Un propriétaire d'usine accueille des réfugiés syriens

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Le propriétaire de l'usine, Levon Afeyan - lui-même un ancien réfugié -, a l'intention de recruter d'autres Syriens.

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Une usine de panneaux de contreplaqué de Montréal comptant 80 employés a embauché une douzaine de réfugiés syriens au cours des derniers mois.

Son propriétaire, Levon Afeyan, a l'intention de recruter d'autres Syriens alors que le Canada accueille des milliers de personnes fuyant la guerre civile dans ce pays, le régime El-Assad ou le groupe armé État islamique.

M. Afeyan est lui-même un ancien réfugié. En compagnie de ses parents et de ses deux frères, il avait fui le Liban en proie à la guerre civile en 1975.

Il explique qu'une des principales difficultés de ses employés réfugiés est d'admettre que leur installation au Canada sera probablement permanente. «Ils n'ont pas encore saisi cette notion, raconte l'homme d'affaires. Cela prend du temps pour un homme d'accepter cette réalité, de se dire: «ça y est, j'ai tout perdu».»

Le propriétaire de l'usine n'est pas qu'un patron. Il se comporte comme un travailleur social de facto. Il paie ses nouveaux employés pour qu'ils suivent des cours de français.

L'entreprise - Produits Seatply - fabrique des pièces de contreplaqué moulé qu'elle vend dans toute l'Amérique du Nord.

Les employés pressent du contreplaqué et assemblent des facettes afin de créer des ensembles colorés. Ils coupent et percent des morceaux de bois avec des machines robotisées. Comme le travail n'exige pas une trop grande qualification, cela fonctionne.

«Ils ont besoin d'un emploi pour avoir du respect, souligne M. Afeyan. Le respect, c'est quelque chose de vraiment important au Moyen-Orient. Un homme se doit d'être respectable. Sans emploi, il ne peut pas l'être.»

Il n'y a pas que des réfugiés syriens qui travaillent dans cette usine.

Ainsi, un des contremaîtres est un homme originaire du Sri Lanka, un pays où une longue guerre civile s'est terminée en 2009. «Je suis arrivé au Canada il y a 15 ans. Ce fut mon premier employeur - et mon dernier», s'exclame Vasudevan Ratnasingham.

Il y a aussi Vrej Baboian, un réfugié irakien arrivé au pays en 2009. Cet ancien ingénieur est devenu un mentor pour les Syriens travaillant chez Produits Seatply.

«On voyait qu'il était talentueux, dit M. Afeyan. Il est devenu superviseur d'une petite équipe, puis chef de rayon. Aujourd'hui, c'est un contremaître.»

La démarche confiante, M. Baboian a un conseil à donner aux réfugiés: «Trouvez-vous un emploi, ne dépendez pas du gouvernement. Dépendez de vous-mêmes.»

Selon son patron, les réfugiés sont souvent en état de choc lorsqu'ils arrivent au pays. Trouver un emploi est crucial à leur intégration réussie. «On doit leur donner du temps, souligne-t-il. Laissez-les en parler. Laissez-les réaliser tranquillement qu'ils deviendront des Canadiens, que leurs enfants seront Canadiens et que le Canada est leur nouveau foyer.»

Et pour vraiment se sentir Canadien, il faut commencer à parler l'anglais, et au Québec, le français, recommande M. Afeyan.

À compter du mois de mars, un enseignant, payé par le gouvernement du Québec, viendra donner des cours de français deux fois par semaine dans l'usine. Il n'en coûtera pas un sou aux employés. Ceux-ci devront rester une heure de plus à l'usine, mais ils seront payés pour apprendre la langue.

«Nous les encouragerons tous à prendre ces cours. Nous leur dirons de ne pas dire non», mentionne M. Afeyan, le sourire aux lèvres.

M. Afeyan et ses gérants enseignent aussi aux réfugiés certains éléments importants de la vie quotidienne que les Canadiens prennent souvent pour acquis. «On leur apprend le covoiturage. C'est un concept dont ils n'avaient jamais entendu parler. Ils aiment bien cela, soit dit en passant.»

Et si les autres Canadiens ne peuvent donner un emploi aux réfugiés, ils peuvent les aider à s'intégrer en acceptant qu'ils «ne sont pas juste des réfugiés mais qu'ils sont aussi de nouveaux Canadiens», ajoute M. Afeyan.

L'homme d'affaires se souvient encore ce qu'il ressentait lorsqu'il a dû s'installer dans un nouveau pays à l'âge de 16 ans. «La meilleure chose qui me soit arrivée, c'est lorsque des amis de mes parents m'ont invité à souper. C'était fantastique. J'étais vraiment invité à manger chez quelqu'un. J'avais 16 ans et on m'invitait. Les réfugiés syriens ont besoin de sentir qu'ils font partie de la société.»

Et comment se portent les nouveaux ouvriers de Produits Seatply? À merveille, si l'on se fie à l'un d'entre eux.

«J'aime bien travailler ici», assure en anglais Garouj Nazarian en levant le pouce.

«Pour m'occuper de ma famille», ajoute-t-il en arménien.

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