Une grève rotative paralyse l'Outaouais

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Plus d'une centaine de professeurs du Cégep de l'Outaouais ont entre autres manifesté leur mécontement en formant une ligne de piquetage pour bloquer l'accès au campus Gabrielle-Roy, lundi matin.

Martin Roy, LeDroit

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L'Outaouais était paralysée lundi par une première grève tournante du Front commun de quelque 12 000 employés du secteur public, les lignes de piquetage se comptant par centaines devant les établissements scolaires, de santé et de services sociaux de l'Outaouais.

Dès l'aube, les syndiqués ont bravé le temps froid et ne se sont pas gênés pour faire du bruit.

Drapeaux, pancartes, sifflets et trompettes en main, ils ont voulu démontrer qu'ils en ont ras-le-bol de l'impasse dans les négociations avec Québec. Dans une ambiance bon enfant, les syndiqués cherchaient à lancer un message à la population qui, dans les lieux visités par LeDroit, semblait répondre positivement à l'appel avec le pouce levé ou des coups de klaxon.

Les enseignants et les employés de soutien du Cégep de l'Outaouais se sont entre autres postés devant toutes les entrées de stationnement des trois campus de l'institution. De plus, pour la première fois de l'histoire, ils se sont joints à leurs collègues du Cégep Heritage pour former une chaîne humaine.

«Chaque nouvelle étape met de la pression supplémentaire sur le gouvernement. [...] C'est assez odieux, dans le sens où il n'y a pas de négociation. D'autre part, ce qu'on nous propose, c'est de s'appauvrir pendant 20 ans. Et tout ça a lieu dans un contexte où c'est de plus en plus difficile de recruter et de garder les enseignants. Selon moi, le gouvernement est en train d'installer les conditions pour la faillite du système», a lancé le président du Syndicat des enseignants et enseignantes du Cégep, Jean-François Gaudreau.

Dans le monde de la santé, à l'exception près des infirmières, bon nombre de professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) sont sortis à l'extérieur pour faire du piquetage par vagues d'environ 45 minutes durant la journée.

Les travailleurs de diverses autres organisations, dont les Centres jeunesses de l'Outaouais, le Pavillon du Parc et le Centre régional de réadaptation La RessourSe, ont aussi débrayé.

Élèves en congé forcé

Des piquets de grève étaient également en place devant les écoles primaires et secondaires des commissions scolaires des Draveurs, des Portages-de-l'Outaouais, au Coeur-des-Vallées, des Hauts-Bois-de-l'Outaouais et Western Québec, les employés de soutien, de la maintenance et les professionnels étant en débrayage.

Quelque 57 000 écoliers de la région étaient donc en congé forcé, les services de garde étant fermés et les enseignants ne traversant pas les lignes de piquetage par solidarité.

Mardi, ce sera au tour des membres du Front commun dans la fonction publique et parapublique de ne pas rentrer au travail.

Les classes seront de nouveau annulées mercredi, puisque les 4000 enseignants représentés par le Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais (SEO) tiendront leur seconde journée de grève en un mois. Les élèves de toutes les commissions scolaires sauf Western Québec et des Hauts-Bois-de-l'Outaouais seront touchés.

Si les négociations avec le gouvernement Couillard sont toujours dans une impasse, d'autres journées de grève du Front commun sont au calendrier les 8 et 9 novembre. Une grève nationale de trois jours, qui affecterait les services publics d'un bout à l'autre de la province, est aussi dans les cartons des syndicats les 1er, 2 et 3 décembre.

Rappelons que le gouvernement offre à l'ensemble des employés de l'État deux années de gel salarial, suivies d'augmentations de 1% par année pendant trois ans. 

Il veut aussi faire passer de 60 à 62 ans l'âge auquel il sera possible de prendre sa retraite sans pénalité. Le front commun intersyndical, qui représente quelque 400 000 employés de l'État, réclame des augmentations de 4,5% par année pendant trois ans.

