Le Pontiac endetté par la voie ferrée

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Déjà, à la fin des années 1890, le Pontiac entretenait une relation difficile avec le train.

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La menace que fait peser le CN sur le Pontiac en voulant démanteler ses rails n'est qu'un autre chapitre, bien que contemporain, de la difficile relation qu'a entretenue cette partie de la région avec le train.

Perçu d'un océan à l'autre comme l'outil de développement économique par excellence vers la fin 1800, le chemin de fer a plutôt contribué à asphyxier le Pontiac à une époque où le pays se développait vitesse grand V.

Magouilles, pot-de-vin, batailles juridiques et promesses brisées ont causé des torts irréparables au Pontiac au tournant du xxe siècle.

Cette région, à bien des égards, ne s'est jamais relevée de cette époque rocambolesque.

Le Pontiac saigné

En 1881, la compagnie Pontiac Pacific Junction (PPJ) planifie la construction d'une voie ferrée reliant Aylmer à Pembroke. Le fédéral et le provincial promettent de généreuses subventions, mais le dirigeant de la compagnie, l'avocat aylmerois, Levi Ruggles Church, en veut plus. Il demande au comté de Pontiac un «bonus» de 100000 $. Cette histoire sera surnommée la saga Push, Pull & Jerk (PPJ). L'affaire se rendra jusqu'au Conseil privé d'Angleterre.

D'abord, les contribuables, en majorité des fermiers, refusent d'accorder une telle somme au gourmand propriétaire de la PPJ. Mais les partisans de la subvention n'ont pas dit leur dernier mot. Ils attendent l'automne, moment de l'année où les hommes quittent leur terre pour se rendre en grand nombre dans les camps forestiers. Ils organisent ensuite subtilement un deuxième vote, qui lui sera favorable.

Voyant la magouille - et compte tenu du fort mécontentement -, le Conseil de comté décide de porter l'affaire devant les tribunaux. La cause sera d'abord entendue en Cour supérieure et à la Cour suprême.

Les Pontissois seront défaits en 1893 devant rien de moins que le Conseil privé d'Angleterre. Ils se retrouveront avec une facture totale de 400000 $ à payer, pour couvrir la subvention, les intérêts et les frais juridiques. Pas moins de 38 années seront nécessaires afin de rembourser ce montant.

Pendant que des communautés de partout dans la région et au pays se développent et économisent, le Pontiac, lui, se fait littéralement saigner. Le comté n'arrive même pas à donner plus de 100$ en subvention par année à son hôpital.

Plusieurs estiment d'ailleurs que cette dette a fait prendre 50 ans de retard au développement du Pontiac.

«Alors que, pendant la période entre les deux grandes dépressions des années 1870 et 1930, les gens du Pontiac auraient pu construire des bases économiques solides, ces derniers n'ont fait que payer la dette d'un demi-million de dollars pour une voie ferrée qui n'a jamais été terminée», relate le Pontiac Heritage Group.

Le chantage continue

La victoire de la PPJ n'était cependant pas suffisante pour combler la gourmandise de M. Church. La compagnie s'est mise à faire chanter les municipalités que devait traverser le chemin de fer.

Les villages qui refusaient de payer des pots-de-vin à la compagnie voyaient la voie ferrée les contourner. C'est le cas de Quyon, qui a refusé de payer le surplus exigé par la compagnie. Le chemin de fer a donc fait un détour d'un peu plus d'un kilomètre au nord du village. Shawville, pour sa part, a courbé l'échine et a accepté de payer 1500$ sous la table pour que le train passe dans le village.

Le cas de Portage-du-Fort est particulièrement ironique. Ce village, probablement le plus dynamique économiquement dans le Pontiac à l'époque, refuse de jouer le jeu de la compagnie. Le train passera donc à plus de 10 kilomètres au nord de la localité. Le village garda confiance qu'un jour, une compagnie plus audacieuse et moins profiteuse verrait l'avantage de relier Portage-du-Fort au chemin de fer principal.

Les villageois ont dû attendre jusqu'en 1916 pour que le train fasse son entrée à Portage-du-Fort. Entre-temps, la moitié de la population avait quitté l'endroit. L'année où le train arrive, le village est rasé par les flammes. Il ne s'en remettra jamais.

La PPJ, dont le nom a une fois de plus été changé en signe de dérision pour la «Poor People's Journey» n'a jamais respecté sa promesse de relier Aylmer à Pembrooke. Le terminus était à Waltham, faisant longtemps du Pontiac un cul-de-sac.

Le train, qui a permis l'essor de l'industrie laitière, bovine et minière, a aussi fortement agi comme un moyen pour quitter la région.

Sources

L'autre Outaouais, de Manon Leroux, Éditions Pièce sur pièce

Clarendon and Shawville, de Lloyd Armstrong

Want of Communication. A History

of Transportation in Pontiac County, de Gordon Graham

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