Syrie: les discussions de paix officiellement commencées

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La communauté internationale cherche une issue négociée à la guerre en Syrie qui, depuis mars 2011, a fait plus de 260 000 morts et forcé des millions de personnes à quitter leur foyer.

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Maya GEBEILY, Nina LARSON
Agence France-Presse

Après plusieurs jours de valse hésitation et à la veille de discussions mardi avec une délégation du régime syrien, l'ONU a officiellement annoncé le début des discussions de paix sur la Syrie à Genève.

Quelques heures après la fin d'une première rencontre avec la délégation de l'opposition, l'ONU a indiqué que le régime syrien avait donné son accord de principe à l'envoi de convois humanitaires dans la ville assiégée de Madaya, près de Damas.

Au moins 46 personnes y sont mortes de faim depuis décembre, ainsi que dans deux autres villes, Kafraya et Foua, qui sont elles assiégées par les rebelles.

Un geste apparent de bonne volonté qui pourrait pousser une opposition encore très méfiante à entrer dans la négociation.

«Nous commençons officiellement les discussions de Genève», a répété à plusieurs reprises, en anglais et en français, l'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura.

Le diplomate italo-suédois, qui s'échine depuis des semaines à faire entrer les ennemis syriens dans un processus de discussions indirectes, venait de rencontrer pendant deux heures la délégation de l'opposition au Palais des Nations à Genève.

«Ils insistent sur le fait que la population civile syrienne mérite de voir une réduction concrète de la violence sur le terrain pendant que des discussions politiques se déroulent. C'est un argument très fort», a ajouté le diplomate onusien.

«Nous sommes venus discuter de questions humanitaires et nous avons reçu des messages très positifs de la part de l'envoyé spécial de l'ONU», avait déclaré juste avant lui un porte-parole de l'opposition, Salem al-Meslet, tout en réitérant les exigences humanitaires de l'opposition.

«Trois questions sont importantes pour nous, la levée des sièges, la libération de détenus, et l'arrêt des attaques contre les civils par les bombardiers russes (alliés de Damas) et par le régime», a-t-il égrené.

Le Haut comité des négociations (HCN), qui regroupe des politiques et des représentants des groupes armés en Syrie, réclame depuis des jours des améliorations tangibles sur le terrain, alors que la situation des civils en Syrie, bombardés, affamés, est chaque jour plus catastrophique.

Si l'arrêt à court terme des bombardements semble irréalisable, travailler en vue de la libération de civils, femmes et enfants, «serait un premier signal que quelque chose de différent est en train de se produire», a estimé M. de Mistura.

L'opposition a commencé à dresser des listes de noms de détenus, ont indiqué plusieurs de ses membres au cours des jours précédents.

Par ailleurs, son négociateur en chef, Mohammed Allouche, membre du bureau politique du groupe armé rebelle Jaïch al-Islam (l'Armée de l'Islam), un mouvement d'inspiration salafiste que le régime de Damas qualifie de «terroriste», est arrivé en début de soirée à Genève pour rejoindre la délégation. «Nous sommes venus pour trouver une solution», a-t-il déclaré à l'AFP, tout en accusant le régime de vouloir éliminer l'opposition.

Six mois de discussions prévus

M. De Mistura a annoncé qu'il recevrait mardi la délégation du régime de Damas - qu'il avait déjà rencontrée vendredi-, puis de nouveau celle du HCN.

Les discussions intersyriennes, dont le cadre a été fixé par une résolution de l'ONU en décembre, visent à mettre en place une autorité de transition avant l'organisation d'élections à la mi-2017.

L'émissaire de l'ONU veut instaurer un dialogue indirect entre les deux camps, avec des émissaires chargés de faire la navette, et a déjà annoncé que les discussions étaient prévues pour durer six mois.

Pour pousser le processus, un grand nombre de diplomates des principaux pays impliqués directement ou indirectement en Syrie sont présents à Genève.

La communauté internationale cherche une issue négociée à la guerre en Syrie qui, depuis mars 2011, a fait plus de 260 000 morts et poussé des millions de personnes à quitter leur foyer.

«Soyons réalistes. On vient de très loin, on a des gens qui ne se sont pas parlé depuis deux ans (lors de premiers pourparlers intersyriens en 2014, qui s'étaient soldés par un échec), et en deux ans les horreurs ont continué, la situation a empiré», résume un diplomate occidental.

Le chaos syrien a également permis l'essor du groupe État islamique (EI) qui a conquis de larges pans du territoire. Dimanche, un attentat anti-chiite revendiqué par l'EI a encore tué au moins 70 personnes près de Damas. Le chaos a aussi ses conséquences au Liban voisin, où les femmes syriennes réfugiées sont victimes d'exploitation et de harcèlement sexuel, selon un rapport d'Amnesty International.

La coalition anti-EI menée par les États-Unis se retrouvera à Rome mardi, où se trouve le secrétaire d'État américain John Kerry, et pourrait évoquer le dossier syrien.

À ce propos, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter devait dévoiler le projet de budget du Pentagone pour 2017 avec notamment des financements supplémentaires pour lutter contre l'EI, selon un responsable américain de la Défense.

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