Le président sud-africain coupable d'avoir violé la Constitution

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«Je respecte le jugement et m'y conformerai», a déclaré le président sud-africain Jacob Zuma dans un discours retransmis à la télévision.

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Béatrice DEBUT
Agence France-Presse
JOHANNESBURG

Le président sud-africain Jacob Zuma, humilié par la justice qui l'a jugé coupable de violation de la Constitution, a reconnu vendredi avoir commis une faute constitutionnelle, mais a éludé toute idée de démission, malgré les appels pressants.

«La fin?» demandait vendredi matin en une le quotidien The Citizen. «La seule façon pour l'Afrique du Sud d'échapper à une véritable crise constitutionnelle est la démission ou le remplacement» du président, estimait pour sa part The Sowetan.

Dans un arrêt historique et accablant pour le chef de l'État, la Cour constitutionnelle a estimé jeudi que Jacob Zuma n'avait «pas respecté la Constitution» en refusant de rembourser à l'État plusieurs millions de dollars de frais de rénovation de sa propriété privée.

Le président doit désormais s'acquitter de la facture de la piscine, du poulailler, de l'enclos pour bétail et du centre pour visiteurs, qui ne se sont en rien liés à la sécurité du domaine de Nkandla, a ordonné la Cour.

«Ce jugement est une victoire pour la démocratie», a salué vendredi le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), qui a lancé une procédure de destitution contre le chef de l'État. «Ça ne peut pas être business as usual quand le président Zuma est déclaré coupable de violation de la Constitution», a-t-il ajouté.

Le populiste Julius Malema, leader du parti de gauche radicale des Combattants de la liberté économique (EFF), a menacé de s'en prendre physiquement au président. D'ici la procédure de destitution, Jacob Zuma «ne s'exprimera pas au parlement et nous l'empêcherons physiquement de le faire», a prévenu le tribun, habitué à la controverse.

Ces menaces n'ont pourtant pas ébranlé M. Zuma qui dans un discours télévisé diffusé vendredi soir n'a pas évoqué un seul instant la possibilité de démissionner, se contentant d'un mea culpa en public. «Je respecte le jugement et m'y conformerai», a-t-il ainsi déclaré promettant de rembourser l'État. Admettant avoir agi de manière «non conforme à la Constitution», il a juré n'avoir «jamais voulu violer délibérément» le texte fondateur.

Zuma «s'en lave les mains»

«Le président est monté sur scène pour tromper la nation aujourd'hui», a dénoncé le chef de la DA, Mmusi Maimane, devant des journalistes. «C'est totalement inacceptable. C'est une déclaration qui sonne complètement faux venant d'un président à terre», a-t-il ajouté.

«Zuma s'en lave les mains, et c'est tout. Ce n'est pas quelqu'un qui va partir sans faire de vagues», commentait pour sa part l'analyste Judith February sur la chaîne ENCA.

La destitution du président n'a aucune chance d'aboutir, ont d'ores et déjà les analystes, puisque son parti, le Congrès national africain (ANC), dispose de la majorité absolue au parlement et lui reste largement fidèle.

Jacob Zuma, surnommé le président «Teflon», «a plus de casseroles qu'il n'a d'enfants (une vingtaine, NDLR) et il s'en est toujours sorti», rappelait Adriaan Basson, auteur du livre Zuma à découvert. Une référence aux nombreux scandales qui empoisonnent le président.

L'ANC a le pouvoir de rappeler le président, comme elle l'avait fait avec Thabo Mbeki en 2008, mais à quelques mois des élections locales, elle continue à le soutenir. Dans un communiqué, elle a ainsi «accepté» la décision de la Cour constitutionnelle.

L'arrêt de la Cour, aux fortes implications politiques, représente une victoire pour le pouvoir judiciaire: «Il est rassurant de voir que le pouvoir judiciaire reste un bras indépendant du gouvernement», a par exemple insisté la DA.

«Il y a deux éléments de notre démocratie qui sortent grandis» de l'affaire Nkandla, a relevé pour sa part le caricaturiste sud-africain Zapiro: le pouvoir judiciaire et la médiatrice de la République, Thuli Madonsela, chargée de veiller au bon usage des deniers publics.

En 2014, elle avait estimé que le président devait rembourser l'argent dont il avait «indûment bénéficié» dans l'affaire Nkandla. Jacob Zuma l'avait ignorée.

Un dessin vendredi dans le quotidien The Star résumait la revanche de cette femme pugnace et la pression croissante sur Jacob Zuma. Thuli Madonsela y est représentée ligotée à un bûcher, mais c'est le président, libre à ses côtés et une boîte d'allumettes à la main, qui est en feu: «Vous feriez bien de vous précipiter dans l'eau de la piscine» de Nkandla, lui lance la médiatrice avec ironie.

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