Les Hells venaient «simplement dire bonjour»

Le rassemblement des Hells Angels du Canada s'est déroulé cette fin de semaine... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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Le rassemblement des Hells Angels du Canada s'est déroulé cette fin de semaine à Ottawa sans anicroche.

La randonnée nationale, qui se reproduit tous les quatre ans, était obligatoire pour tous les membres de la trentaine de chapitres canadiens des Hells Angels. « C'est simplement un rassemblement pour dire 'Bonjour' », a résumé un motard venu de London pour l'événement, rencontré samedi midi dans le centre-ville d'Ottawa.

Ex-analyste de renseignements à la Direction des renseignements criminels de la Gendarmerie royale du Canada, Pierre de Champlain soutient qu'il s'agissait d'un événement majeur au sein du crime organisé. « Pour les motards, c'est l'occasion de se rencontrer, de socialiser, de festoyer. Et aussi de passer un message à tous les autres gangs de motards qui ne sont pas nécessairement affiliés aux Hells Angels que dans la région d'Ottawa-Gatineau, c'est eux qui sont en plein contrôle du territoire et qu'ils sont là pour y être longtemps, évidemment pour contrôler le marché de la drogue dans la région. »

Quant au nombre de personnes présentes, l'auteur qui a écrit sur le crime organisé au Québec estime que les Hells Angels regroupent environ 460 membres dans tout le pays. Certaines sources parlent de 500 motards, d'autres de 700, et certaines d'un millier en tenant compte des invités et des membres des clubs affiliés.

Samedi, vers 14 heures, des motards de l'Ontario, du Québec et de plusieurs autres provinces canadiennes, tel qu'indiqué sur leur veste de cuir, convergeaient par petits groupes vers un domaine situé sur la route Piperville. L'endroit sert de repère du chapitre québécois des Nomads, comme en témoigne le portail décoré de deux grandes têtes de squelette flanquées d'une aile d'ange, le logo des Hells Angels.

Les policiers peu occupés

Plusieurs membres du club avaient déjà convergé dans la région vendredi. Samedi, en matinée, les policiers d'Ottawa et de Gatineau n'avaient aucun événement majeur à reporter en lien avec leur présence. Même scénario dimanche matin, alors que le rassemblement tirait à sa fin. Pendant toute la fin de semaine, la Police provinciale de l'Ontario n'a distribué que très peu d'amendes et a enregistré des infractions mineures, dont un vol d'essence à North Bay par un motard en chemin. « Ils étaient à leur meilleur », a commenté le sergent d'état-major Len Isnor.

Selon Pierre de Champlain, les motards avaient intérêt à se tenir calmes. « En faisant cette randonnée-là, les Hells Angels sont là évidemment pour présenter la meilleure image d'eux-mêmes. Ils n'ont pas intérêt à faire du trouble nulle part, comme dans les bars d'Ottawa ou de Gatineau. Ils sont là pour une rencontre fraternelle et festive. Mais c'est certain qu'ils ont toujours utilisé les médias pour montrer qu'eux, ils ne sont pas de si méchants garçons que ça. »

La renaissance des Hells Angels?

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Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

Le Canada Run pourrait avoir été une démonstration de la renaissance des Hells Angels du Québec, estime l'enseignant de sociologie au Cégep de Jonquière, Frédérick David.

La déchéance de la branche québécoise du club a commencé avec la guerre des motards des années 90 et 2000 contre l'alliance entre les Rock Machines et les Bandidos. Les Hells ont gagné, mais pas à n'importe quel prix, explique celui qui enseigne sur le crime organisé. En plus des membres décimés, l'assassinat ou l'agression de 29 personnes qui n'avaient rien à voir avec le crime organisé, dont un garçon de 11 ans, ainsi que la tentative de meurtre du journaliste Michel Auger ont porté un coup dur aux motards... et à leur image.

Dans les années qui ont suivi l'arrestation de Mom Boucher, en 1997, une vague d'opérations policières a presque réduit l'organisation à néant. La poignée de membres restants se sont repliés un instant. Résultat, le champ était libre pour que les plus petits clubs indépendants prennent le contrôle de certaines régions du Québec. 

Puis, à la fin des années 2000, les clubs-écoles ont commencé à se montrer. Les 13 Crew, Red Devils et autres clubs feraient aujourd'hui le travail de terrain, tandis que les Hells Angels occuperaient maintenant un rôle plutôt administratif. « Les clubs-écoles sont là pour faire écran, explique Frédérick David. Le grand club prend probablement ses distances. Les Hells ne toucheraient plus à grand-chose. »

On compterait aujourd'hui 44 membres en règle des Hells Angels dans trois chapitres au Québec. 

Le choix de l'Ontario pour accueillir le Canada Run ne serait pas un hasard. « La guerre des motards ne s'est pas passée en Ontario ; le terrain de guerre était vraiment au Québec. C'est là aussi que la police a frappé très fort dans les années suivantes. Les Hells de l'Ontario seraient donc en bonne santé car ils ont été épargnés de tout ça. Et ils auraient pu donner un coup de main à la reconstruction des Hells du Québec. »

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