La porte de sortie de Kathleen Wynne

La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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F.P. Dufault

François Pierre Dufault est producteur et premier rédacteur d'#ONfr (www.tfo.org/onfr/), la franchise d'actualité politique de TFO.

CHRONIQUE - COLLABORATION SPÉCIALE / La première ministre Kathleen Wynne refuse de démentir formellement des rumeurs persistantes d'une prorogation de l'Assemblée législative de l'Ontario. Elle pourrait couper court aux travaux parlementaires dès la fin avril, soit deux mois plus tôt que prévu.

D'un point de vue stratégique, c'est tout à son avantage.

À la fin avril, le gouvernement libéral aura eu le temps de faire adopter son budget et quelques projets de loi qu'il juge importants, comme son plan de match pour l'atténuation du changement climatique.

Mme Wynne pourrait alors profiter d'un temps d'arrêt pour faire le ménage au sein de son conseil des ministres, dont la composition n'a à peu près pas changé depuis les dernières élections. Ce serait l'occasion de remplacer des ministres qui ont déçu, comme Helena Jaczek aux Services sociaux, et de faire monter en grade des députés prometteurs, comme Arthur Potts.

Une pause prolongée donnerait aussi à la première ministre le temps de réfléchir à une réforme sensée du financement électoral dans la province, loin des questions de l'opposition et des médias.

Puis, la prorogation permettrait aux libéraux à Queen's Park de faire table rase des projets de loi privés de l'opposition. Le parti au pouvoir pourrait alors se débarrasser sans trop d'artifice du projet de loi 104 de la néo-démocrate France Gélinas sur la création d'une université franco-ontarienne - un boulet qu'il traîne malgré lui depuis bientôt un an et qu'il serait autrement incapable de larguer sans se mettre à dos une partie de l'électorat francophone.

Dans le passé

L'ancien premier ministre Dalton McGuinty a mis la clé sous la porte de la Législature ontarienne au moment d'annoncer sa démission en 2012. Les libéraux ont ainsi pu esquiver toute une batterie de questions sur les scandales des centrales au gaz et d'ORNGE. Ils ont aussi pu éviter que l'opposition, alors majoritaire, ne force le déclenchement d'élections pendant qu'ils se cherchaient un nouveau chef.

À Ottawa, l'ancien premier ministre conservateur Stephen Harper a prorogé à deux occasions les travaux parlementaires. En 2008, c'était pour éviter qu'une coalition de partis d'opposition ne lui ravisse le pouvoir. La deuxième fois, en 2010, c'était officiellement pour mener des consultations budgétaires mais aussi - opportunément - pour ne pas avoir à répondre à des accusations de mauvais traitements des Forces canadiennes sur des prisonniers de l'Afghanistan.

Pas plus tard qu'à la mi-février, au Nouveau-Brunswick, le premier ministre Brian Gallant a écourté de six semaines les travaux parlementaires alors que son gouvernement venait tout juste d'adopter un budget jugé crucial pour l'avenir de la province. Il n'a donné aucune explication. Et il limite depuis ses disponibilités aux médias.

Chaque prorogation au Canada éveille des soupçons d'abus de pouvoir. Ce n'est pas différent à Queen's Park cette fois-ci.

Kathleen Wynne est à la tête d'un gouvernement majoritaire. Il lui reste encore deux ans avant les prochaines élections. Qu'a-t-elle à craindre de l'opposition à ce moment-ci, sinon quelques questions bien placées? Cherche-t-elle, comme ça semble être le cas au Nouveau-Brunswick, à museler ses adversaires de peur que leur message politique résonne plus fort que le sien?

Un chef de gouvernement doit avoir une bonne raison pour proroger une session parlementaire. Ça ne doit pas être une porte de sortie. La loi à cet égard devrait être claire.

L'auteur est producteur et premier rédacteur d'#ONfr. Retrouvez son équipe sur le web au tfo.org/onfr et sur les ondes de TFO les jeudis à 20h50.

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