Les tensions reprennent dans l'ex-Yougoslavie

Le leader ultra-nationale serbe, Vojislav Seselj, a été... (Alexa Stankovic, AFP)

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Le leader ultra-nationale serbe, Vojislav Seselj, a été reconnu non-coupable de crimes de guerre pour des gestes posés durant la guerre des Balkans des années 90.

Alexa Stankovic, AFP

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Rusmir Smajilhodzic & Jovan Matic
Agence France-Presse
Belgrade, Serbie

L'acquittement jeudi de l'ultranationaliste serbe Vojislav Seselj par le TPIY, accueilli triomphalement par l'intéressé, a ranimé les divisions parmi les ex-républiques yougoslaves vingt ans après les conflits sanglants qui ont marqué le démantèlement de l'ancienne fédération.

A Vukovar, ville de l'est de la Croatie qui fut pratiquement rasée par l'artillerie serbe au début du conflit, le Premier ministre croate Tihomir Oreskovic a dénoncé un «jugement honteux».

«C'est une défaite du Tribunal de la Haye et du Parquet», a déclaré à la presse M. Oreskovic.

Aux yeux de ses ennemis, Vojislav Seselj, 61 ans, personnifiait le nationalisme serbe dans les conflits en Croatie (1991-95) et en Bosnie (1992-95), qu'il a alimentés par ses discours enflammés. Les conflits ont fait 20.000 morts en Croatie et 100.000 morts en Bosnie.

Les autorités croates ont immédiatement décidé d'interdire l'entrée sur le territoire de la Croatie à M. Seselj.

«La Croatie ne peut pas et n'acceptera pas ce verdict honteux et continuera de faire tout son possible pour que justice soit faite», a déclaré la présidente croate Kolinda Grabar Kitarovic.

M. Seselj a aussitôt rétorqué en affirmant qu'il ne reconnaissait toujours pas l'indépendance de la Croatie, proclamée en 1991, mais qu'il entendait aller «se promener» à Zagreb.

«S'ils me l'interdisent, je vais lancer une procédure judiciaire», a-t-il dit.

Célébrations à Srebrenica

A Sarajevo, le membre musulman de la présidence collégiale de Bosnie, Bakir Izetbegovic, a déclaré dans la soirée être «surpris» par le verdict.

«Le verdict a provoqué la colère à juste titre parce qu'un criminel de guerre a été acquitté», a déclaré M. Izetbegovic.

«C'est tout à fait évident que Seselj avait organisé, armé, inspiré et encouragé des criminels à entrer en Bosnie et en Croatie, et à commettre des crimes de guerre et le nettoyage ethnique», a-t-il poursuivi, en ajoutant toutefois que le processus de réconciliation devait être poursuivi dans les Balkans. «C'est notre intérêt commun», a-t-il affirmé.

Vojislav Seselj était accusé de neuf crimes contre l'humanité et crimes de guerre, mais les juges ont estimé qu'il n'était pas «le chef hiérarchique» des milices de son parti politique, et ne pouvait donc être tenu pénalement responsable des crimes commis. «La propagande d'une idéologie +nationaliste+ n'est pas en soi criminelle», ont-ils affirmé.

Peu après la lecture du verdict, des sympathisants de M. Seselj ont célébré son acquittement à Srebrenica, ville de Bosnie orientale où les forces serbes de Bosnie ont commis en juillet 1995 le massacre de près de 8.000 hommes et adolescents musulmans, ont raconté à l'AFP plusieurs témoins.

La colonne d'une vingtaine de voitures, arborant des drapeaux du parti de M. Seselj, est passée à plusieurs reprises en klaxonnant devant le centre mémorial du massacre. Ceci au moment où plusieurs dizaines de personnes venaient d'assister à une cérémonie marquant le 13e anniversaire de l'enterrement des premières 600 victimes retrouvées du massacre, a dit à l'AFP le maire musulman de Srebrenica, Camil Durakovic.

«Ils scandaient +la Serbie+ et +égorger à nouveau+». Ce n'est pas par hasard que ça se passe ici. Nous sommes outrés, d'autant plus que la police n'a rien fait pour les empêcher», a affirmé M. Durakovic.

Pour l'analyste politique serbe Aleksandar Popov, le verdict du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) est une «énorme injustice». «Justice n'a pas été rendue aux victimes des persécutions motivées par le nationalisme», a-t-il déclaré.

Rayonnant de satisfaction

A contrario, en Republika srpska (RS), l'entité serbe de Bosnie, le verdict d'acquittement a été accueilli avec fierté, une semaine après la condamnation à 40 ans de prison de Radovan Karadzic, le premier président de la RS, déclaré coupable de génocide à Srebrenica par le TPIY.

Pour Milorad Dodik, président de la RS, Vojislav Seselj a «vaincu» le TPIY. «Le verdict confirme l'absurdité de la justice internationale. Comment expliquer autrement qu'un procès marathon (...) comme celui-ci s'achève ainsi», a-t-il dit.

M. Seselj n'a pas entendu son verdict au tribunal, les juges du TPIY ayant accepté son absence pour «raisons de santé».

Rayonnant de satisfaction, il a salué l'«honneur» de ses juges, lors d'une conférence de presse au siège de son Parti radical (SRS) à Belgrade. «Ils ont montré que le professionnalisme et l'honneur sont au-dessus de toute pression politique et ont pris, du point de vue juridique, la seule décision possible», a-t-il dit.

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