Deuxième nuit de colère à Ferguson

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La journée de mardi a été marquée par des manifestations largement pacifiques à Ferguson et dans des dizaines d'autres villes américaines, dont Washington (sur la photo), New York, Los Angeles, Boston et Atlanta.

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Agence France-Presse
FERGUSON

La petite ville américaine de Ferguson a connu mardi soir une deuxième nuit agitée en réaction à l'exonération du policier ayant abattu un jeune Noir, tandis que des manifestations spontanées de protestation ont éclaté à travers les États-Unis.

«Je suis ici dehors pour soutenir Michael Brown et sa famille et pour voir la justice être rendue!», a lancé Michael Jackson, 48 ans, un habitant des environs de Ferguson où le jeune Noir de 18 ans, désarmé, a été abattu par un policier blanc, Darren Wilson, le 9 août dans cette petite ville du Missouri (centre).

Letisha Brooks, 17 ans, dont le lycée était fermé mardi en raison des émeutes de la veille, a quant à elle souligné être dans la rue «pour voir Darren Wilson pourrir en prison».

Moins nombreux que la veille, une centaine de manifestants bruyants s'étaient rassemblés en début de soirée près du commissariat de police de Ferguson, a constaté une journaliste de l'AFP.

Ils faisaient face à environ 50 policiers anti-émeute, renforcés à l'intérieur du périmètre de sécurité du poste de police par des gardes nationaux équipés de matraques et de boucliers.

Aucune violence n'était apparemment à déplorer en dépit de la présence de quelques agitateurs masqués en marge de la foule. Les magasins qui avaient été pillés et incendiés lundi étaient mardi soir clairement barricadés et les rues nettoyées des débris.

Le président américain Barack Obama a condamné les violences à Ferguson, qui était quadrillée mardi soir par trois fois plus de militaires que la veille.

«Brûler des bâtiments, mettre le feu à des voitures, détruire des biens, mettre des gens en danger: il n'y a aucune excuse pour cela, ce sont des actes criminels», a déclaré Barack Obama lors d'un discours à Chicago (Illinois, nord).

«Il existe des moyens constructifs d'exprimer ses frustrations», a poursuivi le président, reconnaissant qu'il existait, au sein de nombreuses communautés, le sentiment tenace que «les lois ne sont pas toujours appliquées de la même manière et de façon équitable».

Après trois mois de délibérations, un grand jury a conclu que le policier Darren Wilson avait agi en état de légitime défense en tirant douze coups en direction de Michael Brown, qui l'avait d'abord frappé au visage avant de prendre la fuite.

L'avocat de la victime a déploré que «dans toute l'Amérique, à New York, à Los Angeles, en Californie, à Cleveland, les jeunes garçons de couleur sont tués par les policiers».

A Cleveland (Ohio, nord), des manifestants ont défilé mardi soir pour protester contre la mort d'un garçon noir de 12 ans, tué le week-end dernier par un policier alors qu'il manipulait une arme factice.

A New York, plusieurs manifestants réclamant justice pour Michael Brown ont été interpellés mardi soir, a indiqué la police à l'AFP sans donner de chiffre exact. Deux personnes avaient déjà été arrêtées lundi soir.

Un groupe de manifestants s'était donné notamment rendez-vous à Union Square avant de commencer à marcher dans les rues en changeant sans cesse de direction pour échapper au contrôle de la police. «La prison pour les policiers meurtriers!», «Nous demandons justice pour Ferguson», pouvait-on lire sur leurs pancartes.

Des centaines de manifestants sont également descendus dans les rues de Los Angeles, Boston et Philadephien ainsi qu'à Nashville dans le sud du pays.

-"Bonne conscience"-

S'exprimant pour la première fois depuis le drame, Darren Wilson a assuré sur la chaîne ABC mardi avoir «bonne conscience» et qu'il aurait agi de la même manière avec un jeune Blanc.

Il a expliqué avoir eu peur d'être tué par Michael Brown, croyant que le jeune était en train de lui dérober son arme pour lui tirer dessus: «Il a foncé sur moi, il allait me tuer».

La décision annoncée lundi de ne pas poursuivre le policier a enflammé les rues de Ferguson, où de nombreux commerces ont été pillés et incendiés dans la nuit.

Mais mardi soir, dans cette petite banlieue de St Louis qui compte 21.000 habitants, 2.200 militaires de la Garde nationale étaient déployés devant les maisons, les commerces et une centaine de lieux clés, a annoncé le gouverneur du Missouri, Jay Nixon.

«Les vies et les biens doivent être protégés. Cette communauté mérite la paix», a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse, précisant que les militaires prêteraient main forte aux policiers et «seraient prêts à agir rapidement» pour éviter de «répéter le désastre d'hier soir».

Plus tôt dans l'après-midi, le chef de la police de St Louis avait lui aussi promis «une présence policière très importante» et «une intervention bien plus rapide» que lundi soir.

Le leader des droits civiques Al Sharpton a multiplié mardi les appels au calme. «Ce ne sont pas les cendres des bâtiments en feu de Ferguson qui doivent entretenir la mémoire de Michael Brown».

A ses côtés, l'avocat de la famille du jeune Noir Benjamin Crump a critiqué «un système (judiciaire) cassé», dénonçant les «relations de proximité» entre le procureur --dont le père policier a été tué par un Noir-- et la police de St Louis. Il a pointé des contradictions dans le témoignage du policier, déplorant que ce dernier n'ait subi aucun contre-interrogatoire.

Le policier, qui est toujours en congé administratif, n'est cependant pas à l'abri de toute poursuite. Le ministre de la Justice Eric Holder a rappelé que deux enquêtes fédérales étaient en cours et promis des conclusions rapides «pour rétablir la confiance» entre la police et la communauté noire.

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