Un mensonge au coeur de la première visite

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Le mensonge, qu'il soit français ou algonquin, est au centre du voyage qui a mené Samuel de Champlain en Outaouais, en 1613.

Lorsque l'explorateur français a remonté la rivière des Outaouais, il y a 400 ans cet été, c'était dans le but de découvrir la mer du Nord [la Baie d'Hudson], le fantasme du passage vers la Chine. C'est sur la foi de son interprète, Nicolas Vignau, un coureur des bois, que Champlain entreprend ce périple. Vignau affirme avoir vu de ses yeux cette mer qui fait l'envie de tous les explorateurs.

L'interprète vient de passer un hiver avec Tessouat, le chef Algonquin Kitchesipirinis. C'est lui qui contrôle la rivière des Outaouais, qui relie les nations du Sud et du Nord. Il est installé à l'île aux Allumettes, véritable goulot d'étranglement naturel. Tessouat en mène large. Attitude ostentatoire, charisme particulier, c'est un homme qui sait se faire respecter. Il fait de la traite de fourrure, il fait la guerre, et protège son peuple.

Quand Samuel de Champlain remonte la rivière des Outaouais en 1613, il n'est pas un inconnu. Une réputation le précède, explique Jean-Luc Pilon, conservateur archéologue au Musée canadien des civilisations. Il est un allié des Algonquins Kitchesipirinis, ceux de Tessouat. Les deux hommes se connaissent depuis une première rencontre à Tadoussac en 1603.

Champlain s'est allié aux Algonquins et aux Hurons pour battre les Iroquois au lac Champlain, en 1609. C'est la première alliance du genre entre Européens et peuples autochtones. L'explorateur français a aussi sorti son mousquet, autre première pour les Amérindiens. L'effet a été saisissant. Dans la victoire, Champlain a même été blessé au combat. Il est digne de confiance.

En 1613, l'étoile de Champlain a quelque peu pâli, précise M. Pilon. Retenu en France, il ne s'est pas présenté l'année précédente pour participer à une vaste campagne guerrière contre les Iroquois. Une participation qui faisait pourtant l'objet d'une entente conclue avec Tessouat en 1611.

Quand Champlain met le pied sur l'île de Tessouat, après 13 jours de voyage, le 8 juin 1613, la première chose que fait le chef est fort probablement de lui remettre son absence de l'année précédente sous le nez.

L'explorateur veut poursuivre sa route. Tessouat, contrôlant jalousement la rivière des Outaouais, la lui barre. Le chef des Kitchesipirinis accuse Vignau de mentir, il affirme que jamais ce dernier n'a vu la mer du Nord. Il se propose même à Champlain pour régler son compte à ce menteur. Champlain lui sauve la vie, mais lui retire sa confiance. Samuel de Champlain n'est visiblement pas satisfait de son interprète. Il amorce même le compte rendu de son voyage de 1613 par une sévère remontrance à Vignau, « le plus imprudent menteur » qu'il ait jamais connu.

Mais Tessouat n'est pas au-dessus de tout soupçon. « Il est clair que Tessouat a un souci d'empêcher les Français de passer, explique Julie Savard, directrice du Réseau du patrimoine gatinois. Tessouat a un intérêt stratégique majeur dans le commerce des fourrures et dans le positionnement diplomatique. En laissant passer Champlain, il affaiblit son rôle d'intermédiaire entre les nations en amont et en aval de la rivière. »

Tessouat ira même jusqu'à mentir à Champlain, en lui disant que les nations en amont, les Hurons Nipissing, sont des sorciers et qu'ils sont très agressifs. Pourtant, Tessouat est allié avec ces nations. Il fait du commerce avec eux.

« Champlain ne s'obstinera pas beaucoup, remarque M. Pilon. C'est une marque de respect caractéristique des relations établies par Champlain avec les peuples autochtones. Oui, il se fait bloquer la route, il est obligé de rebrousser chemin, mais ce voyage, si les Amérindiens avaient voulu l'empêcher, ils l'auraient fait, à n'importe quel moment. Ils lui ont permis de se rendre jusqu'à l'île aux Allumettes. Ils lui ont donné des canots et fourni des guides. »

Vignau disparaîtra dans les bois. Plus jamais on n'entendit parler de lui. Champlain tenta le coup de nouveau en 1615. Il contourna Tessouat. Le chemin vers la mer du Nord est le bon, mais pas aussi simple que ne le laissait entendre l'interprète Vignau. Les Nipissing, pour leur part, n'avaient rien de sorciers agressifs et sanguinaires tels que dépeint par Tessouat.

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