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Vers une centralisation forcée des coops de développement régional

Patrick Duguay, directeur général de la CDR Outaouais-Laurentides,... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Patrick Duguay, directeur général de la CDR Outaouais-Laurentides, soutient que Québec transgresse ses champs de responsabilité.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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C'est la consternation la plus totale depuis la semaine dernière dans plusieurs des 11 coopératives de développement régional (CDR) du Québec. LeDroit a appris que le gouvernement du Québec tente en ce moment de forcer une fusion de ces organisations privées afin de former une seule grande CDR nationale.

C'est maintenant au tour du milieu coopératif de faire face à la logique centralisatrice du gouvernement libéral de Philippe Couillard. «Mais cette fois-ci, le gouvernement traverse une ligne que je ne pensais jamais qu'il oserait dépasser, lance Patrick Duguay, directeur général de la CDR Outaouais-Laurentides. Nous sommes des organismes privés, des coopératives, qui fonctionnent sur une base contractuelle avec Québec. Nous ne sommes pas une créature du gouvernement. Qu'on me force la main comme ça, pour moins de la moitié de mon financement, et qu'on m'assure qu'on viendra me faire compétition si je n'adhère pas au nouveau modèle, je trouve ça assez spécial.»

Le ministère de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations (MEIE) utilise présentement tous les moyens à sa disposition pour forcer cette fusion. En mars, Québec a fait savoir qu'il comptait renouveler l'entente contractuelle des CDR pour une période de cinq ans, mais que les modalités contractuelles étaient encore à venir.

Le MEIE a confirmé au Droit, en début de soirée jeudi, sa volonté de centraliser toutes les CDR en une seule entité. «Les coopératives de développement, dans un objectif d'optimisation des ressources humaines et des budgets, seront regroupées dans une structure unique provinciale, a confirmé Jean-Pierre D'Auteuil, porte-parole du ministère. Cette structure maintiendra le déploiement en région et permettra de donner une cohésion dans les efforts de développement. Ce changement permettra d'actualiser le modèle d'intervention inchangé depuis une vingtaine d'années et de répondre efficacement à la transformation de l'environnement économique.»

Les stratégies de développement et le travail terrain tiendront compte des spécificités locales et régionales, assure le ministère.

«Ce n'est que la semaine dernière, de façon très surprenante, en plein processus de négociation avec le gouvernement, qu'on a su qu'il n'y aurait maintenant qu'une seule CDR admissible à l'entente et que nous étions forcés de fusionner, a affirmé M. Duguay. Nos ententes contractuelles avec le gouvernement sont échues depuis le 1er avril. On nous dit qu'il n'y aura aucun sou de versé de la nouvelle entente tant que nos conseils d'administration n'auront pas officiellement adopté le principe de la fusion. On nous dit aussi qui si nous refusons d'embarquer dans ce plan, la nouvelle grande CDR viendra nous faire compétition sur notre territoire. C'est une folie. Je n'ai jamais été aussi sonné de toute ma carrière. Je suis abattu, complètement.»

La CDR Outaouais-Laurentides, la première du genre au Québec, fondée en 1974, retire 45% de son financement de Québec, par le biais du CQCM. Un montant de 175000 $ sert de base de financement pour faire de la promotion et de la concertation. Un autre montant de 165000 $ est versé en fonction des résultats en terme de création d'emplois et de création de coopératives. Depuis 10 ans, la CDR Outaouais-Laurentides a participé à la création de 128 coopératives et permis la création de 218 emplois, en plus d'en maintenir 65 autres. Pour certaines CDR moins performantes, la fusion exigée par Québec peut toutefois ressembler à une «planche de salut», note M. Duguay.

«Il n'en demeure pas moins que Québec transgresse carrément ses champs de responsabilité, ajoute M. Duguay, et vient mettre à mal, en Outaouais, une organisation privée qui a été fondée il y a 41 ans. Le pire, c'est que Québec ne récupère pas un sou dans l'opération. Le gouvernement affirme qu'il n'y aura pas de perte d'emplois, que des bureaux régionaux seront maintenus, mais nous perdrons notre autonomie, notre couleur régionale, notre ancrage dans le milieu. On va perdre tout ce qui faisait de nous une organisation performante.»

Derrière l'alibi de l'équilibre budgétaire

En voulant fusionner les coopératives de développement régional, le gouvernement libéral de Philippe Couillard se cache une fois de plus derrière l'alibi de l'équilibre budgétaire pour continuer de s'attaquer à la société québécoise, telle qu'elle s'est construite et développée depuis la Révolution tranquille, selon Jacques Boucher, professeur au département de travail social de l'Université du Québec en Outaouais.

Spécialiste en matière d'économie sociale et participant aux travaux du Centre de recherches en économie sociale, M. Boucher affirme que l'exercice mené actuellement par le gouvernement tourne au «contrôle social».

«On fait beaucoup plus que travailler à l'atteinte de l'équilibre budgétaire, dit-il, on modifie le rôle de l'état, on abolit, on démantibule toute cette construction sociale. On s'attaque, de façon autoritaire, à tous ces dispositifs de concertation qui se sont construits et qui faisaient de la société québécoise une société tout à fait particulière. C'est une logique nettement politique qui s'opère, même sociale. C'est une reformulation du domaine social, mais sans le social.»

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