Les discussions étaient toujours en cours à 23h30. Au troisième jour de négociations, la situation s'est embrouillée à un point tel que les parties ne s'entendent même plus sur la proposition qui fait l'objet de discussions. L'entente qui se profilait mardi s'est brusquement évanouie.
Le gouvernement Charest, qui a accepté de plier sur la hausse des droits de scolarité mardi, a fait une deuxième offre hier qui constitue «un pas en arrière» selon les leaders étudiants. Ils reprochent à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, de ne pas donner de réponse à leur contre-proposition de mardi soir. Notons qu'ils en avaient fait une première plus tôt ce jour-là. La seconde est «beaucoup moins acceptable» pour le gouvernement, a indiqué Mme?Courchesne. Au gouvernement, on estime que cette contre-proposition équivaut à éliminer les crédits d'impôt sur les études postsecondaires pour réduire au maximum la hausse des droits de scolarité. Or, ces crédits servent également au collégial, et on ne peut les rayer complètement, selon le gouvernement.
Un «défi de taille»
«On traverse une période difficile», a laissé tomber Michelle Courchesne. Ce n'est pas selon elle «inhabituel» dans une négociation, et «comme au baseball, ce n'est pas fini tant que ce n'est pas fini».
«J'espère que nous aurons un règlement. [...] Nous prenons le temps.» Elle a décidé de faire une deuxième offre qui répond à la première contre-proposition des étudiants, d'où leur frustration.
Martine Desjardins s'est dite «déçue» que le gouvernement n'ait pas fait «un retour clair» sur la deuxième contre-proposition. «Le ministère de l'Éducation n'a pas pris la peine de la regarder», a-t-elle pesté. «On demande au gouvernement d'analyser la proposition clairement. On ne fait pas de petite politique sur le dos des étudiants. Ce qu'on veut, c'est une sortie de crise.»
Le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, a adopté un ton plus posé, mais n'a pas caché sa déception: «Nous ne sommes pas satisfaits pour le moment», a-t-il affirmé. «Il n'y a pas d'obstacle insurmontable, mais ça aiderait si le gouvernement était arrivé un peu mieux préparé.»
Selon Gabriel Nadeau-Dubois, «on avait fait des pas en avant (mardi), et (mercredi) ça a été davantage des pas en arrière. Je pense que ma collègue de la FEUQ a bien résumé la situation quand elle a dit qu'on a frappé un mur».
«Il y avait certaines choses sur lesquelles on pensait qu'on s'entendait et sur lesquelles, semble-t-il, on ne s'entend plus. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre les deux du côté gouvernemental... Cette fois-ci, si le ton s'est raffermi, ce n'est pas du côté étudiant, c'est vraiment du côté du gouvernement», a-t-il ajouté.
Chiffres changeants
Une source étudiante a affirmé que le gouvernement change constamment les chiffres mis sur la table. «Il faudrait qu'il revienne avec des chiffres stables sur lesquels on s'entend pour poursuivre les négociations», a-t-elle soutenu.
Questionné pour savoir si la CLASSE pourrait quitter la table, Gabriel Nadeau-Dubois a affirmé qu'«aucun scénario n'est exclu». Une décision sera prise en soirée, «en concertation avec toutes les associations étudiantes».
La première offre de Québec, présentée mardi, prévoyait une baisse de 35$ par année de la hausse des droits de scolarité. L'augmentation passait ainsi de 254$ à 219$ par année pendant sept ans. Québec veut compenser la réduction de sa hausse en rendant moins généreux le crédit d'impôt applicable aux droits de scolarité. Il veut une solution «à coût nul».
Avec Denis Lessard
et Hugo Pilon-Larose