Conflit diplomatique au Moyen-Orient : le Qatar accusé de soutenir le terrorisme

L'émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani... (Archives, Associated Press)

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L'émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani (à droite), reçu par le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, dans la ville portuaire de Charm el-Cheikh, en mars 2015.

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Ian Timberlake & David Harding
Agence France-Presse
Riyad, Arabie saoudite

L'Arabie saoudite et ses alliés ont rompu lundi avec le Qatar qu'ils accusent de soutenir le «terrorisme», provoquant une crise diplomatique majeure au Moyen-Orient quinze jours après un appel de Donald Trump à l'unité des Arabes face à l'extrémisme.

Le Qatar a réagi avec colère à cette décision annoncée à l'aube en accusant ses voisins du Golfe de vouloir le mettre «sous tutelle» et de l'étouffer économiquement.

La Bourse de Doha a clôturé en baisse de 7,58% tandis que des habitants de la capitale se sont rués sur les produits alimentaires dans les supermarchés selon le site en ligne Doha News.

La rupture des relations avec le Qatar intervient deux semaines après une visite à Ryad du président des Etats-Unis qui a exhorté les Arabes et les musulmans à se mobiliser contre l'extrémisme.

Elle a provoqué une réaction mesurée de Washington, allié à la fois de Ryad et de Doha, qui a invité les pays du Golfe à rester «unis».

La Turquie et l'Iran ont appelé au dialogue. Ankara, très proche du Qatar, a proposé son aide alors que Téhéran, dont le rapprochement avec le Qatar exaspère ses voisins, estimait que seuls «des moyens politiques et pacifiques et un dialogue franc entre les parties» pouvaient résoudre le différend.

Cette crise est la plus grave depuis la création en 1981 du Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui regroupe l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis, le Koweït, Oman et le Qatar.

Ce dernier y a toujours occupé une place à part, poursuivant sa propre politique régionale et affirmant son influence par le sport, grâce notamment à l'organisation du Mondial-2022 de football.

Ryad, Abou Dhabi et Manama ont justifié la rupture avec Doha par son «soutien au terrorisme», y compris Al-Qaïda, le groupe Etat islamique (EI) et les Frères musulmans, confrérie classée «terroriste» par l'Egypte et des pays du Golfe.

Selon l'Arabie, Doha soutient aussi «les activités de groupes terroristes soutenus par l'Iran dans la province de Qatif (est)», où se concentre la minorité chiite du royaume saoudien, ainsi qu'à Bahreïn, secoué depuis plusieurs années par des troubles animés par la majorité chiite de ce pays.

Ryad et Téhéran ont rompu leurs relations diplomatiques en janvier 2016 à la suite de l'exécution d'un chef chiite en Arabie.

Le Qatar a également été exclu de la coalition militaire arabe qui combat des rebelles pro-iraniens au Yémen. Une décision saluée par le gouvernement du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi qui a aussi rompu avec Doha en l'accusant de soutenir --malgré sa participation à la coalition arabe-- ses adversaires, les rebelles Houthis.

«Sans fondement»

Le Qatar a qualifié d'»injustifiée» et «sans fondement» la décision de certains pays du Golfe, prise «en coordination avec l'Egypte». Elle a un «objectif clair: placer l'Etat (du Qatar) sous tutelle, ce qui marque une violation de sa souveraineté» et est «totalement inacceptable», a affirmé le ministère des Affaires étrangères à Doha.

Le Qatar, dirigé par le jeune émir cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, «n'interfère pas dans les affaires d'autrui» et «lutte contre le terrorisme et l'extrémisme», a-t-il assuré.

Outre la rupture des relations et le rappel des diplomates, les trois pays du Golfe ont pris des mesures de rétorsion sans précédent: fermeture des espaces aériens, des accès terrestres et maritimes, interdiction de voyager au Qatar et d'entrée pour les ressortissants du Qatar.

La suspension des vols avec le Qatar a été annoncée par les grandes compagnies aériennes Emirates (Dubaï) et Etihad (Abou Dhabi).

L'Egypte, qui a également rompu ses relations, a décidé de fermer ses frontières «aériennes et maritimes» avec le Qatar qui, selon son ministère des Affaires étrangères, «insiste à adopter un comportement hostile vis-à-vis» du Caire.

Appel de Trump

Cette crise intervient alors que les autorités qataries ont affirmé la semaine dernière avoir été victimes de «hackers» ayant publié sur le site internet de l'agence de presse officielle QNA de faux propos attribués à l'émir Tamim.

Ces propos controversés rompaient avec le consensus régional sur plusieurs sujets sensibles, notamment l'Iran, vu comme un allié stratégique alors qu'il vient d'être accusé par l'Arabie saoudite d'être «le fer de lance du terrorisme».

Ils contenaient aussi des commentaires négatifs sur les relations entre l'administration Trump et le Qatar, pourtant un proche allié des Etats-Unis.

La visite du président Trump à Ryad, son premier déplacement à l'étranger, avait été couronnée par la signature d'un accord sur «une vision stratégique» pour renforcer les relations économiques et de défense entre le royaume saoudien et les Etats-Unis.

Dans un discours le 21 mai à Ryad devant des dirigeants du monde musulman, M. Trump avait appelé à «chasser» les extrémistes et «les terroristes», en référence aux groupes jihadistes, auteurs d'attaques dans plusieurs pays. Il avait aussi demandé à la communauté internationale «d'isoler» l'Iran.

Le Qatar s'est plaint d'être victime d'une campagne hostile concernant un soutien présumé aux groupes islamistes.

La dernière crise ouverte dans le Golfe remonte à 2014 lorsque trois pays du CCG (Arabie, Bahreïn et Emirats) avaient rappelé leur ambassadeur à Doha pour protester contre le soutien présumé du Qatar aux Frères musulmans.

