Père, le rôle d'une vie

Xavier, Fabé,  Clara, Mathias, et Thomas, sont l'univers... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Xavier, Fabé,  Clara, Mathias, et Thomas, sont l'univers de leur père, Jean.

Etienne Ranger, LeDroit

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«Depuis qu'un p'tit être s'est pointé la tête, on dirait qu'le boulot a quitté la mienne. Il y a le temps qui passe, les priorités qui s'tassent.» Les paroles d'une chanson récente de l'auteur-compositeur-interprète Simon Boudreau trouvent écho chez beaucoup d'hommes, pour qui la paternité a changé leur existence. En ce week-end de la fête des Pères, LeDroit a rencontré un papa de cinq enfants, qui «ne verrait pas sa vie autrement».

À 36 ans, Jean Pigeon est un homme comblé. Sa demeure de Chelsea est animée par trois garçons et deux filles: Xavier, le «persévérant» de 16 ans; Matthias, l'«artiste» de 9 ans, Clara, l'«ambitieuse» de 7 ans; Fabé, la «zen» de 4 ans; ainsi que Thomas, la «tornade» de 2 ans.

«La paternité, pour moi, ç'a tout changé. Autant ma façon de voir la vie que ma façon d'être et de voir ma carrière. Mon quotidien est basé sur mes enfants, aujourd'hui. En fait, si je n'en avais pas, il me manquerait quelque chose dans ma vie. Ils te font découvrir des facettes de ta propre personnalité, c'est trippant», lance d'emblée le directeur de la Fondation de La Cité, à Ottawa.

La paternité l'a amené à faire des choix difficiles sur le plan professionnel. À ses yeux, mieux vaut gérer le déséquilibre, plutôt que d'essayer de trouver l'équilibre parfait entre le couple, la famille et travail.

«Je suis quelqu'un d'extrêmement passionné par son travail. Pour moi, ce n'est pas simplement de se lever le matin et de revenir le soir. Mais à l'époque (il a été directeur de Moisson Outaouais pendant six ans), je me donnais tellement, je travaillais parfois jusqu'à trois heures du matin. À un moment donné, j'ai raté la fête d'anniversaire de Matthias. Je me suis alors promis que je ne manquerais plus un événement comme ça, car je ne peux le revivre», raconte-t-il, pendant que la marmaille se fait entendre dans la maisonnée.

La recette magique pour être un bon père? Elle n'existe pas, si ce n'est que d'être présent, «dans tous les sens du terme».

«Il faut être à l'écoute de nos enfants et essayer d'être patient, même si j'avoue que ce n'est pas toujours évident! Ils n'ont pas à vivre ce qu'on vit comme adulte. C'est ce qui est beau: leur innocence d'enfant. Ils sont dans un monde sans préoccupations ni stress.»

Penser à soi

Avec le temps, le jeune papa a appris l'importance de penser également à soi même, en s'accordant un temps d'arrêt bien mérité, parce que le rôle de parent peut parfois être essoufflant, tant physiquement que moralement.

«Il ne faut pas s'oublier, dit-il. Moi, je joue au hockey avec un groupe d'amis dans une ligue amicale que j'ai créée il y a 10 ans. C'est important comme moment pour moi, ça me change de la routine quotidienne.»

Si tout était à recommencer, Jean Pigeon réemprunterait exactement le même chemin.

«J'ai accepté d'avoir des enfants, je ne vois pas de fin à ça. Ça va être là jusqu'à ma mort. Ensemble, on a eu des moments excessivement joyeux autant qu'excessivement tristes. Ça nous a transformés. J'ai ri, j'ai pleuré, j'ai eu mal, j'ai eu du plaisir, mais je suis heureux de ça. J'essaie d'être un éternel optimiste.»

Poursuivre l'aventure

Et l'aventure n'est peut-être pas terminée. Si son épouse Nadine et lui ont fermé la porte à la venue d'un sixième enfant, ils caressent à moyen terme le projet de devenir une famille d'accueil pour un enfant à qui la vie n'a pas fait de cadeau.

«Pourquoi pas? Ça nous ferait plaisir», lance en souriant Jean Pigeon, qui a déjà fait le voeu d'une «grasse matinée» demain matin, pour la fête des Pères. Que Xavier, Matthias, Clara, Fabé et Thomas se le tiennent pour dit...

Les papas en chiffres

Nombre de pères au Canada

8,6 millions

Âge moyen du père à la naissance de son premier enfant

28,3

Nouveaux papas québécois ont pris un congé de paternité

80%

Nouveaux papas du reste du Canada ont pris un congé de paternité

13%

Nouveaux papas québécois qui se prévalent d'une partie du congé parental partageable

25%

Pères qui refuseraient l'emploi de leurs rêves si cela implique d'être moins présent auprès de leur enfant

56%

Pères québécois vivant dans une famille nucléaire (12 % dans une famille recomposée, 7 % sont monoparentaux)

81%

Lente évolution des mentalités

Il reste encore du chemin à faire pour en arriver à une meilleure inclusion des pères de famille, même si d'énormes pas ont été franchis sur le plan des politiques publiques et des mentalités. C'est du moins l'avis de la professeure au Département de psychoéducation et de psychologie de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), Diane Dubeau, qui a fait sa thèse de doctorat sur ce sujet au début des années 1990.

Aujourd'hui, bon nombre de papas sont impliqués comme jamais dans le quotidien familial, qu'il s'agisse de changer des couches, donner le biberon ou le bain, lire des histoires, pratiquer un sport ou accomplir des tâches ménagères.

«J'ai été à même de voir les progrès. Je m'aperçois que les nouvelles générations ont une autre vision de la chose, par exemple au sujet des congés parentaux. Mais il y a encore spontanément, chez beaucoup de gens, cette perception stéréotypée à l'effet que le père a un rôle traditionnel, de pourvoyeur. Encore de nos jours, c'est comme si on avait comme réflexe spontané de penser que ce sont les mamans qui prennent soin des enfants. Cette idée-là, on la retrouve surtout chez les clientèles plus vulnérables ou âgées», observe-t-elle.

Des congés à partager

Présidente du Regroupement pour la valorisation de la paternité, Mme Dubeau explique qu'une foule de raisons peuvent expliquer le fait que, même si 80% des pères prennent le congé de paternité accordé au Québec (5 semaines), à peine le quart d'entre eux se prévalent d'une partie du congé parental partageable.

«Il s'agit d'une réalité complexe. Il faut concilier deux carrières, mais il y a également l'allaitement ou le fait que les pères se sentent mal à l'aise de demander à la mère s'ils peuvent prendre une partie du congé.»

En mai, un rapport du Conseil du statut de la femme a suggéré d'allonger le congé de paternité à huit semaines, se rapprochant ainsi des politiques des pays scandinaves comme la Suède ou l'Islande.

«Je suis surprise à quel point ça a suscité des réactions. Mais c'est une avenue qu'il faut étudier et ça doit passer par un dialogue entre femmes et hommes. [...] Car au bout du compte, le plus beau cadeau qu'on puisse faire à notre enfant, avec notre rythme de vie de fou, c'est de leur accorder du temps et avoir du plaisir avec eux.»

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