«Je regrette de ne pas l'avoir crue»

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Le Centre d'intervention en abus sexuels pour la famille recommande aux parents de croire inconditionnellement leur enfant quand il dévoile avoir été victime de gestes à caractère sexuel.

Patrick Woodbury, LeDroit

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« Ça a été ça mon plus gros regret. De ne pas l'avoir crue tout de suite. »

Daniel (nom fictif) raconte avec émotion les instants qui ont suivi un incident au cours duquel sa fille Florence (nom fictif) dit avoir été victime de gestes à caractère sexuel.

« Elle nous a dit qu'en dedans d'elle, tout shakait, qu'elle avait vraiment peur, raconte Daniel. [...] Quand je l'ai vue, elle pleurait, et la première affaire que je lui ai demandée c'est : 'es-tu sûre ?'. Ça a été ça mon plus gros regret. De ne pas l'avoir crue tout de suite, parce que pendant tant d'années, on lui a appris que si quelque chose arrivait, que ce soit avec n'importe qui, qu'il fallait qu'elle vienne nous le dire. »

La réaction qu'a eue Daniel lorsque sa fille s'est confiée est normale, affirme Simon Drolet, directeur général du Centre d'intervention en abus sexuels pour la famille (CIASF).

« Mais ce qu'on recommande, c'est de croire inconditionnellement notre enfant quand il nous dévoile quelque chose comme ça, quitte à aller vérifier les faits après coup, indique M. Drolet. [...] Les recherches démontrent assez clairement que la façon dont l'enfant va être accueilli au moment du dévoilement va avoir un impact sur l'intensité de ses symptômes. »

Si les parents doivent être prêts à bien réagir, il importe également de faire de la prévention auprès des jeunes afin qu'ils soient en mesure de repérer les situations à risque, insiste M. Drolet. Cet apprentissage doit se faire en fonction de l'âge de l'enfant et de ses habiletés à déceler les risques potentiels.

« Une des choses qu'on fait en thérapie, c'est l'apprentissage de l'intimité et des circonstances dans lesquelles on peut laisser quelqu'un entrer dans notre espace personnel, explique-t-il. C'est important d'apprendre aux enfants, dès leur très jeune âge, qu'ils ont une bulle. Parfois, ça passe par des gestes anodins, par exemple lors de l'apprentissage de la propreté, l'enfant apprend qu'il a une bulle et que lorsqu'il va à la toilette, on ferme la porte. Des choses comme ça font en sorte qu'avec le temps, l'enfant comprend qu'il doit protéger sa bulle et qu'il y a une réaction appropriée quand quelqu'un transgresse cette bulle-là. »

L'autre notion que doivent acquérir les enfants, souligne M. Drolet, c'est le respect de ses propres sentiments à l'égard des autres, afin de déterminer ce qui représente un « bon toucher » ou un « mauvais toucher ».

« Un autre exemple très anodin, c'est lorsqu'on apprend à nos enfants, dans un party de Noël, à faire la grande tournée pour dire au revoir et donner des bisous. [...] Si l'enfant n'a pas le goût de donner un bisou ou de faire une accolade, c'est correct. Ils peuvent simplement dire bye de la main. »

Le CIASF, qui couvre tout l'Outaouais, reçoit quelque 400 demandes d'aide par année. Tout en offrant des thérapies aux enfants victimes d'abus ou aux agresseurs, l'organisme offre aussi des groupes préventifs. Des présentations sous le thème « mon corps, c'est mon corps » sont notamment offertes pour les enfants de 3 à 17 ans et leurs proches.

La quasi-totalité (99,1 %) des enfants de 6 à 12 ans ayant reçu des services au CIASF entre mars 2006 et juillet 2011 connaissaient la personne ayant commis l'abus. Seulement 27,4 % de ces personnes étaient de l'extérieur du milieu familial.

Sans vouloir inciter les parents à se méfier de tout le monde, M. Drolet les invite à être à l'écoute des sentiments exprimés par leurs enfants. Que ce soit en milieu scolaire, dans le cadre d'activités sportives ou culturelles ou ailleurs, l'enfant doit être en mesure d'identifier les risques et de réagir si une situation inadéquate se présente, dit-il.

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