La légende de l'astrolabe 

Le Canada est encore un nouveau-né à l'été 1867. Edward George Lee, lui, est... (Photo: courtoisie Musée canadien des civilisations)

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Le Canada est encore un nouveau-né à l'été 1867. Edward George Lee, lui, est assez grand pour aider son père à défricher la terre familiale au lac Green, à 140 km à l'ouest d'Ottawa.

Au beau milieu des travaux, le jeune homme fait une découverte exceptionnelle. Il trouve, par terre, des objets disparates, dont une vieille chaîne rouillée, des bols de cuivre et des gobelets d'argent. Il trouve autre chose aussi : un objet qui deviendra autant mythique que controversé.

Il trouve un astrolabe dont la date de fabrication indique 1603. Au départ, la découverte de Edward George Lee ne suscite aucun intérêt. Ce n'est que 12 ans plus tard que cet artefact entra dans la légende comme « l'astrolabe de Samuel de Champlain ».

En 1879, les Oeuvres de Champlain, de l'abbé Charles-Honoré Laverdière, ne sont disponibles que depuis neuf ans. Trois intellectuels de l'époque font des liens entre le récit de Champlain et l'astrolabe trouvé au lac Green. La rumeur se répand comme une traînée de poudre. Certains éléments de l'analyse de ces trois hommes concordent. Les gens veulent y croire. Le Canada, nouveau pays, est à la recherche de ses symboles fondateurs.

Pour l'astrolabe, le contexte est parfait, les étoiles sont alignées.

Le mythe est né.

Des faits contradictoires

Toutefois, des faits qui auraient pu prouver le contraire sont tout simplement ignorés.

Dans un texte publié dans la revue Hier encore, Julie Savard, la directrice du Réseau du patrimoine gatinois, recense tous les éléments de l'enquête.

Désolé pour ceux qui y croyaient encore, mais l'astrolabe découvert au lac Green en 1867, même s'il a une valeur inestimable - seulement 35 astrolabes de cette époque existent encore aujourd'hui dans le monde - n'est pas celui de Samuel de Champlain. C'est presque impossible.

« En reprenant le récit du voyage de Champlain en Outaouais en 1613, on se rend compte qu'il a dû délester du matériel à deux reprises afin de voyager plus léger, explique Mme Savard. La deuxième fois, c'est juste avant la partie terrestre de son voyage, en partant de Portage-du-Fort pour se rendre au lac Muskrat. »

Champlain écrit même avoir dû laisser derrière lui de la nourriture et des vêtements, note-t-elle. « Que faisait-il avait une chaîne, des chaudrons de cuivre et des gobelets d'argent, ces objets retrouvés avec l'astrolabe, questionne Mme Savard. Ce sont des objets qui sont beaucoup trop lourds pour rien et qui ne sont pas essentiels à la survie. »

Par ailleurs, la grosseur de l'astrolabe retrouvé ne correspond pas avec la précision des lectures que fait Champlain. Celles de Champlain sont beaucoup trop précises pour avoir été faites avec ce petit astrolabe, ajoute Julie Savard.

Un des éléments qui permettent de défendre la thèse voulant qu'il s'agisse bien de l'instrument de navigation du célèbre explorateur natif de Brouage, c'est que Champlain a complètement cessé de prendre des lectures le 6 juin. Cela est vrai. Samuel de Champlain aurait donc perdu son astrolabe. Et le lieu de la découverte correspond avec la date à laquelle il aurait pu passer près du lac Green.

Julie Savard rétorque que l'explorateur prenait aussi des mesures avec un habitacle de compas standard assorti d'une rose de 32 divisions. « Mais avec cet instrument, il faut le soleil, dit-elle. Ça fonctionne à partir de l'ombre du soleil à midi. Rien à faire avec ça les jours nuageux. »

L'Outaouais a bien changé depuis 400 ans, mais pas au point où les journées nuageuses ne font plus partie de sa réalité. Peut-être ne faisait-il tout simplement pas beau quand Champlain est venu pour la première fois en Outaouais.

La route terrestre prise par Champlain en 1613 a longtemps été utilisée par les Jésuites qui voulaient se rendre en Huronie. Ces derniers étaient reconnus pour leurs connaissances scientifiques. L'astrolabe dit « de Champlain » est en exposition permanente au Musée canadien des civilisations depuis 1989.

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