75e anniversaire du vote des femmes

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Aurore Baribeau Auger se souvient très bien de la première fois qu'elle a voté.

Etienne Ranger, LeDroit

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Adopté par l'Assemblée législative le 18 avril 1940, à 67 voix contre neuf, le projet de loi accordant aux femmes le droit de vote au Québec a obtenu la sanction du Conseil législatif il y a 75 ans jour pour jour, le 25 avril 1940. Entre le moment où le gouvernement libéral d'Adélard Godbout a finalement réussi à octroyer aux femmes ce droit réclamé depuis des années et aujourd'hui, la place des femmes dans la société a grandement évolué. Alors qu'autrefois, la soumission des femmes était chose commune dans bon nombre de foyers, les Québécoises sont aujourd'hui libres de voter pour qui elles veulent.

« Il fallait voter du bord de notre mari »

Aurore Baribeau Auger ne se souvient pas à quelle élection elle a exercé son droit de vote pour la toute première fois. Par contre, elle se rappelle très bien que son mari se tenait à ses côtés lorsque venait le temps de faire son choix. «Nous autres aussi on avait le droit de penser, mais il fallait voter du bord de notre mari.»

La Gatinoise, qui vient de souffler 96 bougies, fait partie de la première génération des femmes ayant pu voter au Québec. Même si elle pouvait se rendre aux urnes, elle n'avait pas les coudées franches, les premières années, pour voter librement. Des «petites chicanes» ont même éclaté au sein de son couple sur la question.

«Il disait: "Si tu ne votes pas de mon bord, ça ne sert à rien que j'aille voter", raconte-t-elle. On se sentait pas mal obligées de voter comme le mari pour avoir la paix.»

La soumission des femmes envers leur mari était bien ancrée dans plusieurs ménages québécois, se rappelle Mme Baribeau Auger.

«Dans le temps de ma mère, elle n'avait pas le droit de vote. Ma mère était tellement soumise, dit-elle. Dans ce temps-là, c'était catholique, et le mari était le boss en tout et partout.»

Après ses premières expériences de vote avec son mari à ses côtés, Mme Baribeau Auger a pu se rendre seule dans l'isoloir.

Tout au long de son mariage, la politique est demeurée un sujet sensible, même si «les dernières années, les femmes étaient un petit peu plus libres», raconte celle dont le mari s'est éteint en 1982.

Mme Baribeau Auger continue encore d'exercer son droit de vote, puisqu'un bureau de scrutin est installé dans la résidence où elle demeure. Elle suit les nouvelles lors des campagnes électorales afin de faire le choix qui lui semble le meilleur.

«Je suis contente de pouvoir le faire, dit-elle. Pour le mieux ou pour le pire, on vote. Dans le monde que je connais ici, les gens âgés vont pas mal tous voter, je crois, parce que quand on va voter, il y a bien du monde et on attend des heures!»

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Audrey Chiasson-Séguin

Etienne Ranger, LeDroit

En attendant de faire son premier X

Cinquante jours. C'est ce qui séparait Audrey Chiasson-Séguin de son 18e anniversaire lorsqu'ont eu lieu les dernières élections générales au Québec.

Au printemps 2014, alors que certaines rumeurs concernant le déclenchement des élections laissaient présager un scrutin plus tardif, Audrey croyait bien pouvoir exercer son devoir de citoyenne pour la toute première fois. Elle savait déjà à côté de quel nom elle souhaitait faire son X.

«On dit souvent que les leaders politiques prennent des décisions sans notre accord, alors c'est important d'aller voter», affirme cette étudiante de deuxième année en sciences humaines au Cégep de l'Outaouais.

Audrey Chiasson-Séguin est consciente que le droit qu'elle possède maintenant n'a pas toujours été consenti aux femmes, et qu'il ne faut pas remonter loin en arrière pour trouver des femmes qui n'avaient pas la liberté de voter en leur âme et conscience. «C'est quelque chose qu'on a acquis, et aujourd'hui, nos parents ne nous diront pas comment voter, mais en même temps, il y a encore des jeunes qui vont voter en fonction du vote de leurs parents.»

