«Soit on va réussir, soit on va mourir»: le périple des boat people

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La jeune Yen, en compagnie des soeurs My Dung Vo et My Nga Vo.

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Le Droit

Le périple vers le Canada de la famille Vo a commencé en 1979, lors de la soirée du Nouvel An vietnamien, et s'est terminé huit mois plus tard en Outaouais.

Fuyant le Vietnam unifié qui était devenu communiste après la chute de Saigon en 1975, les parents de My Nga Vo ont décidé de s'exiler avec leurs six filles pour leur offrir une vie meilleure. 

C'est dans un bateau de 11 mètres de long et de deux mètres de large que se sont entassés les 56 réfugiés - dont 21 enfants - et la soeur de My Nga, qui était alors enceinte.

«Entre la vie et la mort, c'est juste un petit fil de rien du tout. Alors quand mes parents ont décidé de partir, ils ont pris tous les risques; soit on va réussir, soit on va mourir toute la gang», raconte My Nga, qui était âgée de 13 ans à l'époque.

Après avoir chaviré sur la mer et survécu à une tempête, le bateau de fortune a pu être secouru par un navire de marchandise japonais, qui n'était pourtant pas autorisé à venir en aide aux boat people.

Mais c'est grâce à la décision de l'équipage philippin que la famille Vo a pu être secourue et débarquée à Bangkok. Après un long séjour dans les camps de réfugiés thaïlandais, la famille Vo a obtenu les papiers afin de venir au Canada.

L'arrivée en Outaouais

Ne parlant ni français ni anglais, ne sachant pas dans quelle province prendre racine, la famille de My Nga a installé ses pénates à Hull, à un jet de pierre de la ville d'Ottawa, où existait déjà une petite communauté vietnamienne.

C'est grâce à l'aide d'une famille du secteur que les Vo ont pu commencer leur nouvelle vie en Outaouais.

« On a eu beaucoup d'aide de la communauté à Hull. On nous a amenés à l'église pour choisir les vêtements que le monde donnait. Au début, on était tellement content de voir les choses, on a tout pris », raconte My Nga en riant.

Toute la famille s'est mise à apprendre le français à l'école.

Le père de My Nga a commencé à travailler pour une entreprise de réparation de radios, de télés et d'alarmes, tandis que sa mère s'est mise à faire du ménage, puis la couture dans une usine. Après une scolarisation à l'école Notre-Dame, puis des études supérieures à Ottawa, My Nga, baccalauréat de biologie en poche, s'est fait embaucher par Agriculture Canada. C'est d'ailleurs là qu'elle a rencontré son mari québécois.

Victimes des compressions budgétaires du gouvernement fédéral, My Nga et son conjoint se sont installés à Saint-Hyacinthe, où ils ont eu trois enfants.

Après son retour en Outaouais, il y a trois ans, My Nga a décidé de travailler avec sa soeur My Dung et son beau-frère dans un salon de manucure situé au boulevard de la Gappe, à Gatineau. Depuis, les deux soeurs travaillent dans un nouveau projet en partenariat avec l'entreprise américaine de santé et beauté, la compagnie NuSkin.

Héritage vietnamien

Bien que la famille se soit parfaitement intégrée à la société canadienne, l'héritage vietnamien reste présent chez les Vo. My Nga, qui avoue «ne pas beaucoup connaître le Vietnam», essaie de transmettre sa double culture à ses enfants. Même s'ils ne parlent pas vietnamien, les enfants de My Nga souhaitent découvrir leur culture maternelle.

«Ils me disent tout le temps: "Un jour, on va aller avec toi au Vietnam, maman, on va voir le pays", confie-t-elle. Je leur parle souvent de notre voyage.»

D'ailleurs, pour ne pas perdre leurs souvenirs, les soeurs Vo ont décidé d'écrire une sorte de journal de leur voyage. «On veut garder ça comme un héritage pour nos enfants.»

Le monument commémoratif vietnamien, à Ottawa.... (Etienne Ranger, LeDroit) - image 2.0

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Le monument commémoratif vietnamien, à Ottawa.

Etienne Ranger, LeDroit

Quelques dates importantes dans la région

30 avril 1975: Chute de Saïgon

1979: Mise en place du Projet 4000 par la mairesse Marion Dewar

1986: Distinction Nansen pour le peuple canadien en reconnaissance de l'accueil des réfugiés

1995: Érection du monument commémoratif vietnamien à Ottawa (la mère réfugiée et l'enfant)

2003: Fondation de la Communauté canado-vietnamienne d'Ottawa (CCVO)

30 avril 2015: Première Journée du Parcours vers la liberté, commémorant l'exode des réfugiés vietnamiens et de la mer vers le Canada.

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