L'ambiance était festive devant le campus Gabrielle-Roy du Cégep de l'Outaouais, où trois autobus scolaires attendaient les étudiants qui ont choisi de manquer leurs cours pour aller manifester à Montréal. La plupart d'entre eux avaient aussi pris part à la grande marche organisée deux mois plus tôt dans la métropole. Un jeune homme avait modifié à la mode conflit étudiant la chanson «un éléphant, ça trompe, ça trompe», et scandait «un coup de matraque, ça frappe, ça frappe, un coup de matraque, ça frappe en tab...».
Brandon Bolduc affirmait, quelques minutes avant le départ, qu'il n'avait «pas du tout» peur de se faire arrêter, malgré l'entrée en vigueur de la loi 78 qui encadre désormais les manifestations. Selon lui, les étudiants du Cégep resteront le plus possible groupés, afin de ne pas manquer leurs autobus pour le retour prévu en fin de soirée.
Interrogé quant à sa position sur l'incitation à la désobéissance civile faite lundi par la CLASSE, Alexis Boulay croit que «nul n'est tenu d'obéir à une loi injuste», mais n'entendait pas pour autant causer de trouble à Montréal.
Pour Estelle Ouellette, les cours ont beau avoir repris au Cégep de l'Outaouais, elle tenait à aller «appuyer les gens encore en grève» et à dénoncer la loi 78, qui ne fait, selon elle, qu'«accentuer la colère».
Un étudiant avait se son côté revêtu un passe-montagne tricoté en forme d'ourson, mais comptait bien l'enlever en arrivant à Montréal, pour ne pas recevoir de contravention en vertu du nouveau règlement municipal adopté la semaine dernière. «C'est clair qu'il va y avoir des casseurs, mais moi, je n'en suis pas un», a-t-il dit.
D'autres autobus ont aussi quitté en direction de Montréal à partie de l'Université du Québec en Outaouais. Des étudiants de l'Université d'Ottawa ont aussi pris le chemin de Montréal pour soutenir leurs homologues québécois.
Pas d'outrage
Par ailleurs, le Cégep de l'Outaouais ne fait plus face à un outrage au tribunal.
L'avocat de la quarantaine d'étudiants à l'origine de l'injonction qui avait été émise le 1er mai pour forcer la reprise des cours, Me Lucien Boucher, a indiqué qu'il a choisi, après discussion avec ses clients, de ne pas déposer de preuves dans le dossier d'outrage au tribunal visant le Cégep de l'Outaouais.
Le Cégep et son directeur général, Frédéric Poulin, étaient cités à comparaître mardi matin au palais de justice de Gatineau. «Le Cégep fonctionne, les cours ont repris, alors on a retiré, en quelque sorte, l'outrage au tribunal», a expliqué Me Boucher. La requête pour outrage avait été déposée après que le Cégep eut annulé les cours à six reprises, pendant que l'injonction était en vigueur, en raison de la présence massive de manifestants dans les corridors de l'établissement.
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