La jeune femme estime d'ailleurs que tous les étudiants gagneraient à avoir au moins un cours de politique dans leur parcours collégial, quitte à ce que cela devienne obligatoire au même titre que les cours de philosophie.

«Pour nous, en sciences humaines, c'est assez bien enseigné, mais pour les autres programmes, je crois que c'est quelque chose qui manque, dit-elle. [...] Le cours d'introduction à la politique nous apprend les compétences de chaque palier, comment les projets de loi sont adoptés, l'importance de chacun des partis. Il faudrait que les étudiants aient au moins ce cours d'introduction.»

Son intérêt pour la politique est apparu vers la fin de ses études secondaires, lorsqu'elle s'est impliquée dans le parlement étudiant de son école. Cet intérêt s'est raffiné davantage au cégep, grâce aux trois cours de politique qu'elle a suivis. Elle est aujourd'hui vice-présidente de l'Association générale des étudiantes et étudiants du Cégep de l'Outaouais.

Tout en défendant la place des femmes en politique, Audrey estime qu'il ne faut pas réclamer la parité à tout prix dans la représentation. «Je trouve ça important qu'il y a des femmes, mais pas au point de dire qu'il faut tant ou tant de femmes, dit-elle. À compétence égale, je crois que la femme a sa place autant qu'un homme, mais souvent, il y a un manque d'intérêt.»

Des femmes qui ont fait leur marque

Professeure de sociologie à l'Université du Québec en Outaouais (UQO), Denyse Côté a grandi au sein d'une famille où filles et garçons étaient traités sur un même pied d'égalité. Sa grand-mère maternelle, Thaïs Lacoste-Frémont, a été de celles qui se sont battues pour cette égalité, pour l'obtention du droit de vote des femmes au Québec, puis pour la modification du statut réservé aux femmes mariées dans le Code civil.

Issues d'une famille de la bourgeoisie dont le patriarche, Alexandre Lacoste, a été avocat, sénateur et juge en chef de la Cour du banc de la reine de la province de Québec, les soeurs Lacoste ont su faire leur marque.

Marie Lacoste Gérin-Lajoie a été une pionnière du mouvement féministe québécois, et Justine Lacoste-Beaubien a fondé l'Hôpital Sainte-Justine.

Thaïs Lacoste-Frémont est pour sa part derrière la fondation de l'Association des femmes conservatrices de Québec. En 1932, elle devient, grâce à son poste de délégué à la Société des Nations, la première Canadienne-française à occuper des fonctions officielles pour le Canada.

«Le champ de bataille dont elle a vraiment été la leader, c'est la réforme du Code civil, raconte sa petite-fille, Denyse Côté. Elle s'est battue pour ça, elle a fait de nombreuses conférences et représentations pour permettre aux femmes mariées de ne plus être considérées comme des mineures.»

Aujourd'hui directrice de l'Observatoire sur le développement régional et l'analyse différenciée selon les sexes (ORÉGAND), Denyse Côté avait 13 ans lorsque sa grand-mère maternelle s'est éteinte, en 1963. Vivant à 500 kilomètres l'une de l'autre, elles ne se voyaient qu'à quelques reprises chaque année. Mais l'héritage de Thaïs Lacoste-Frémont et des autres membres de sa famille impliqués dans la lutte féministe a toujours été bien présent.

«Ça faisait partie de la culture familiale», raconte Mme Côté, qui a été élevée «de façon très égalitaire». «Les filles étudiaient aussi longtemps que les gars, et les gars faisaient la vaisselle, comme les filles», se souvient-elle.

À l'heure où les petites filles québécoises grandissent avec la certitude de pouvoir voter une fois leur majorité atteinte, Denyse Côté estime qu'un «devoir de mémoire» doit être fait, particulièrement lors d'anniversaires importants de la lutte féministe.

«Quand on naît avec le droit de vote dans les poches, on ne se rend pas compte des luttes qui ont été menées», souligne la sociologue de l'UQO.

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