L'attentat de Paris secoue la région

L'ambassade de France à Ottawa s'est dite «très... (Étienne Ranger, LeDroit)

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L'ambassade de France à Ottawa s'est dite «très touchée par les témoignages de solidarité qui se manifestent au Canada, de la part de citoyens, de journalistes, et des plus hautes instances de l'État».

Étienne Ranger, LeDroit

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Elle-même touchée par un attentat insensé en octobre dernier, la région de la capitale nationale s'est réveillée mercredi en apprenant l'acte barbare qui venait de se produire à Paris : l'assassinat de 12 personnes, dont 10 membres du personnel du magazine satirique Charlie Hebdo et deux policiers.

L'ambassade de France à Ottawa était à court de mots pour qualifier le drame. « Il n'y a pas de mots assez durs pour condamner l'attentat odieux qui s'est déroulé [hier] matin à Paris, a affirmé Stéphane Schorderet, conseiller de presse à l'ambassade française. Ce n'est pas seulement la liberté d'expression qui est attaquée, mais la démocratie dans son ensemble. »

Absent du pays, l'ambassadeur Philippe Zeller devait être de retour au Canada dans la nuit de mercredi à jeudi. Il n'a pas pu commenter de vive voix.

L'ambassade de France à Ottawa s'est dite « très touchée par les témoignages de solidarité qui se manifestent au Canada, de la part de citoyens, de journalistes, et des plus hautes instances de l'État ». Les drapeaux étaient en berne devant l'ambassade, sur la rue Sussex.

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a tenu à dénoncer publiquement l'attaque de mercredi. « C'est de la barbarie, on s'attaque à nos valeurs fondamentales comme la liberté de presse et la liberté de parole. Charlie Hebdo menait une bataille importante contre la censure, qui est un cancer dans une société démocratique. » Du même souffle, l'élu dit espérer que les communautés musulmanes d'un peu partout en Occident ne subissent pas les contrecoups de ce drame. « Les assassins, ce sont ceux qui tuent, pas ceux qui prient. »

Le maire d'Ottawa, Jim Watson, n'était pas disponible pour commenter l'événement.

Des réactions à l'UQO

L'Université du Québec en Outaouais (UQO), la seule au pays à offrir un programme francophone en bédé, enseigne à ses étudiants les secrets d'une bonne oeuvre, mais aussi les responsabilités qui viennent avec le métier d'auteur.

Mercredi, le directeur de l'École multidisciplinaire de l'image de l'UQO, Sylvain Lemay, était sous le choc. « On parle de la responsabilité des dessinateurs avec nos étudiants, dont certains touchent à la bande dessinée plus engagée, plus sociale... Charlie Hebdo est là pour provoquer, et c'est nécessaire, à l'image du fou du roi qui était là pour pointer du doigt les travers du monde qui l'entourait pour faire rire, certes, mais aussi réfléchir... Mais le faire au risque de sa vie, que des gens s'exprimant par le dessin en meurent, je suis sans mots, vraiment... »

Raphaël Guilbault, finissant du programme de bédé de l'UQO, a notamment signé une histoire illustrée sur l'homophobie. Il est bien entendu touché par cette attaque envers les artistes qui écrivent et dessinent pour faire réfléchir. « Ça demeure d'autant plus pertinent et important de continuer à débattre, y compris en bédé ou en caricature, des enjeux sociaux, politiques et autres qui nous touchent. »

« Il y a une chose que je n'arrive pas à comprendre, dans cette attaque. Oui, tu peux combattre le feu par le feu, mais de là à prendre des armes à feu ? Pourquoi ne pas avoir utilisé des mots, des dessins pour répliquer, pour dénoncer, pour débattre ? »

Les médias comme cible

À la lumière des événements de mercredi, la section outaouaise de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) n'a pu qu'exprimer son inquiétude de voir des artisans des médias pris pour cible.

Pour la vice-présidente de la FPJQ Outaouais, Geneviève Garon, ce jour sombre peut malheureusement « se reproduire n'importe où ». Les événements de mercredi sont un assaut contre la liberté d'expression, estime-t-elle. « Cela démontre l'importance du travail de Charlie Hebdo, le courage de ceux qui y travaillent et le dévouement dont ils font preuve. »

Même son de cloche du côté du journaliste d'origine française Benjamin Vachet, qui a longtemps roulé sa bosse dans l'Est ontarien. « Celles et ceux qui ont lu Charlie Hebdo une fois dans leur vie savent que ce journal se bat pour la liberté de penser. [...] Il a toujours été un lieu de débats et d'échanges dont le seul but était de faire avancer l'intelligence collective et de lutter contre la connerie. »

Professeur à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa, Thomas Juneau croit que cette attaque était malheureusement prévisible. « Ce n'est pas étonnant, dit-il. Après l'attaque d'Ottawa et celle, plus récente, en Australie, il était prévisible que d'autres cibles occidentales soient prises pour cible. »

Ce qui est d'autant plus inquiétant, ajoute-t-il, est que l'endroit ciblé n'est pas une institution étatique, mais un média privé. « C'est une cible sociale. Il est important, plus que jamais, qu'il y ait un débat sur la liberté d'expression. C'est très important qu'un média fasse attention de ne pas s'autocensurer dans ce cas. Nous avons besoin de réunir tout le monde, représentants des médias, des gouvernements et des services policiers, afin de discuter sur la façon d'y faire face. Le débat de société sur la liberté d'expression est à faire. »

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