Promenade dans le ventre de la Terre

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C'est une simple chasse à l'ours qui a permis, il y aura 150 ans à l'automne, de découvrir la caverne Laflèche, un monde souterrain au coeur de Val-des-Monts qui regorge, encore aujourd'hui, de mystères que les spéléologues tentent de percer.

Le coureur des bois Joseph-Charles Dubois ne s'attendait certainement pas à poser le pied dans un trou menant à une caverne en chassant l'ours, à l'automne 1865. C'est une ouverture qui n'avait que 30 centimètres, à l'époque, qui a permis de découvrir ce qui est aujourd'hui appelé la caverne Laflèche, la plus grande grotte connue du Bouclier canadien.

L'accès au site pour le public ne s'est fait qu'en 1923, lors de l'acquisition de la caverne par Zéphyr Laflèche et des associés. L'exploration s'est poursuivie au fil des ans, permettant d'y découvrir de nouveaux passages et de nouvelles galeries.

«Il faut comprendre que l'exploration d'une caverne, c'est un peu le principe d'une maison et d'une cheminée, explique Danielle Sabourin, gérante d'Arbraska Laflèche. Donc on a un puits de 20 mètres qu'on a découvert, on a une partie de la maison en bas aussi qui a été dégagée, mais on continue toujours à explorer des nouveaux passages.»

L'exploration d'une telle caverne se fait petit à petit. Les passages sont souvent remplis de sédiments, qu'il faut dégager sans machinerie. Le guide-spéléologue Marc-André «Caveman» Dorval fait partie de ceux qui explorent, dans leurs temps libres, les recoins de la caverne Laflèche.

«On est très peu de personnes à travailler sur le mystère de la caverne, souligne M. Dorval. On n'est pas rémunéré pour ça, on le fait par passion, et c'est comme ça que ça fonctionne à travers le monde aussi. [...] Notre passion, c'est de résoudre les mystères, et on a quelque chose ici en dessous de nos pieds qu'on comprend difficilement. [...] Tu ne sais jamais ce que tu vas découvrir au tournant d'une grotte.»

Quand une petite ouverture est trouvée, c'est avec des cuillères ou des outils de jardinage que les spéléologues creusent et grattent les sédiments, centimètre par centimètre, à la recherche d'un nouveau passage, appelé diverticule dans le jargon du milieu.

Impossible pour les experts de savoir l'étendue et la profondeur réelles de la caverne Laflèche. «Une caverne, c'est un peu comme un système de plomberie, indique Danielle Sabourin. Le système de conduits a été creusé par mère Nature, par l'eau, et nous, ce qu'on fait, c'est qu'on désencombre ces systèmes de tuyauterie pour enlever les sédiments et là on découvre la caverne. D'année en année, on rajoute quelques mètres.»

À l'heure actuelle, il est possible de descendre une vingtaine de mètres sous le niveau du sol dans la caverne Laflèche, située à flanc de montagne, non loin de la route 307.

Si plusieurs zones sont ouvertes au public, d'autres sont à accès restreint et seuls les experts s'y aventurent. C'est le cas du diverticule des Conquérants, où il faut ramper longuement dans un tunnel dont la hauteur atteint à peine 30 cm par endroits.

Ouverte été comme hiver, la caverne a l'avantage d'offrir une certaine stabilité thermique. En pleine canicule, il faut tout de même mettre un manteau pour s'y aventurer, tandis qu'en plein hiver, on oublie vite les tempêtes de neige qui peuvent souffler à l'extérieur, grâce à la présence de stalactites et de stalagmites de glace.

Arbraska Laflèche propose aux visiteurs un parcours de découverte, mais aussi un parcours d'exploration incluant des zones où il faut ramper, évidemment proscrit aux claustrophobes.

Les groupes les plus téméraires peuvent également réserver une nuit de camping dans la pénombre de la galerie des rêves.

Encore bien des secrets à élucider

Le marbre précambrien qui s'y trouve date d'il y a un milliard d'années. La caverne Laflèche, elle, pourrait avoir été formée il y a un peu plus de 100000 ans, avant la dernière période de glaciation. Avec autant d'histoire derrière elle, il n'est donc pas étonnant que même 150 ans après sa découverte, ce joyau de spéléologie intrigue encore les scientifiques.

Professeur au département de géographie de l'Université d'Ottawa, Bernard Lauriol s'intéresse à la caverne Laflèche, «la plus importante» de la région, puisqu'elle est source de bien des découvertes. Chaque année, des étudiants de l'Université d'Ottawa y effectuent d'ailleurs une visite afin d'en apprendre davantage sur sa géomorphologie.

«Elle renferme pas mal toutes les évidences de l'histoire géologique de la région, que ce soit la glaciation, la mer de Champlain, toute l'existence de la faune», souligne M. Lauriol.

À l'heure actuelle, la faune de la caverne Laflèche se résume à des chauves-souris. Bien des traces d'autres espèces ont toutefois été laissées sur place. «Il y a entre autres le lemming de l'Arctique, le renard et le lièvre de l'Arctique, et aussi évidemment des ossements de poissons et de tortues, indique M. Lauriol. Les cavernes sont les principaux réceptacles de la faune, parce que les ossements s'y conservent mieux qu'à l'extérieur.»

Au cours des dernières années, des excréments fossilisés de lynx rouge ont été découverts, tout comme une mystérieuse couche noire trouvée sur une couche d'argile datant de la déglaciation.

Bernard Lauriol, qui est l'auteur du livre Eaux, glaces et cavernes, paru l'an dernier aux Éditions MultiMondes, note qu'il est impossible de savoir quelle est l'étendue réelle de la caverne Laflèche, qui a déjà été ensevelie sous un glacier de deux à trois kilomètres de hauteur. Il reste certainement de nouveaux passages à découvrir, affirme M. Lauriol, mais rien ne permet de s'avancer sur leur nombre et leur longueur.

Chose certaine, il y aura encore des découvertes à faire pendant des années. «Ce n'est jamais fini tout à fait, les connaissances sur les cavernes, souligne M. Lauriol. Il y a de nouvelles techniques de recherche, alors on en apprend toujours.»

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