Eaux usées: tout va bien, selon Coderre

Des ouvriers étaient à pied d'oeuvre hier à... (Patrick Sanfacon, La Presse)

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Des ouvriers étaient à pied d'oeuvre hier à l'un des points de déversement des eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent, près de Verdun

Patrick Sanfacon, La Presse

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La Presse Canadienne

Le maire de Montréal, Denis Coderre, s'est dit satisfait mercredi du déroulement de l'opération visant l'assèchement et la réparation de l'intercepteur Sud-Est, malgré l'apparition d'un panache de mousse à la suite du déversement d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent, amorcé à minuit une minute dans la nuit de mardi à mercredi.

Le responsable de la gestion des eaux usées, Richard Fontaine, a expliqué de son côté que la mousse était principalement attribuable aux détergents en suspension dans l'eau usée.

«La coloration blanchâtre que vous allez voir est beaucoup associée à ce qu'on va retrouver au niveau de la lessive, le phosphore qu'on va retrouver au niveau de l'eau et ce n'est pas anormal», a-t-il expliqué tout en précisant que des analyses de l'eau ont été prévues avant, pendant et après le déversement.

«Ça, c'est un meilleur indicateur que la coloration», a indiqué M. Fontaine.

Des estacades ont été installées et d'autres le seront au besoin et un camion aspirateur se trouvait également à l'un des sites où l'on s'attendait à des problèmes d'odeurs plus prononcés.

Une vingtaine de cols bleus de la ville étaient déjà à pied d'oeuvre à l'intérieur de l'intercepteur en mi-journée mercredi et rapportaient des détériorations importantes.

«J'ai eu un rapport par radio. Le terme qui a été utilisé c'est que c'est 'pas joli'», a raconté M. Fontaine, ajoutant que les employés travaillaient dans des conditions difficiles, au point où il a fallu descendre des équipements de nettoyage parce que les cols bleus oeuvraient dans un pied d'eau et dans «une matière vaseuse, visqueuse».

L'état de l'infrastructure de cinq mètres de diamètre qui se trouve à 35 mètres de profondeur prouve, selon le maire Coderre, qu'il était nécessaire et pressant de procéder à ces travaux.

«Non seulement il n'y avait pas d'autre option, mais c'était nécessaire pour l'avenir, pour l'intégrité même de l'infrastructure», a répété le maire.

M. Coderre a d'ailleurs promis de descendre lui-même jeudi dans l'intercepteur pour constater de visu l'état de détérioration de l'immense conduite.

«Cynique», dit l'opposition

De son côté, le chef de l'opposition à l'Hôtel de Ville de Montréal, Luc Ferrandez, a accusé le maire Coderre d'avoir agi de façon cynique et autoritaire en allant immédiatement de l'avant avec le déversement d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent.

«De façon tout à fait cynique, M. Coderre préparait une campagne de publicité pour convaincre les Montréalais de ses justifications et de la nécessité d'aller de l'avant», a-t-il déclaré en mêlée de presse sur le bord du fleuve.

M. Ferrandez affirme que la Ville a procédé sans respecter intégralement les exigences émises par le panel d'experts indépendants qui ont fait rapport à la ministre fédérale de l'Environnement vendredi.

«On a un maire qui (dit): j'ai raison jusqu'au bout; j'ai raison malgré les avis d'experts, des experts du ministère de l'Environnement, des experts indépendants et la population qui disait: ça ne se fait pas, on ne veut pas voir ça», a déclaré le maire de l'arrondissement du Plateau Mont-Royal.

Le maire Coderre n'a pas voulu réagir à ces propos, balayant les objections de son opposant du revers de la main.

«Moi, je ne réponds pas à Luc Ferrandez, je réponds à la population. On a une responsabilité à prendre. Quand on vous dit que c'est pas joli en bas, c'est justement important de faire le geste qu'on pose», a dit le maire de la métropole.

Le ministre Moreau s'en remet aux villes

Le ministre des Affaires municipales Pierre Moreau s'en est remis aux villes, mercredi, pour diminuer les dizaines de milliers de déversements d'eaux usées chaque année à travers le Québec.

M. Moreau a affirmé que le gouvernement n'a pas le pouvoir d'obliger les municipalités à améliorer leur bilan en cette matière.

Dans un point de presse, le ministre a affirmé que le rôle du gouvernement se limite à imposer des normes réglementaires ou à financer des projets qui permettent d'améliorer les infrastructures d'eaux potable et usée.

«Il y a une organisation sociale au Québec qui fait en sorte que les municipalités ont des responsabilités, a-t-il dit. La responsabilité des municipalités, c'est de doter leur territoire d'infrastructure. Le jour où le ministre des Affaires municipales va dire aux maires comment faire sur leur territoire, les premiers mécontents ça va être les maires.»

Des données du ministère des Affaires municipales indiquent que les villes ont effectué 45 000 déversements d'eaux usées, en 2013.

Ces informations ont permis de mettre en contexte la controverse suscitée par le déversement de huit milliards de litres d'eaux usées, qui a commencé ce mercredi à Montréal, dans le cadre de travaux de réfection sur le réseau d'égout.

Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, a de son côté expliqué mercredi qu'il avait plaidé pour le développement d'une «culture de l'eau» au Québec, alors qu'il était ministre des Affaires municipales, pour promouvoir les investissements dans ces infrastructures.

«Quand on annonce un aréna, une bibliothèque, on coupe un ruban, les gens sont super contents, a-t-il dit en point de presse. Quand on fait des trous dans la rue pour passer des tuyaux, les gens sont très, très déçus.»

Pas d'objectif précis

Avant une réunion des députés libéraux, M. Moreau a quant à lui répété aux journalistes qu'il faut réduire ce nombre de déversements, sans toutefois fixer d'objectif.

«Je pense que les priorités sont à la bonne place, a-t-il dit. Si votre question c'est: est-ce que vous êtes heureux de voir 45 000 déversements, la réponse, c'est non.»

M. Moreau a écarté la possibilité d'imposer des amendes aux municipalités en raison de leurs rejets.

«Est-ce que le gouvernement avance d'un seul pouce en exigeant d'une municipalité une amende qui va être payée par ses contribuables? La réponse, c'est non», a-t-il dit.

Le cabinet de M. Moreau a précisé que depuis 2014, le ministère de l'Environnement est chargé de gérer les informations et la réglementation sur les déversements et surverses d'eaux usées des municipalités. Ces dispositions exigent que la totalité d'entre elles aient une station d'épuration des eaux d'ici 2020.

Le gouvernement a d'ailleurs relevé les seuils d'aide financière pour les petites municipalités dont les moyens sont limités pour construire des infrastructures, a-t-il rappelé.

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