Un jihadiste d'Ottawa dans une vidéo du groupe État islamique

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John Maguire profère des menaces directes contre son pays d'origine.

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Le groupe État islamique

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Le groupe État islamique

Après avoir fait d'importants gains en Syrie face aux troupes d'Assad, les djihadistes de l'EI ont pris l'Irak d'assaut s'emparant d'importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l'Irak et la Syrie. »

Un ancien étudiant de l'Université d'Ottawa apparaît dans une vidéo du groupe armé État islamique dans laquelle il profère des menaces à l'endroit du Canada et de ses citoyens.

John Maguire - qui se fait maintenant appeler Abu Anwar al Canadi - incite tous les Canadiens à se convertir à l'Islam et à joindre les rangs de l'État islamique. Il se présente comme un Canadien ayant grandi comme tous les autres, sur une patinoire avec un bâton de hockey dans les mains.

Le jeune homme explique dans la vidéo qu'il n'avait pas de dossier criminel et était un étudiant modèle avant de quitter le pays pour combattre au Moyen-Orient.

Maguire soutient que le gouvernement du Canada conduit des attaques contre tous les musulmans, et pas seulement contre les membres de l'État islamique. Il affirme que les Canadiens doivent s'attendre à d'autres attaques comme celles conduites par Martin Rouleau à Saint-Jean-sur-Richelieu et Michael Zehaf-Bibeau à Ottawa.

La vidéo diffusée par SITE

«Vous êtes considérés comme un peuple éduqué. Qu'est-ce qui vous empêche de comprendre que les opérations de notre Ahmed-Rouleau de Montréal et le raid de la colline parlementaire ont été conduits en réponse directe à votre participation à la coalition de nations qui mènent une guerre contre le peuple musulman?»

Dans la vidéo, John Maguire soutient que les musulmans n'ont que deux choix s'ils ne veulent être considérés comme des infidèles. Ils doivent quitter le Canada ou «aiguiser leurs couteaux» et imiter Rouleau et Zehaf-Bibeau.

«Aux musulmans qui vivent au Canada, je vous demande, comment pouvez-vous rester et vivre parmi les infidèles? [...] Comment pouvez-vous vivre pacifiquement parmi eux quand leurs leaders, élus par les masses, mènent une croisade contre vos frères et soeurs musulmans? [...] La seule raison d'y être est de combattre.»

Le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, a réagi par voie de communiqué aux menaces du groupe État islamique affirmant que «le terrorisme est une menace réelle et sérieuse pour les Canadiens». Selon le ministre, c'est pour cette raison que le Canada doit participer à l'effort actuel en Irak pour contrer l'élargissement de l'influence de ce «fléau terroriste».

Une invitation peu surprenante

Selon le professeur adjoint à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales et ex-analyste stratégique sur le Moyen-Orient pour le ministère de la Défense nationale, Thomas Juneau, une telle invitation aux «loups solitaires» par vidéo n'est guère surprenante.

«De façon générale, l'État islamique a démontré un niveau de sophistication et une habileté à faire des calculs tactiques et stratégiques avec son emploi des médias sociaux qui est unique dans les annales des mouvements terroristes.»

Le groupe armé État islamique est mené par des guerriers expérimentés qui ont bien compris que ces vidéos obtiennent un rayonnement plus important en Occident lorsqu'ils présentent un combattant ou un otage d'origine occidentale, souligne M. Juneau.

«On n'a qu'à penser aux vidéos de décapitation d'otages. L'acteur dans cette vidéo, c'était un individu généralement considéré britannique. Le simple fait qu'il soit perçu britannique avec un accent de Londres, ça a eu beaucoup plus d'effet que les anciennes vidéos d'Al-Qaïda avec un arabe du Yémen qui parle avec des sous-titres.»

De son côté, un ancien agent du Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS), Michel Juneau-Katsuya, soutient que l'exemple de John Maguire n'en est qu'un de plus au Canada. Il rappelle que le directeur du SCRS affirmait récemment à la Chambre des communes que près de 200 jeunes ont quitté le Canada dans les derniers mois pour joindre le groupe État islamique.

MM. Juneau et Juneau-Katsuya s'entendent pour dire qu'il faut parler de cette vidéo et des autres de l'État islamique, mais surtout, les mettre en contexte. «Des jeunes ont été recrutés à London, à Toronto et à Calgary. [...] Ça devient une tendance, ça commence à se reproduire de plus en plus», soutient Michel Juneau-Katsuya.

«Dans une démocratie, on ne veut tout simplement pas commencer à aller dans une direction où on commence à imposer de la censure. [...] Parler de façon ouverte et transparente des barbaries de l'État islamique, pour moi, à long terme, ça va nuire à l'État islamique», ajoute Thomas Juneau.

Comment lutter contre la radicalisation?

Dans son communiqué, le ministre Blaney précise également qu'il est important d'améliorer les outils des forces policières et du milieu du renseignement pour mieux protéger les Canadiens.

Le professeur de l'Université d'Ottawa soutient que les éléments coercitifs comme la surveillance, les arrestations préventives et le retrait des passeports ont un rôle à jouer, mais qu'elles ont leurs limites.

«Dans une démocratie [...] on ne peut tout simplement pas demander à nos gouvernements un taux de succès de 100% pour prévenir des attaques comme ça. On est dans une société libre et ouverte, il n'y a rien qui empêche des individus de se promener en ligne.»

M. Juneau croit qu'un rapprochement et un lien de confiance doivent s'établir entre les leaders et les membres des communautés musulmanes pour faciliter l'identification des gens au bord de la radicalisation.

Michel Juneau-Katsuya partage cette approche. Il estime également que les gouvernements occidentaux doivent revoir leur approche et leur façon de parler des enjeux liés au terrorisme.

«On peut certainement dire que les pays occidentaux ont un mea culpa à faire, un examen de réflexion. [...] George W. Bush a fait bien plus pour la cause terroriste que Ben Laden lui-même, à cause qu'on a été très maladroit dans la façon de traiter la chose. Là, on est pris avec une forme de terrorisme la plus perverse auquel on a été confronté depuis très longtemps.»

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