Une Gatinoise fera face à l'ouragan Irma

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Nancy Teske Wissler, originaire de Buckingham, et son mari Dean barricadent leur résidence de la Floride avant l'arrivée d'Irma.

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
Fort Lauderdale

Achats d'un maximum de bouteilles d'eau, de pots de beurre d'arachide, de nourriture non périssable, de piles, d'essence et de propane : ceux qui défient les appels à l'évacuation en Floride en raison de l'arrivée prévue du puissant ouragan Irma sont fort occupés vendredi. Des Québécois qui habitent dans les environs de Fort Lauderdale, dont une Gatinoise du secteur Buckingham, s'apprêtent à vivre avec appréhension leur premier ouragan de cette force.

Le soleil brillait toujours vendredi, mais la tension était palpable.

Des voitures de police surveillent les rares stations qui ont encore de l'essence, et les autres sont entourées de ruban jaune, hors d'accès. Les magasins à grande surface étaient bondés en début d'après-midi, mais s'apprêtaient à fermer, comme beaucoup d'autres commerces et restaurants.

Ils étaient nombreux, comme Nancy Teske Wissler et son mari Dean, à installer vendredi de grandes plaques d'acier devant les fenêtres de leur maison qui n'ont pas de volets métalliques intégrés. La femme originaire de Buckingham en Outaouais ne pouvait pas quitter la ville car elle est infirmière et doit aller travailler à l'hôpital.

Elle est heureuse d'avoir une piscine : l'eau sera utile pour tirer la chasse d'eau des toilettes. L'installation de lourds panneaux dans une chaleur étouffante l'a essoufflée.

Mme Teske Wissler aurait quitté la ville d'Hollywood si elle avait pu : « Absolument. C'est un ouragan de catégorie 4, c'est un très gros qui s'en vient ».

La plupart de ses amis ont trouvé refuge plus au nord. Avec raison, dit-elle. « C'est très, très dangereux. Les vents vont tout balayer », dit-elle.

Elle s'inquiète pour la montée du niveau de l'eau, venant de la mer. Et aussi de la centrale nucléaire de Florida City, dans le comté de Miami-Dade, située à une centaine de kilomètres au sud de Fort Lauderdale. « J'espère qu'elle va tenir », dit-elle.

Des airs de bunker

La maison d'Audrey Foy, une jeune femme de Laval qui habite désormais à Davie, près d'Hollywood, en Floride, a l'air d'un bunker. Il est difficile de trouver la porte tant les surfaces sont protégées. Elle se prépare à traverser l'ouragan chez elle, avec son mari et ses deux enfants, dont un bébé de trois mois.

Sa table de cuisine est couverte de provisions, de nourriture pour le bébé, d'eau, de lampes de poche. Plusieurs réservoirs de propane reposent par terre. Elle a rentré dans son entrée de maison tous ses meubles de jardin, de même que des roches de son terrassement, pour éviter qu'ils se transforment en projectiles, a-t-elle expliqué.

Elle se dit «très nerveuse», mais ne voulait pas s'en aller à cause des enfants. Plusieurs de ses voisins restent aussi chez eux, et l'entraide a commencé.

«Si je n'avais pas les deux enfants, je serais peut-être un peu plus à l'aise», souffle-t-elle dans son salon très sombre, puisque toutes les fenêtres sont couvertes.

Irma pourrait faire des ravages en fin de semaine dans le sud de la Floride.

Plus d'un demi-million de citoyens du comté de Miami-Dade ont reçu l'ordre d'évacuer leur domicile. Dans le comté voisin de Broward, où se trouve Fort Lauderdale, l'ordre d'évacuation obligatoire vise le secteur longeant la mer, soit toutes les résidences qui se trouvent à l'est de l'autoroute 1, de même que tous les hôtels de bord de mer.

«J'ai vraiment peur»

Sandra Belzile, elle, a commencé ses préparatifs mardi, non sans difficultés : elle n'a pas réussi ce jour-là à trouver de l'eau car les magasins étaient déjà en rupture de stock. Elle a ensuite fait la file pendant une heure dans sa voiture, uniquement pour réussir à entrer dans le stationnement du second magasin à grande surface qu'elle a visité. Elle s'est butée à une limite de quatre paquets de bouteilles.

