Le «privilège» des services en français

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Ce sont des pionniers français qui ont fondé Windsor, le maire Drew Dilkens le sait très bien. Ce qui ne l'a pas empêché de laisser entendre que les Franco-Ontariens sont une minorité privilégiée.

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Alex Boissonneault

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Le Droit

CHRONIQUE / Vous voulez boire une bière à Windsor? Vous allez sur la rue Ouellette. Les meilleurs restaurants italiens se trouvent surtout sur Érié, entre Louis et Marentette. Et si vous voulez prendre le tunnel pour aller à Détroit, il faut emprunter la rue Goyeau.

Quiconque a voyagé dans le sud-ouest de l'Ontario peut vous le dire: le français est partout. Il est dans les noms de rue, de villages et surtout, dans les noms de famille. Drouillard, Campeau, Bergeron, Tourangeau: ce sont des pionniers français qui ont fondé Windsor.

Le maire de la ville, Drew Dilkens, qui a passé sa vie dans le sud-ouest, le sait très bien. Il a d'ailleurs déclaré le jour du dévoilement de l'exposition Racines françaises de Windsor, qu'il lui était «difficile d'offrir des services en français dans une communauté aussi multiculturelle sans faire de favoritisme».

Ce n'est pas la première fois que des Canadiens-français sont accusés d'être une minorité privilégiée. Mais surtout, ce ne sera pas la dernière, si leur poids démographique continue de péricliter.

Comme les autres

Drew Dilkens a dit tout haut ce que plusieurs pensent tout bas. L'argument selon lequel les Franco-Ontariens «sont une communauté comme les autres» fait son bonhomme de chemin, même chez les élus. Le conseiller municipal Rino Bortolin s'est porté à la défense de son maire quand il a déclaré que le plus important pour sa ville «est d'aider les nouveaux arrivants qui ne parlent pas l'anglais».

La ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur, a elle-même contacté Radio-Canada à Windsor pour dire à quel point elle est «déçue» par les déclarations du maire. À Queen's Park, elle a rappelé le rôle historique des francophones dans la région.

«Le Canada a été bâti sur des traditions anglaises et françaises», a renchéri le chef conservateur Patrick Brown.

Il n'empêche que le malaise est bien réel, en particulier chez les ténors du multiculturalisme. La réaction du député néo-démocrate Jagmeet Singh aux propos du maire Dilkens en dit long. Bien qu'il reconnaisse que la langue française «jouit d'une protection légale au Canada», il s'empresse d'ajouter, comme le conseiller Bortolin, «qu'il faut offrir plus de services dans les langues des autres communautés». 

En d'autres mots, il n'est pas question pour lui de privilégier un groupe spécifique, mais de respecter l'esprit de la loi.

Argument juridique

Avec le jugement Caron-Boutet, rendu il y a un mois, la Cour suprême a rappelé que le bilinguisme officiel n'a pas d'emprise réelle sur les provinces - et encore moins sur les municipalités. L'avocat spécialisé en droits linguistiques Érik Labelle Eastaugh y voit une autre preuve que la protection de la langue française ne pourra pas toujours s'appuyer sur le droit.

Elle ne pourra pas compter davantage sur le nombre, à en croire Statistique Canada. Le sud-ouest est peut-être le berceau historique de l'Ontario français, mais seulement un résidant sur 10 parle encore la langue de ses ancêtres.

La province veut faire en sorte que 5% des immigrants qui s'établissent chaque année en Ontario soient francophones, mais depuis 40 ans, elle n'a jamais dépassé la moitié de ce chiffre. En 2014, 2103 des 84 000 immigrants qui se sont installés dans la province parlaient français.

La ministre Madeleine Meilleur encourage les Franco-Ontariens à rappeler au maire Drew Dilkens qu'ils ne sont pas une «communauté comme les autres». L'histoire lui donne raison. La mobilisation demeure toujours le meilleur gage de succès pour une communauté qui veut protéger ses droits.

Alex Boissonneault est correspondant parlementaire pour Ici Radio-Canada à Toronto.

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