Horreur en Syrie

Un enfant syrien blessé par un missile lancé... (AFP, Bulent Kilic)

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Un enfant syrien blessé par un missile lancé sur une école est transporté à l'hôpital turc de Kilis.

AFP, Bulent Kilic

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Agence France-Presse
Beyrouth

L'espoir d'une trêve s'est éloigné lundi en Syrie où cinquante personnes, dont des enfants, ont été tuées par des missiles tirés sur des hôpitaux et des écoles, l'ONU dénonçant des «violations flagrantes du droit international».

Ces bombardements, l'escalade entre la Turquie et la Russie, toutes deux impliquées militairement sur le terrain ainsi que l'avancée des Kurdes dans le nord où le régime syrien est aussi à l'offensive augurent mal d'une trêve décidée par les grandes puissances et qui doit théoriquement entrer en vigueur à la fin de la semaine.

Les attaques contre des hôpitaux et deux écoles dans les provinces d'Idleb et d'Alep, au nord de la Syrie, «jettent une ombre sur les engagements pris par le Groupe de soutien international à la Syrie» sur une cessation des hostilités, a souligné le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.

Le président syrien Bachar Al-Assad a lui aussi semblé sonner le glas d'une éventuelle trêve, la jugeant «difficile».

«Jusqu'à présent, ils [les grandes puissances] disent qu'ils veulent un cessez-le-feu d'ici une semaine. Qui est capable de réunir toutes ces conditions en une semaine? Personne», a-t-il déclaré selon l'agence de presse syrienne SANA.

La Syrie est ravagée depuis près de cinq ans par une guerre qui a fait plus de 260 000 morts et poussé des millions de personnes à l'exil.

Lundi, un hôpital soutenu par Médecins sans frontières (MSF), à Maaret Al-Noomane, une zone rebelle dans la province d'Idleb, au nord-ouest du pays, a été bombardé. Au moins sept personnes ont été tuées tandis que huit membres du personnel étaient portés disparus, selon l'ONG. «Il s'agit d'une attaque délibérée» qui «prive d'accès aux soins les quelque 40 000 personnes vivant dans cette zone de conflit ouvert», a dénoncé à l'AFP Massimiliano Rebaudengo, le chef de mission de MSF pour la Syrie.

Frappes russes

Les frappes étaient vraisemblablement russes, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), une ONG qui dispose d'un vaste réseau de sources dans le pays en guerre.

Selon l'Unicef, quatre hôpitaux ont été frappés. Deux écoles dans la ville d'Azaz ont aussi été bombardées et six enfants y sont morts.

Outre l'ONU, les États-Unis, l'Union européenne et la France ont fermement condamné ces bombardements contre des hôpitaux et des écoles.

Washington a fustigé une nouvelle fois la «brutalité» du régime du président Assad qui met «en doute la volonté et/ou la capacité de la Russie à aider à l'arrêter». Moscou mène depuis le 30 septembre une campagne de frappes aériennes en Syrie en soutien au régime Assad. L'ambassadeur de Syrie en Russie a démenti toute implication russe dans le bombardement de l'hôpital de MSF, rejetant la responsabilité de la destruction les États-Unis.

«L'aviation russe n'a rien à voir dans tout ça», a assuré Riad Haddad dans une entrevue accordée à la chaîne de télévision publique russe Rossiya 24.

Washington a par ailleurs exhorté lundi la Russie et la Turquie à éviter toute escalade au moment où le ton devient de plus en plus acerbe entre Moscou et Ankara.

Moscou a dénoncé les «actions agressives» de la Turquie en Syrie qui s'apparentent, selon elle, à un «soutien non voilé au terrorisme international».

«Attaques barbares»

Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a répliqué en accusant la Russie de se comporter «comme une organisation terroriste» en Syrie où elle mène, au même titre que les jihadistes du groupe État islamique (EI) des «attaques barbares contre la population civile». Si elle continue, «nous lui opposerons une riposte extrêmement résolue», a-t-il averti.

L'armée turque a pilonné, pour le troisième jour consécutif, des positions des forces kurdes de Syrie dans le nord.

Malgré ces tirs, les Kurdes ont continué à progresser. Après plusieurs victoires contre les rebelles syriens soutenus par la Turquie, ils ont repris lundi soir la ville de Tall Rifaat, un des trois derniers grands bastions de la rébellion dans la province d'Alep, selon l'OSDH.

Dans cette bataille, les Kurdes ne se sont alignés ni sur le régime ni avec les rebelles : leur objectif est de relier les zones qu'ils contrôlent dans le nord de la Syrie afin de créer une région autonome unifiée, à l'image de leurs frères irakiens.

Selon l'OSDH, ils contrôlent les trois quarts des 800 km de frontière. Pour le géographe Fabrice Balanche, les Kurdes détiennent 26 000 km2, soit 14 % de la Syrie contre 9 % en 2012.

Ils veulent surtout «avancer vers le territoire tenu par les ultraradicaux du groupe EI dans l'est de la province d'Alep», explique Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSDH.

Malgré les appels lancés par Washington et Paris à y mettre fin, M. Davutoglu a prévenu que les bombardements turcs allaient se poursuivre. Pour les Turcs, le Parti de l'union démocratique (PYD) et les YPG, sa branche armée, sont avant tout des organisations «terroristes» liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une rébellion meurtrière en Turquie depuis 1984.

Occidentaux embarrassés

L'implication turque embarrasse les Occidentaux, qui sont à la fois alliés de la Turquie au sein de l'Otan, et des Kurdes, qu'ils considèrent comme la force la plus capable de lutter contre l'EI qui contrôle une partie de la Syrie et de l'Irak.

Elle rend aussi encore plus complexe la situation militaire dans la province d'Alep quinze jours après le début, le 1er février, d'une vaste offensive des forces du régime, soutenues par d'intenses bombardements russes.

L'armée syrienne encercle désormais presque totalement les quartiers rebelles d'Alep, l'ex-capitale économique du pays.

Cette offensive a provoqué l'exode de dizaines de milliers de personnes, bloquées à la frontière turque.

Dans ce contexte de violences exacerbées, l'émissaire de l'ONU pour la Syrie, qui tente à grande peine de réunir les parties pour des négociations, sera mardi à Damas.

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