Des bandes audio sont confiées à l'UPAC

L'hôtel de ville de la municipalité de Pontiac... (PATRICK WOODBURY, Archives Le Droit)

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L'hôtel de ville de la municipalité de Pontiac

PATRICK WOODBURY, Archives Le Droit

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L'ex-chef des travaux publics de la municipalité de Pontiac se serait fait passer pour un employé de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et aurait tenté de trafiquer la liste de prix d'un entrepreneur en construction, a appris Le Droit, des gestes allégués qui ont mené à l'ouverture d'une enquête de l'UPAC en décembre dernier.

À l'époque, un porte-parole de la municipalité de Pontiac avait indiqué que la visite de l'UPAC était liée aux « agissements d'un ex-contractuel ». Or, il appert qu'il s'agit de Frank Fiorillo, l'ex-chef des travaux publics de la municipalité.

Lors d'un échange qui a été enregistré par l'entrepreneur Jean-François Aumont au début novembre, M. Fiorillo a affirmé avoir été « placé ici par l'UPAC ». Sur les bandes audio remises aux enquêteurs de l'UPAC, et dont Le Droit a obtenu copie, on l'entend également proposer à l'entrepreneur en excavation de modifier - parfois à la hausse - sa liste de prix pour la municipalité parce que « c'est le même prix pour tout le monde, pour que tout le monde fasse de l'argent, mais aussi pour ce qui arrive en conséquence à long terme ».

Lors d'une rencontre avec M. Aumont - et après avoir révisé sa liste de prix pour la location de machinerie lourde -, Frank Fiorillo lui a proposé de retirer une mise en demeure déposée contre la municipalité en échange de contrats de construction.

« Tu vas me signer une lettre comme quoi tu ne poursuis pas la ville, dit-il. Comme je t'ai dit l'autre jour, c'est monsieur le maire qui veut l'avoir. [...] Tu fais ça, lundi matin, t'es sur le chantier. »

Le Droit a également mis la main sur l'enregistrement d'une conversation entre le maire de Pontiac, Roger Larose, et ce même entrepreneur, Jean-François Aumont. On entend le premier magistrat faire une déclaration sur l'octroi de contrats de location de machinerie lourde.

« Avant, on n'allait même pas chercher une liste d'opérateurs [de machinerie lourde], on le donnait tout le temps aux mêmes chums. J'en connais des gars, des compagnies, ils ne sont pas contents après moi parce qu'ils trouvent qu'ils ne font pas assez d'argent. Mais avant ça, ils faisaient des 100 000 $ avec la municipalité. [...] Il faut donner ça égal à toute la gang. Je n'ai pas de problème à ce que tu m'amènes ta liste et qu'on t'en donne, on veut t'en donner. »

En entrevue avec Le Droit, le maire Larose a expliqué qu'il faisait référence à l'ancienne administration lorsqu'il a mentionné ce qui se passait « avant ». Il a du même coup précisé ce qu'il entendait par « donner ça égal à toute la gang ». Il indique que la municipalité tente d'accorder des contrats au plus grand nombre d'entrepreneurs possibles, en fonction du taux horaire soumis.

Versions contradictoires

Joints tour à tour par Le Droit, Roger Larose et Frank Fiorillo proposent une lecture opposée de la situation. Par contre, ni l'un ni l'autre n'a remis en question l'authenticité des enregistrements.

Selon le maire, l'ex-chef des travaux publics a été congédié avant le déclenchement de l'enquête de l'UPAC. La décision de licencier Frank Fiorillo a d'ailleurs été motivée par des incidents impliquant le contractuel et des citoyens de la municipalité, notamment en raison d'un événement survenu en octobre dernier où il en est venu aux poings avec un citoyen. De son côté, M. Fiorillo soutient avoir été victime d'une agression dans cette affaire.

Le maire de Pontiac assure qu'il ne savait pas que M. Fiorillo avait personnifié un employé de l'UPAC au moment de le congédier, mais explique en avoir été informé par la suite. Il affirme qu'il ignorait tout des tentatives de modification de la liste de prix pour la location de machinerie lourde de l'entrepreneur Jean-François Aumont.

Frank Fiorillo allègue plutôt que c'est à la demande du maire et de la direction générale de la municipalité qu'il a posé les gestes qui lui sont reprochés. L'ex-contractuel soutient que des prix uniformes étaient imposés à certains entrepreneurs. Il soulève un épisode où le maire lui aurait demandé de réduire de 15 % la facture d'un excavateur, André Bélisle.

« Le maire avait une liste de gens que lui voulait avoir sur ses chantiers, maintient M. Fiorillo. Bélisle, il ne voulait plus l'avoir. »

Joint par Le Droit, M. Bélisle a confirmé que Frank Fiorillo lui a demandé de réduire ses tarifs de 15 %. Il explique avoir accepté pour continuer de travailler pour la municipalité. Il ignore toutefois si le maire était au courant.

Frank Fiorillo, maintenant installé en Estrie, ajoute avoir rencontré l'UPAC récemment et avoir offert sa version des faits aux enquêteurs. Il affirme également qu'il n'a pas été congédié, mais qu'il a plutôt remis sa démission. Il n'aura été à l'emploi de la municipalité que pendant quelques mois.




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