«J'ai très peur. J'ai vraiment peur», dit-elle.

«Mon conjoint a vécu Wilma [un autre ouragan qui a frappé entre autres la Floride en 2005] et ça a vraiment ravagé. Selon son expérience, c'est extrêmement épeurant.»

Mais la jeune femme, qui travaille pour Le Soleil de la Floride, un journal francophone dans la région, dit être bien préparée pour l'ouragan et ne pas avoir l'intention de mettre le nez dehors pendant le passage de «l'oeil de la tempête».

Si l'une des fenêtres de son condominium de Pompano Beach est protégée par des volets métalliques coulissants, elle voulait poser un panneau de bois devant l'autre, ce qui devait être fait vendredi après-midi.

Tous se préparent pour l'ouragan, mais aussi pour ses suites : ils s'attendent à manquer d'électricité pendant des jours, à ne pas être capables de se déplacer si les rues sont bloquées ou inondées.

Et en guettant les premiers signes d'Irma. L'attente est angoissante, disent-ils.

«Après Houston [là où l'ouragan Harvey a récemment frappé], on ne sait pas ce qui va se passer», laisse tomber Nancy Teske Wissler.

«Vous avez encore le temps d'évacuer»

La Floride faisait face vendredi à un exode massif à l'approche du puissant ouragan Irma. À bord de voitures et pick-ups chargés parfois d'un matelas, d'un kayak ou de bidons d'essence, des centaines de milliers de personnes se sont jetées vendredi sur les deux autoroutes surchargées qui longent les côtes du «Sunshine State», pour fuir vers le nord.

L'ouragan, une gigantesque dépression plus grande que la Floride, doit arriver dimanche matin sur l'archipel des Keys, puis Miami, avec des vents d'au moins 240 km/h et devrait provoquer de brutales et massives montées des eaux.

La police passait vendredi dans les zones menacées avec des haut-parleurs pour tenter de convaincre les résidents réticents d'évacuer, selon des images de la chaîne CNN.

«AUCUN ENDROIT DANS LES FLORIDA KEYS NE SERA SÛR. VOUS AVEZ ENCORE LE TEMPS D'ÉVACUER», a tweeté (en majuscules) le service météorologique de Key West.

À Miami, dans le quartier de Sunnyside, où habitent surtout des Cubains aux revenus modestes, les résidents tentaient tant bien que mal de protéger leurs maisons mobiles avec des planches de bois ou de zinc.

«Les toitures vont s'envoler de toute façon, ces maisons mobiles sont pourries», a confié Pedro Marti, un plombier cubain de 49 ans, en fixant des planches de contreplaqué qu'il qualifiait lui-même de «ridicules» sur son habitation. «Je ne retrouverai rien quand je reviendrai.»

«Dégagez de sa route»

L'état d'urgence déjà en vigueur en Floride, en Géorgie et en Caroline du Sud a été étendu à la Virginie plus au nord.

«L'ouragan Irma a des proportions épiques, peut-être le plus gros que nous ayons jamais vu. Soyez en sécurité et dégagez de sa route, si possible», a tweeté le président américain Donald Trump.

L'US Navy a annoncé vendredi l'envoi depuis le port de Norfolk, en Virginie, d'un porte-avion, l'USS Abraham Lincoln, de deux véhicules de débarquement amphibies et d'un destroyer pour venir en aide aux autorités fédérales ou locales.

Ces quatre navires transportent 300 hommes et 27 hélicoptères et doivent apporter si besoin une aide médicale, maritime, logistique et sécuritaire aux personnes affectées par l'ouragan Irma, a précisé la marine américaine dans un communiqué.

L'ambiance dans les rues de Miami Beach, une station balnéaire au style art déco d'ordinaire remplie de touristes, était lunaire avec de nombreux magasins fermés.

Irma pourrait toucher cet endroit d'ordinaire haut lieu de l'hédonisme de plein fouet et provoquer des inondations dévastatrices.

L'ouragan Andrew, qui a laminé la majeure partie du sud de la Floride en 1992, «était un ouragan de catégorie 5 très, très petit, compact, comparé à ce à quoi nous assistons avec Irma», a rappelé le patron de l'Agence américaine de gestion des situations d'urgence (Fema), Brock Long.  Agence France-Presse




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