Une leçon pour la ministre de l'Éducation

La ministre ontarienne de l'Éducation, Liz Sandals, en... (Chris Young, Archives PC)

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La ministre ontarienne de l'Éducation, Liz Sandals, en pleine discussion avec l'ancien président de la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l'Ontario (FEESO), Ken Coran

Chris Young, Archives PC

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Alex Boissonneault

Collaboration spéciale

Le Droit

CHRONIQUE / Il n'est jamais trop tard pour apprendre, même quand on est ministre de l'Éducation.

Liz Sandals, qui a pourtant passé sa vie dans le milieu de l'enseignement jusqu'à devenir ministre, en sait quelque chose. Si elle a déjà cru qu'offrir un total de 2,5 millions de dollars à trois syndicats pour négocier leurs contrats de travail était une bonne idée, elle vient d'apprendre quelque chose.

Il y a fort à parier que les médias ne la reprendront plus à dire que de demander des reçus est inutile, puisque «tout le monde sait ce que coûte une chambre d'hôtel ou une centaine de pizzas».

C'est la définition même d'un chèque en blanc, une somme que les syndicats pourront dépenser à leur grès pour des publicités anti-gouvernementales ou, diront les plus cyniques, pour payer le champagne après les négociations.

Mais ce qui étonne encore davantage, c'est que la ministre Sandals ait pu croire un instant que de payer des syndicats sans savoir comment l'argent sera dépensé, puisse passer comme une lettre à la poste dans l'opinion publique.

Elle avait sûrement des doutes, pourtant, puisqu'il a fallu attendre qu'un document confidentiel se retrouve entre les mains d'un journaliste pour que la nouvelle éclate au grand jour.

Mme Sandals a défendu sa position en disant d'abord qu'il fallait dédommager les enseignants pour les frais supplémentaires entraînés par le nouveau processus de négociation.

Ensuite, en jurant qu'il s'agit d'un paiement ponctuel, qui ne se répétera pas. Difficile à croire, lorsqu'on sait que des «compensations» similaires ont aussi été versées en 2012 et en 2008. Une fois n'est pas coutume, mais trois?

Intervention de Wynne

La plus dure leçon pour Liz Sandals est peut-être venue de la première ministre elle-même. Questionnée par l'opposition à l'Assemblée législative, Kathleen Wynne a fini par contredire sa ministre: les syndicats devront justifier leurs dépenses. En d'autres mots, il faudra des reçus pour les pizzas et les chambres d'hôtel.

Un rappel à l'ordre symbolique pourtant, puisque la province ne pourra pas récupérer les 3,75 millions de dollars versés depuis 2008 aux syndicats d'enseignants des secteurs public et catholique anglais et à l'Association des enseignants franco-ontariens. Même si la ministre Sandals assure que les chèques n'ont pas encore été postés pour cette année, elle a les mains liées par les ententes. Peu importe le montant des reçus, il semble que les trois syndicats toucheront quand même les 2,5 millions de dollars.

Durant toute cette affaire, la première ministre a fait de son mieux pour minimiser l'importance de ces versements. «Vingt-quatre milliards de dollars sont en jeu dans le secteur de l'éducation», a-t-elle rappelé. Devant un tel montant, quelques millions semblent bien peu.

Mais le chef conservateur Patrick Brown rappelle qu'avec un million de dollars, la province peut offrir son programme de déjeuners à 4000 classes pendant une semaine. Un million de dollars, pour le commun des mortels, c'est encore beaucoup d'argent.

Surtout, c'est une question de principe. Certains ont comparé ces montants à des pots-de-vin offerts à des syndicats qui ne sont pas étrangers à la réélection du Parti libéral de l'Ontario. Le gouvernement peut choisir ses amitiés, comme ses alliés politiques. Il y a cependant un temps et une façon de le faire. Celle-là n'était peut-être pas la meilleure.

La ministre de l'Éducation ne devrait pas oublier la leçon.

Alex Boissonneault est correspondant parlementaire pour Ici Radio-Canada à Toronto.

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