L'Iran appelle au «dialogue» entre le Qatar et ses voisins du Golfe

L'Iran a appelé lundi le Qatar et ses voisins du Golfe à «un dialogue franc» pour résoudre leurs différends, après la rupture des relations avec Doha décidée par l'Arabie saoudite et ses alliés.

«La résolution des différends dans les pays de la région, y compris les problèmes actuels entre les trois voisins du Qatar et ce pays, n'est possible que par des moyens politiques et pacifiques et un dialogue franc entre les parties», indique un communiqué de Bahram Ghasemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

«L'usage de sanctions dans le monde interdépendant d'aujourd'hui est inefficace, inacceptable et condamnable», a-t-il ajouté.

L'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn ont rompu lundi avec le Qatar et décidé notamment de fermer leur espace aérien et leurs frontières terrestres et maritimes avec cette petite mais très riche monarchie pétrolière et gazière.

L'Iran est «inquiet» par la situation ainsi créée et «demande à tous» de «tirer partie des expériences amères dans la région, d'éviter l'émotion et de s'en remettre à la sagesse afin d'aller vers la paix et la désescalade», a affirmé le porte-parole.

Selon lui, les tensions «ne bénéficient à aucun gouvernement de la région et menacent les intérêts de tous» alors que le Moyen-Orient et le monde «souffrent de l'expansion du terrorisme»

L'Egypte aussi a décidé de mettre fin à ses liens diplomatiques avec le Qatar, qui  «insiste à adopter un comportement hostile vis-à-vis» du Caire, selon le ministère égyptien des Affaires étrangères.

Les voisins du Qatar on justifié ces mesures par le «soutien au terrorisme» de Doha, y compris Al-Qaïda, le groupe Etat islamique (EI) et les Frères musulmans, confrérie classée «terroriste» par l'Egypte et des pays du Golfe.

Selon l'Arabie saoudite, Doha soutient aussi «les activités de groupes terroristes soutenus par l'Iran dans la province de Qatif (est)», où se concentre la minorité chiite du royaume saoudien, ainsi qu'à Bahreïn, secoué depuis plusieurs années par des troubles animés par la majorité chiite de ce pays.

Le Qatar, richissime émirat gazier du Golfe

Doha, capitale du Qatar.... (Archives, AFP) - image 4.0

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Doha, capitale du Qatar.

Archives, AFP

Le Qatar, au centre d'une crise majeure avec certains de ses voisins qui l'accusent de soutenir le «terrorisme», est un petit pays du Golfe qui s'est affirmé sur la scène internationale grâce à son immense fortune tirée du gaz et du pétrole.

Une influence contestée

L'un des plus petits pays arabes (11.437 km2, 2,4 millions d'habitants dont 90% d'étrangers), le Qatar a refusé d'être intégré à la fédération des Emirats arabes unis en 1971 lors de son indépendance après 55 ans de protectorat britannique.

Gouverné par la famille Al-Thani depuis le milieu du XIXe siècle --l'actuel émir, cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani est sur le trône depuis 2013 après l'abdication de son père --, il a intensifié son activité diplomatique avec les Printemps arabes de 2011, appuyés par la puissante chaîne de télévision Al-Jazeera du Qatar.

Mais son soutien aux Frères musulmans en Tunisie ou en Egypte comme au Hamas à Gaza avait déjà entraîné une première crise régionale. L'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn avaient rappelé leurs ambassadeurs durant huit mois en 2014.

Le pays a une Constitution, adoptée par référendum et en vigueur depuis 2005, qui n'autorise pas les partis politiques mais institue le principe --non encore appliqué-- de l'élection des deux tiers du Conseil consultatif qui compte 45 membres. Les femmes ont voté pour la première fois en 1999 lors d'élections municipales.

Des investissements tous azimuts

Avec un revenu annuel par habitant de 138.480 dollars en 2015 (selon la Banque mondiale), l'un des plus élevés au monde, le Qatar s'est hissé sur la scène internationale par des investissements tous azimuts, réalisés le plus souvent par son fonds souverain, Qatar Investment Authority.

Il détient ainsi 17% du capital de Volkswagen et 10% de l'Empire State Building de New York.

Il a investi près de 40 milliards de livres (46 milliards d'euros) au Royaume-Uni ces dernières années, avec notammment les magasins haut de gamme Harrods et la deuxième chaîne de supermarchés du pays, Sainsbury's.

En France, son actif le plus emblématique est dans le football, avec depuis 2011 le club Paris Saint-Germain et la chaîne de télévision beIN sport France. Mais il est aussi le premier actionnaire du groupe de média et d'édition Lagardère et des investisseurs qataris possèdent les magasins du Printemps.

Un Mondial controversé

Le pays a commencé à construire des infrastructures pharaoniques pour la Coupe du monde de football 2022, qui devraient totaliser 200 milliards de dollars.

La décision prise en 2010 par la Fédération internationale de football (FIFA) d'attribuer la compétition au Qatar a suscité la controverse.

Des enquêtes ont été lancées par les justices suisse et américaine sur des soupçons de corruption à la FIFA.

Parallèlement, les conditions de travail des ouvriers étrangers sur les chantiers du Mondial sont critiquées par des organisations de défense des droits de l'Homme.

Le gaz, pilier de l'économie

Membre de l'Opep, le Qatar est le premier producteur et exportateur mondial de gaz naturel liquéfié et dispose des troisièmes réserves mondiales.

Pour adapter son économie à la baisse des prix des hydrocarbures, le budget de l'Etat est en déficit depuis 2016.

L'économie du Qatar devrait continuer à croître mais à un rythme plus lent que par le passé: +2,7% en 2016 contre +4,4% trois ans auparavant.




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