Exclusif

Plus de 4 millions $ en pénalités à Telus

Les coupures de service dans le Pontiac, en... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

Agrandir

Les coupures de service dans le Pontiac, en février dernier, ne sont que la pointe de l'iceberg.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La panne majeure du réseau de télécommunications qui a coupé le Pontiac du reste du monde, en février dernier, a fait plus que révéler la fragilité des infrastructures en place. Une enquête menée depuis plus d'un mois par LeDroit démontre que le gouvernement du Québec, notamment le ministère de la Santé, ne reçoit pas tous les services prévus dans un contrat de près d'un milliard de dollars sur dix ans signé avec son fournisseur Telus. Le Pontiac n'est pas le seul coin du Québec à vivre des ruptures de services avec le géant des télécommunications, dont une des obligations contractuelles est de relier tous les établissements de santé de la province par un réseau de fibres optiques fiable à 99,999 %. À cause des secrets industriels propres à l'industrie des télécommunications, Québec n'a aucune façon de savoir quels sont les hôpitaux et organismes publics actuellement à risque d'être coupés, un jour ou l'autre, de leurs bases de données parfois hébergées dans un centre urbain.

Depuis 2010, la compagnie Telus a écopé d'un peu plus de 4 millions $ en pénalités pour ne pas avoir respecté les termes de son lucratif contrat avec le gouvernement du Québec pour le déploiement du Réseau intégré de télécommunications multimédia (RITM).

Ces pénalités pourraient continuer de s'accumuler d'ici la fin du contrat en 2018. Québec ne dispose pas d'un portrait exact de la situation sur le terrain. L'industrie des télécommunications conserve jalousement ses secrets industriels.

Le gouvernement indique poursuivre son analyse quant à l'ampleur des pénalités à imposer à Telus à la suite de la panne majeure de télécommunications survenue dans le Pontiac, le 12 février dernier. Il s'agissait du troisième incident du genre en moins de deux ans dans cette MRC, l'une des plus pauvres de la province.

«Notre mandat n'est pas de jouer à la police. Notre objectif, c'est de trouver des solutions avec le fournisseur pour éviter les défaillances, pour que ce service très important soit livré. Mais nous n'avons pas de 'visibilité' sur le réseau de Telus, ni sur celui de Bell qui est sous-traitant de Telus. Il y a une notion de secret industriel.»

Alexandra Reny
CSPQ

Chaque fois, l'Hôpital de Shawville et les établissements de santé du Pontiac ont été complètement coupés de leurs bases de données hébergées à Gatineau, parfois pendant près d'une journée. Le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) du Pontiac doit alors se mettre en gestion de crise. Certains examens de radiologie ne peuvent être transmis aux spécialistes du CSSS de Gatineau, notamment.

« Il peut y avoir des situations urgentes. Ce sont alors nos médecins, sur place, qui doivent lire l'examen, selon leur bon jugement », a expliqué Trevor Tanguay, gestionnaire des services techniques, de l'informatique et des mesures d'urgence de l'établissement, qui assure que les patients hébergés ne sont pas en danger.

Secrets industriels

Le Conseil du trésor, par le truchement du Centre des services partagés du Québec (CSPQ), admet ne pas être en mesure de savoir quelles sont les zones du territoire québécois qui, comme le Pontiac, ne sont pas desservies par le géant des télécommunications tel que le stipule le contrat signé avec Telus en 2008.

« Notre mandat n'est pas de jouer à la police, affirme Alexandra Reny, porte-parole du CSPQ. Notre objectif, c'est de trouver des solutions avec le fournisseur pour éviter les défaillances, pour que ce service très important soit livré. Mais nous n'avons pas de 'visibilité' sur le réseau de Telus, ni sur celui de Bell qui est sous-traitant de Telus. Il y a une notion de secret industriel. Notre contrat est clair, ses exigences aussi. C'est à Telus de s'organiser pour les respecter, sinon il y a des pénalités. Le reste ne nous appartient pas, c'est du secret industriel. »

Mme Reny précise qu'il y a eu, dans le passé, des manquements à la « robustesse du réseau » déployé par Telus. Ce n'est qu'après coup, quand le réseau a flanché et que des organismes publics ont vu leurs services interrompus, parfois pendant une journée complète, que Québec a pu alors constater que Telus ne respectait pas ses engagements contractuels.

Le CSPQ n'a pas été en mesure de préciser à combien de reprises le fournisseur a failli à ses obligations depuis la signature du contrat. Mme Reny mentionne que des pénalités sont exigées lorsqu'il y a des dépassements aux délais de livraison des données, une disponibilité de réseau inférieure au niveau requis, des manquements à la fiabilité et des délais de réparation trop longs.

Le Pontiac

Selon les termes du contrat, la ligne de « redondance complète » devant permettre d'éviter les bris de services dans le Pontiac est exigée depuis 2010, mais elle n'a toujours pas été installée par Telus.

Des discussions se sont entamées entre Telus et Québec après un incident survenu en avril 2013 et se sont accentuées après la panne majeure de juillet 2014. Un document technique du bilan de ce dernier événement obtenu par LeDroit précise que 20 sites gouvernementaux avaient été touchés dans le Pontiac, neuf du réseau de la santé, deux bureaux de la SAQ, la Sûreté du Québec, le ministère des Transports, la SAAQ et le MAPAQ.

Alexandra Reny affirme que les discussions ont mené, en janvier dernier, à une « proposition de ligne de redondance » pour le Pontiac. Les travaux doivent se faire aux frais de Telus uniquement. L'échéancier de « printemps-été » 2015 a été abordé par les parties.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer