L'UQO et ses professeurs se désolent de la judiciarisation du débat

« On a l'impression de ne plus être chez nous »- Denis Dubé, vice-recteur

Tant la direction de l'UQO que ses professeurs... (Étienne Ranger, LeDroit)

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Tant la direction de l'UQO que ses professeurs se désolent de la tournure du débat. «C'est épouvantable ce qu'on vit. Mettre des policiers dans une université... », s'est inquiété le vice-recteur Denis Dubé.

Étienne Ranger, LeDroit

Autre journée mouvementée, autre bilan.
Le calme était revenu depuis quelques heures sur les terrains de l'UQO lorsque le recteur Jean Vaillancourt s'est présenté devant la presse vers 16 h, hier après-midi (mercredi), pour faire le point sur la « crise » qui traverse actuellement l'institution.

M. Vaillancourt a dit déplorer « les perturbations, le vandalisme, et les grillons qui ont été installés dans nos murs et l'invasion de gens de l'extérieur qui n'avaient pas vraiment d'affaires à l'université aujourd'hui. »

Le recteur a ajouté que l'UQO se retrouve dans une situation unique au Québec. « Nous avons une obligation par la Cour supérieure d'offrir tous les cours à Gatineau, peu importe la volonté des associations (étudiantes) et des syndicats (de professeurs). L'UQO n'a pas vraiment de contrôle sur cette injonction-là », a-t-il affirmé.

C'est que contrairement aux universités plus populeuses, les étudiants de l'UQO ne peuvent pas procéder à des votes de grève par faculté. Les votes concernent tous les étudiants, peu importe leur champ d'études. Les tensions proviennent du fait que des dissensions importantes existent selon les secteurs d'enseignement, analyse le vice-recteur à l'enseignement et à la recherche, Denis Dubé.

> Réécoutez la conférence de presse du recteur de l'UQO

« Quand l'association générale des étudiants (AGE-UQO) a pris le vote (de grève), ça voulait dire que la majorité des étudiants voulaient la grève ; c'est correct, c'est la démocratie, explique-t-il. Mais ils se retrouvaient à forcer des étudiants dans des secteurs, qui dans une université facultaire, auraient choisi de ne pas faire un boycott (notamment en administration). Les cultures sont tellement différentes. »

Un problème « très très grave »

À la sortie de la conférence de presse, M. Dubé en avait long à dire sur la judiciarisation d'un débat qui, selon lui, devrait se faire entre les murs des universités, sans présence policière.

« La judiciarisation des rapports dans le monde universitaire est un problème très très grave. C'est épouvantable ce qu'on vit. Mettre des policiers dans une université... Ça me donne des frissons partout. L'université et la police, c'est deux univers. Ici, c'est un univers de liberté, de confrontation des idées, de libre expression, de libre circulation. On a tellement l'impression de ne plus être chez nous. Ça ne peut plus durer », a-t-il confié.

Environ 80 % des cours affichés à l'horaire ont été donnés hier, selon M. Dubé.

« On s'est donné des règles à l'interne. C'est sûr que ce n'est pas parfait, mais la présence du monde judiciaire dans ça, c'est très inquiétant. On n'est pas dans une logique criminelle. Ce sont des rapports collectifs d'une société, qui sont ceux d'une université qui s'est donné des règles très démocratiques. On vient se faire brasser avec ces injonctions-là. C'est une méchante perturbation », ajoute-t-il.

« Point de rupture »

Quelques minutes après le point de presse de la direction, des professeurs ont dressé leur propre bilan d'une nouvelle journée marquée par l'arrestation de plusieurs des leurs.

« Nous assistons maintenant à un point de rupture où l'enjeu n'est plus seulement celui des étudiants contre la hausse des frais de scolarité. Nous subissons maintenant les effets d'une crise politique devenue juridique », a lancé Catherine Lanaris, professeure au Département de sciences de l'éducation. L'administration de l'UQO a choisi d'imposer une occupation policière massive à l'intérieur et à l'extérieur de l'université. »

Les enseignants ont d'ailleurs renchéri que les conditions actuelles ne permettent pas de « tenir des activités professionnelles normalement », et ont invité M. Vaillancourt à « réfléchir à l'impact de ses positions sur l'ensemble de la communauté universitaire », même s'ils reconnaissent que la direction se trouve dans une situation « délicate ».

Mme Lanaris soutient que l'UQO pourrait choisir d'ignorer l'injonction, quitte à payer les amendes qui seraient associées à cette désobéissance.

Les professeurs ont laissé entendre qu'ils pourraient demander la démission du recteur Vaillancourt si la situation ne s'améliore pas cette semaine.

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