«Le corps n'est pas une marchandise»

« Un homme, un vrai, n'achète pas le corps des femmes. » « Le corps n'est pas... (Photo: Patrick Sansfaçon, archives La Presse)

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Photo: Patrick Sansfaçon, archives La Presse

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« Un homme, un vrai, n'achète pas le corps des femmes. » « Le corps n'est pas une marchandise. »

C'est en utilisant des slogans de la sorte que le Collectif de l'Outaouais contre l'exploitation sexuelle a voulu dénoncer l'organisation d'un casting part» de film XXX, cette semaine, dans un bar de Gatineau, tout en invitant tous ceux qui songent à y participer à réfléchir et à boycotter l'événement.

Les intervenants membres du collectif ont entre autres voulu mettre l'accent sur la réalité des femmes oeuvrant dans l'industrie du sexe, un milieu où se cachent « des rivières de souffrance », a souligné la documentariste Ève Lamont, qui a notamment réalisé L'imposture et Le commerce du sexe.

« Nous parlons d'une industrie dont le but est lucratif, très lucratif », a tenu à rappeler Michèle Léveillé, intervenante au Centre d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALAS) de l'Outaouais. « Des événements comme [le casting party] banalisent la violence inhérente à l'industrie du sexe. [...] Banaliser cette industrie, c'est accepter qu'encore aujourd'hui, en 2016, le corps des femmes puisse être vendu comme une marchandise. »

Le collectif a souligné que les femmes travaillant dans l'industrie du sexe souffrent, et ce, de bien des manières. « Quatre-vingt-dix pour cent d'entre elles souhaitent sortir du milieu, a précisé Mme Lamont. C'est ce que les études disent, et c'est ce que j'ai constaté sur le terrain. Mais la vérité, c'est qu'elles ressortent de cette industrie brisées, détruites sexuellement, endettées, appauvries, avec des problèmes de santé »

Selon Mme Lamont, l'argent « devient une forme de réparation illusoire ». Les intervenants ont également souligné que ces femmes ont, dans bien des cas, connu la violence dans leur enfance.

Le militant Adrien St-Onge a pour sa part invité les hommes intéressés par l'événement, de même que ceux qui consomment de la pornographie, à « réfléchir » à leurs actions. « Est-ce qu'on veut perpétuer une société de violence envers les femmes? Ou veut-on avoir un changement ? »

Les propos du conseiller LeBlanc vivement critiqués

Le conseiller municipal du district Lac-Beauchamp, Jean-François Leblanc... (Etienne Ranger, Archives Le Droit) - image 3.0

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Le conseiller municipal du district Lac-Beauchamp, Jean-François Leblanc

Etienne Ranger, Archives Le Droit

Les propos tenus par le conseiller municipal Jean-François LeBlanc sur l'organisation d'un casting party de film pornographique dans un bar de son quartier montrent qu'il « est indigne de son poste », estime la documentariste Ève Lamont, qui a passé 10 ans à documenter l'industrie du sexe.

Invitée par le Collectif de l'Outaouais contre l'exploitation sexuelle à parler de son expérience en la matière, la réalisatrice de L'imposture et Le commerce du sexe n'a pas été tendre envers Jean-François LeBlanc. Elle reproche au conseiller du district du Lac-Beauchamp des propos tenus en entrevue avec TC Media au sujet d'un casting party de film XXX, prévu cette semaine dans un bar de danseuses de Gatineau.

« Si ça respecte les lois et que je ne reçois pas de plaintes de citoyens, je ne vois pas de mal à ça. À ce que je sache, on parle d'adultes consentants, avait commenté M. LeBlanc. Il y a pas mal pire que ça dans la vie. »

Ève Lamont juge que « son manque de compassion et son ignorance sont affligeants », et qu'il est ainsi « indigne » d'occuper un poste de représentant de la population.

Au CALAS de l'Outaouais, l'intervenante Michèle Léveillé souligne que les propos de M. LeBlanc ont été accueillis avec « une grande déception » - bien qu'ils reflètent le manque d'information chez une grande partie de la population, selon elle.

Selon Mme Léveillé, M. LeBlanc « aurait besoin de comprendre que ce n'est pas un réel choix pour les femmes et que c'est de la violence que ces femmes-là vivent ».

Invité à réagir aux critiques, M. LeBlanc estime que ses paroles ont été interprétées hors contexte. « Quand j'ai dit qu'il y avait pire que ça dans la vie, le message, c'était qu'il faut se concentrer sur le positif et éviter de parler d'événements comme ça, affirme-t-il. [...] Ce que je voulais dire au journaliste, c'est "attarde-toi à d'autres choses". »

Tout en affirmant que l'événement ne cadre pas avec ses valeurs et que les autorités ne peuvent l'empêcher puisque la réglementation municipale est respectée, M. LeBlanc dit être entré en contact avec le propriétaire du bar, de même qu'avec des commerces des environs et une intervenante préoccupée par l'organisation de ce casting party

Les journalistes devraient également « réfléchir », croit Jean-François LeBlanc, qui juge que la médiatisation de ce dossier « fait juste la promotion » de l'événement.

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