable au niveau provincial, national et international;
  • un système qui produit une main-d'oeuvre francophone et bilingue pour contribuer aux différents secteurs de la société;
  • la création d'un continuum complet du parcours d'éducation en français de la maternelle au postdoctorat;
  • l'assurance de durabilité, de vitalité, de pérennité.

Quelques défis du modèle des universités bilingues

  • l'absence d'un pouvoir décisionnel réel pour les francophones sur l'avenir de leur programmation universitaire;
  • le fait que la communauté franco-ontarienne doit se fier à la bonne volonté des établissements bilingues;
  • le manque de programmes en français dans plusieurs disciplines;
  • le fait que de nombreuses universités bilingues obligent les étudiants à suivre des cours en anglais, même si elles et ils sont inscrits à un programme en français;
  • l'insuffisance de matériel didactique de langue française dans les cours en français;
  • la concentration de la majorité des programmes en français à Ottawa;
  • la difficulté pour les étudiants et les professeurs d'obtenir tous leurs services en français en raison d'une application partielle des politiques de bilinguisme;
  • le manque de soutien par rapport à l'insécurité linguistique des francophones issus de milieux minoritaires au sein des établissements bilingues.

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