Élection de Trump: inquiétudes dans la région

Les maires d'Ottawa et de Gatineau, Jim Watson... (Etienne Ranger, Archives Le Droit)

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Les maires d'Ottawa et de Gatineau, Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin

Etienne Ranger, Archives Le Droit

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En portant Donald Trump au pouvoir, les Américains viennent de donner « une espèce de gigantesque coup de pied dans la ruche » qui se traduit par une « inquiétude économique » dans la région, estime le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.

Quelques heures après la victoire du chef républicain, le maire Pedneaud-Jobin l'a qualifiée de « rejet assez clair des élites politiques traditionnelles ».

« Tout le monde doit s'interroger sur ce qui s'est passé, notamment sur toute cette colère et cette frustration qui ont été exprimées, a poursuivi le maire. [...] Quand on est élu, c'est pour parler d'un programme et d'une vision pour notre ville ou notre pays. Là, on sent qu'il y a une très grande part d'émotion dans ce vote-là, et ça pour moi c'est inquiétant, parce que ce qui doit nous guider c'est la vision, la gestion du bien public. Une élection, ça ne peut pas juste être un moment où on est choqué, ça doit être une démarche où les citoyens décident de la vision qu'ils endossent. Plus on s'éloigne de ça, plus ça devient dangereux. »

Les premiers jours que passera Donald Trump au pouvoir seront déterminants non seulement pour l'économie mondiale, mais également pour l'Outaouais.

« Notre économie dépend largement des liens avec les États-Unis. Les exportations du Québec et de l'Ontario se font en grande partie aux États-Unis, donc si les frontières se referment - même un peu - ça peut avoir un impact sur nous », croit Maxime Pedneaud-Jobin.

Occasion ratée 

De l'autre côté de la rivière, le maire d'Ottawa, Jim Watson, n'a pas caché sa déception face aux résultats des élections américaines.

« Je suis un peu triste, a-t-il commenté. Je pense que c'était l'occasion pour la population américaine de faire un peu d'histoire en élisant une première femme présidente. »

M. Watson avoue ne pas endosser les politiques proposées par le nouveau président américain. Selon lui, les voisins du Sud auraient dû élire un leader capable de travailler avec tous les groupes. Le maire d'Ottawa a aussi noté le style politique de Trump, rappelant les accusations portées envers les groupes minoritaires et ses façons d'agir qui ont souvent défrayé les manchettes au cours de la campagne. 

« Les Américains ont fait un choix. Ils devront vivre avec, comme nous tous. »

La ministre de la Justice et responsable de... (Martin Roy, Archives Le Droit) - image 2.0

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La ministre de la Justice et responsable de la lutte contre l'homophobie, Stéphanie Vallée

Martin Roy, Archives Le Droit

La ministre Vallée ne s'alarme pas

Malgré les propos tenus tout au long de la campagne électorale américaine par Donald Trump, la ministre responsable de l'Outaouais et instigatrice du projet de loi sur la neutralité religieuse, Stéphanie Vallée, ne veut pas se «faire alarmiste» quant à la suite des choses.

Avec son chapeau de ministre de la Justice et de ministre responsable de la lutte contre l'homophobie, la députée de Gatineau estime que le Québec doit continuer de miser sur «l'ouverture», afin de ne pas tomber dans les discours discriminatoires, et ce même si certains résidents de la Belle Province tendent aussi vers l'intolérance à l'égard de la différence, souligne-t-elle.

«C'est un candidat qui a fait compagne un peu en dénonçant un tas d'injustices, mais aussi en accusant beaucoup les autres, en érigeant un peu un mur entre l'Américain moyen et tous ceux qui sont différents.» Plutôt que de basculer vers le «catastrophisme», la ministre Vallée juge que «meilleur remède» est de «poursuivre ce que l'ont fait, pour avoir une société plus ouverte et plus tolérante».

Une approche d'ouverture devra également être maintenue sur le plan économique, et ce tant pour l'Outaouais que pour le Québec, croit Mme Vallée. Le dossier du bois d'oeuvre sera «un enjeu» pour la région et la province, note la ministre, en ajoutant qu'il est important de maintenir les exportations. «Dans notre ADN, il y a une tradition d'ouverture et une tradition de concertation, et c'est sûr que nous allons maintenir ça. Je ne pense pas qu'on va changer notre approche et notre volonté de tendre vers les nouveaux marchés, et c'est certain qu'on va continuer de mettre l'accent sur l'exportation.»

Ce qu'ils ont dit

«Il y a des ententes qui sont déjà bien scellées et qui restent en vigueur. [...] L'entente sur le bois d'oeuvre est en cours de négociation, et ça c'est préoccupant, parce que l'Outaouais est une région importante au niveau du bois. [...] Au niveau de l'exportation, il y a environ 200 entreprises qui font de l'exportation vers les États-Unis principalement dans la région, et la réaction, pour l'instant, c'est que c'est business as usual.»

- Jean-Claude Des Rosiers, président de la Chambre de commerce de Gatineau

«Pour l'instant, ça n'a pas d'impact directement sur nous, sauf que tout va dépendre des politiques qu'il va mettre en place. [...] Son discours était plus conciliant que ce qu'il avait dit depuis le début de la campagne. [...] Tout le monde est encore sous le choc, c'est le plus gros tremblement de terre démocratique qu'on a connu depuis longtemps.»

- Yves Ducharme, président du Regroupement des gens d'affaires de la capitale nationale

«L'absurde est devenu réalité. L'islamophobie était un élément de sa campagne électorale, mais j'espère que ce ne sera pas sa politique officielle une fois à la Maison-Blanche. [...] On espère que l'Amérique ne sera pas changée par une seule personne.»

- Ahmed Limame, imam du Centre islamique de l'Outaouais

«On est abasourdi qu'un homme qui considère si clairement les femmes comme des objets puisse obtenir l'appui de tant d'électeurs. [...] On entend souvent dire que le simple fait d'être accusé d'agression ou de harcèlement peut détruire des carrières, ce qui fait parfois craindre aux femmes de porter plainte, mais dans son cas à lui, ce n'est pas ce qu'on constate. Ce qu'on constate, c'est qu'une grande partie du peuple américain banalise la violence faite aux femmes, ce qui veut dire que la culture du viol est encore bien présente dans notre société.»

- Michèle Léveillé, intervenante au Centre d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALAS) de l'Outaouais

«Je n'ai pas pu m'endormir [après les résultats de l'élection]. C'est incroyable qu'il y ait autant de xénophobie et que ce monsieur-là ait pu dire autant d'absurdités et de conneries, que ce soit sur les handicapés, sur les pauvres ou sur d'autres. [...] Ça témoigne encore une fois qu'on ne voit pas qu'il y a une voix silencieuse qui est intolérante. [...] Je suis sûr et persuadé qu'il va y avoir une vague d'Américains qui vont venir au Canada, et pas seulement des Noirs.»

- Fernand Ackey, président du Conseil de la communauté noire de Gatineau

Avec Sylvie Branch et Paul Gaboury

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