Ottawa exige la libération «immédiate» de Mohammed Fahmy

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Mohammed Fahmy était le chef de bureau au Caire pour le réseau de télévision Al-Jazeera.

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Agence France-Presse
LE CAIRE

Le Canada a exigé samedi la libération «immédiate et sans condition» de Mohammed Fahmy, journaliste canadien de la chaîne qatarie Al-Jazeera, condamné avec deux autres journalistes à trois ans de prison ferme en Égypte.

«Le gouvernement du Canada continue de demander au gouvernement égyptien d'utiliser tous les moyens à sa disposition pour résoudre le cas de M. Fahmy et permettre son retour immédiat au Canada», a déclaré la secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Lynne Yelich, déçue par la condamnation.

Outre Mohammed Fahmy, deux autres journalistes - l'Australien Peter Greste et l'Égyptien Baher Mohamed - ont été reconnus coupables samedi par un tribunal du Caire d'avoir «diffusé de fausses informations» et travaillé sans les autorisations nécessaires en 2013.

Le juge Hassan Farid a justifié son verdict par le fait que les trois accusés n'avaient pas leur accréditation de journalistes lorsqu'ils ont été appréhendés en 2013. De plus, il a souligné qu'ils possédaient de l'équipement technique sans avoir obtenu l'approbation des autorités et qu'ils avaient utilisé un hôtel comme lieu de diffusion sans permission.

La famille de M. Fahmy est sous le choc. Son épouse Marwa a quitté le tribunal en pleurant. Elle a qualifié le verdict d'injuste et a demandé l'intervention immédiate du premier ministre Stephen Harper.

«Cette peine démontre qu'il s'agit d'un procès politique; ils veulent s'en prendre à Al-Jazeera. Tout ce que je demande, maintenant, c'est la justice et l'équité - comme ce qui a été fait pour Peter (Greste)», a-t-elle confié à La Presse Canadienne.

L'Australien Peter Greste avait été déporté dans son pays d'origine il y a quelques mois, pendant que ses deux collègues, M. Fahmy et l'Égyptien Baher Mohammed étaient en liberté provisoire en Égypte. Les trois hommes avaient été arrêtés en décembre 2013 et accusés d'avoir appuyé les Frères musulmans, une organisation interdite au pays. On leur reprochait également d'avoir falsifié leurs reportages afin de mettre la sécurité nationale en péril.

On ne sait pas encore comment cette peine s'appliquera aux deux hommes, mais Peter Greste, qui a accordé une entrevue à Al-Jazeera depuis Sydney, s'est dit convaincu que la cour d'appel égyptienne allait renverser le jugement.

Un message «dangereux»

À l'extérieur du tribunal, l'avocate de M. Fahmy, Amal Clooney, a affirmé que ce verdict envoyait un message «dangereux».

«Cela envoie le message que les journalistes peuvent être emprisonnés seulement en faisant leur travail, en disant la vérité et en rapportant les nouvelles. Et cela envoie le message dangereux que les juges permettent que leurs tribunaux deviennent des instruments de répression politique et de propagande», a-t-elle dénoncé.

Le directeur général du réseau anglophone d'Al-Jazeera, Mostefa Souag a indiqué que ce jugement «défiait toute logique et sens commun». «Il n'y a aucune preuve que nos collègues ont fabriqué des nouvelles ou ont aidé ou appuyé des organisations terroristes», a-t-il pesté.

Au terme d'un premier procès controversé, les trois journalistes avaient été condamnés à dix ans d'emprisonnement, avant que la plus haute cour du pays n'ordonne la tenue d'un second procès.

Vendredi, Mohammed Fahmy s'était dit confiant d'être acquitté. Il bénéficiait notamment de l'appui de l'organisme Reporters sans frontière, qui avait demandé l'abandon des accusations pour les trois journalistes.

M. Fahmy soutenait durant les procédures judiciaires que lui et ses collègues étaient des «pions» dans le conflit au Moyen-Orient.

L'Égypte et le Qatar ont des relations tendues depuis 2013, dans la foulée de la destitution par les militaires de l'ancien président Mohamed Morsi. Le Qatar est un allié important des Frères musulmans. Le Caire accuse ainsi Al-Jazeera d'être le porte-voix des partisans de M. Morsi, ce que réfute le réseau de télévision.

Le journaliste canadien a d'ailleurs intenté une poursuite en dommages de 100 millions $ au Canada contre son employeur, Al-Jazeera, qu'il accuse de conduite négligente, de bris de contrat et d'assertion négligente et inexacte.

«[Les dirigeants du réseau] ne semblent pas comprendre qu'ils ne peuvent continuer à défier ainsi la souveraineté des gouvernements, à accorder plus d'importance à la nouvelle qu'à la sécurité de leurs employés, et croire qu'ils vont toujours s'en tirer comme ça. Je veux les poursuivre coûte que coûte, et obtenir gain de cause», disait-il en mai.

- Avec La Presse Canadienne

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