Les syndicats dénoncent «un gouvernement irrespectueux et qui ment à la population»

Si une négociation et un débrayage dans le secteur public n'ont rien de nouveau, plusieurs s'entendent pour dire que le gouvernement Couillard fait preuve d'une intransigeance sans précédent. En tournée dans la région lundi, le secrétaire général de la CSN, Jean Lortie, n'a pas manqué de le souligner.

«Ça fait des années qu'on n'a pas vu une telle mobilisation du secteur public. Les gens demandent des conditions décentes, ils ne demandent pas la lune. [...] C'est la plus dure négociation que j'ai vue, car c'est une bataille idéologique. M. Coiteux (président du conseil du Trésor) devrait relire ses notes de cours de ce qui s'est passé lundi passé, alors que 40 députés libéraux fédéraux ont été élus au Québec. La population a lancé un signal fort à l'effet qu'ils ne voulaient plus d'austérité ou d'obsession du déficit zéro», dit-il.

Le président du Syndicat du Soutien scolaire de l'Outaouais, Pierre Provençal, abonde dans le même sens.

«C'est un gouvernement irrespectueux et qui ment à la population pour essayer de l'avoir de son côté. C'est bien beau un équilibre budgétaire, mais quand ça se fait sur le dos de générations, on ampute une société d'une qualité de vie dans l'avenir. Abandonner des élèves, ça risque de nous coûter plus cher plus tard», clame-t-il.

Le député de Papineau et adjoint parlementaire du ministre de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Alexandre Iracà, s'est porté à la défense de Québec lundi.

«On fonctionne dans un budget qui est présentement limité au Québec. Il faut faire en sorte qu'on puisse remettre les finances publiques à flot pour assurer la pérennité de tous les programmes pour la future génération. On entend ce que les employés et les fonctionnaires nous disent. Maintenant, la meilleure place pour négocier, c'est à la table des négociations», a-t-il affirmé.

- Avec Benoit Sabourin

Au tour du palais de justice de Gatineau

Les activités seront perturbées au palais de justice... (Etienne Ranger, LeDroit) - image 4.0

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Les activités seront perturbées au palais de justice de Gatineau mardi.

Etienne Ranger, LeDroit

Les activités seront perturbées mardi matin, au palais de justice de Gatineau et ailleurs dans l'édifice Jos-Montferrand, qui abrite d'autres ministères provinciaux.

Le public n'aura pas accès à l'immeuble de 7h à 8h30, en raison du débrayage des employés du secteur public. Une manifestation à l'extérieur de l'édifice aura lieu une bonne partie de la journée.

Les services de la justice, considérés services essentiels, seront cependant maintenus durant les heures normales de bureau. La plupart des employés seront au travail, au sein même du palais de justice, constables spéciaux compris. Les greffes criminels et civils seront ouverts, alors que seuls quelques cadres assureront son fonctionnement. Les autres employés faisant partie du Front commun manifesteront à l'extérieur.

Déjà en moyens de pression depuis quelques mois, les constables spéciaux, responsables de la sécurité dans les palais de justice du Québec, porteront bien plus que des uniformes dépareillés. Jusqu'à maintenant, leurs moyens de pression se limitaient au port du pantalon non conforme et, à l'occasion, d'un brassard noir syndical. Mardi, les constables prévoient porter un jean et un chandail à manches courtes, tout en conservant leur ceinture de service (arme, menottes, gants et autres outils de travail), leurs bottes et leur gilet pare-balles.

Lundi, un juge de la Cour du Québec a demandé à une agente correctionnelle du centre de détention de Gatineau de retirer son brassard noir. L'agente était affectée au box des accusés. Le magistrat a demandé que les réclamations politiques restent à l'extérieur des salles de cour.

On ignorait, lundi, comment les magistrats accueilleront ces moyens de visibilité supplémentaires dans leurs salles. On s'attend cependant à une longue journée mardi, marquée par les ralentissements administratifs de toutes sortes.

Les conventions collectives du secteur public sont échues depuis le 31 mars 2015.

- Louis-Denis Ebacher, LeDroit

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