Un quartier identitaire important

L'historienne Michelle Guitard grince des dents quand elle... (Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit)

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L'historienne Michelle Guitard grince des dents quand elle entend dire que la tour de 55 étages que souhaite ériger Gilles Desjardins sur la rue Laurier n'aura pas d'impact sur le quartier derrière.

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Cinq juin 1888. L'échevin George Marston ne prend pas le temps de bien éteindre son cigare avant de le jeter dans le foin et entrer dans l'hôtel de ville. Quelques heures plus tard, ce qui convient aujourd'hui d'appeler le quartier du musée n'est plus qu'un amas de cendres.

Le secteur est entièrement rebâti dans les années qui suivent. Le matin du 26 avril 1900, un fort vent soufflant du nord jouera un rôle primordial dans l'histoire de Hull. Il fera d'un simple incendie de cheminée ce qui deviendra le Grand Feu de Hull. Toute la ville y passera sauf un petit quartier, miraculeusement préservé grâce à la direction du vent; le quartier du musée.

L'historienne Michelle Guitard grince des dents quand elle entend dire que la tour de 55 étages que souhaite ériger Gilles Desjardins sur la rue Laurier n'aura pas d'impact sur le quartier derrière. «Ça va tuer le quartier du musée, complètement, affirme plutôt Mme Guitard. Il faut conserver ce secteur intact. Nous ne retrouvons pas un ensemble architectural comme celui-là ailleurs dans la région. C'est le quartier le plus représentatif de ce à quoi pouvait ressembler l'Île-de-Hull avant le Grand Feu.»

Le quartier ne puise pas sa richesse dans de grandes oeuvres architecturales, mais dans son ancienneté, son authenticité et sa valeur documentaire, insiste celle qui a réalisé une étude sur la valeur patrimoniale des maisons du secteur pour le compte de la Ville de Hull en 1997. «Ce quartier a tous les éléments nécessaires pour être reconnu comme un lieu patrimonial à conserver et à mettre en valeur, dit-elle. C'est un paysage urbain identitaire de première importance.»

Les trois maisons qui devront tomber sous le pic des démolisseurs pour faire de la place au projet immobilier de Brigil ne sont pas des pièces architecturales hors du commun. Leur disparition n'en serait pas moins dramatique selon Mme Guitard puisque cela viendrait briser l'ensemble duquel elles font partie. «La valeur de ce quartier c'est l'ensemble, répète-t-elle. Ce quartier est bien conservé et il a résisté à plusieurs vagues spéculatives. Les propriétaires des maisons ont investi pour rénover et conserver le cachet des bâtiments.»

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Le 73, rue Laurier.

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Le 73, rue Laurier

Année de construction: 1944

Style: Pas de style particulier. Des rénovations ont été effectuées en 1971, 1974 et en 1979. Les dernières ont été effectuées par les architectes Langlois et Blair.

Notes de l'historienne Michelle Guitard: La maison est relativement jeune, mais la propriété foncière est riche en histoire. La maison est de qualité et s'intègre bien au quartier. Il faut la conserver.

Petite histoire de la maison

Le premier occupant de ce terrain est un employé journalier du nom de Thomas Osborne qui l'acheta en 1886. La maison changea de mains six fois entre 1893 et 1922, année où elle fut vendue à Auguste D'Amour, un commerçant hullois qui l'a transformé en bar nommé le Club Régal. L'établissement a été revendu en 1925 à l'hôtelier Joseph Barnabé. L'immeuble est ensuite incendié au milieu des années 1930. Le terrain est racheté par Raymond Baillot, propriétaire de l'immeuble voisin et propriétaire d'un petit garage à l'entrée du pont Alexandra. L'immeuble qui fut ensuite construit demeura la propriété de la famille Baillot jusqu'en 1972. La maison a ensuite été transformée pour accueillir les bureaux de la Commission fédérale pour l'Étude de la révision de la nouvelle carte électorale dont les travaux étaient dirigés par le juge François Chevalier. Le propriétaire actuel est André Guibord.

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Le 77, rue Laurier

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Le 77, rue Laurier

Date de construction: 1888-1889

Style: Un étage et demi, revêtement en brique à l'origine et a fait l'objet de plusieurs agrandissements dont un important en 1913. Le revêtement de stucco date des années 1950. Complètement rénovée depuis 1979.

Note de l'historienne Michelle Guitard: Cette maison typiquement hulloise à un étage et demi est la seule du genre dans le secteur. Elle doit être conservée pour son ancienneté, sa valeur documentaire et pour l'histoire de ses occupants.

Petite histoire de la maison

Un marchand d'Ottawa très connu à l'époque, Henry Newel Bates se porte acquéreur de cette propriété avant 1884, mais l'occupant de la maison à ce moment est le notaire Joseph-Olivier Archambault. Après la conflagration de 1888, la propriété est vendue à l'avocat et futur juge Achille-Henri-Xavier Talbot. La résidence est revendue par l'épouse de ce dernier en 1908 à Basille Carrière. Ce dernier s'était fait remarquer comme dirigeant d'un groupe de commerçants de Hull. Il s'opposait à la construction du pont Alexandra. Il craignait des fuites commerciales. Il fut l'un des fondateurs de la Chambre de commerce de Hull et président de la Commission scolaire de Hull. Il a dirigé la reconstruction de toutes les écoles de Hull après le Grand Feu de 1900. Il a aussi été conseiller municipal au début 1900. La maison fut ensuite vendue par la succession de M. Carrière en 1938 à Raymond Baillot, célèbre garagiste dont la famille a été en affaires sur le boulevard Saint-Joseph jusqu'à tout récemment. La maison a ensuite été revendue et transférée à une société de gestion en 1973. Le propriétaire actuel est Gilles Desjardins.

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Le 160, rue Notre-Dame-de-L'Île

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Le 160, rue Notre-Dame-de-l'Île

Année de construction: 1888

Style: D'abord construite en bois, elle a été revêtue de briques lors d'un agrandissement en 1928. Elle présentait alors une architecture de style Néo-Queen-Anne. Le bâtiment fait l'objet d'importantes rénovations en 1943, alors qu'il est transformé en deux logements. Le toit a été modifié à ce moment-là.

Notes de l'historienne Michelle Guitard: La maison pourrait être attirante si le toit du côté gauche avait la même pente du côté droit. À conserver pour sa valeur documentaire.

Petite histoire de la maison

Damien Richer, conseiller municipal de Hull de 1875 à 1898, vend cette propriété à Eugénie L'Espérance, épouse du contremaître de la Ville de Hull, William H. John Nicholson, en 1886. Le couple rebâtit une maison au même endroit après le feu de 1888. La maison a été vendue en 1915 à Eugénie Pharand, l'épouse d'un employé de la ville. Le couple transforme la demeure en une maison à trois étages en 1942. La maison est revendue en 1943, puis en 1945 pour ensuite se retrouver entre les mains de Roger Dufour, directeur adjoint de la Commission scolaire régionale de Hull en 1970. En 1980, la propriété est vendue, comme plusieurs autres dans le secteur, à une firme d'investissement dont le propriétaire est Gérard L'Heureux. Le propriétaire actuel est l'entrepreneur Gilles Desjardins.

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