Du Liban à la rue Notre-Dame

De sa mercerie, fondée en 1948, William Assad... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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De sa mercerie, fondée en 1948, William Assad a vu la rue Notre-Dame naître, prospérer et puis péricliter. «C'était noir de monde ici, dans ce temps-là. [...] Là, sur la rue Notre-Dame, il n'y a plus grand-chose.»

Patrick Woodbury, LeDroit

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Treize familles. Des noms connus, familiers. Des pionniers. Des familles qui par leurs actions et réalisations ont façonné la région. Le 22 novembre prochain, le Réseau du patrimoine gatinois convie toute la population à visiter son exposition virtuelle Regard sur des familles pionnières d'ici. Photos inédites, documents surprenants, des personnages plus grands que nature. C'est une partie de « l'ADN » de toute la région qui pourra être consultée en quelques clics de souris. Nous vous donnons aujourd'hui un avant-goût de cette exposition en vous présentant l'histoire de deux familles qui ont fait leur marque dans le commerce : les familles Assad et Boisvenu.

William Assad - Willie pour tous ceux qui le connaissent - était aux premières loges dans les belles années de la rue Notre-Dame, dans le Vieux-Gatineau. De son commerce, la mercerie Assad, fondée en 1948, il a vu cette artère commerciale naître, connaître ses années folles et prospères, péricliter et, finalement, lutter pour sa survie.

Lorsqu'en décembre prochain, Willie Assad quittera pour une dernière fois son petit bureau situé tout au fond de la mercerie construite par son père, Adélard Assad, il mettra à la fois fin à un chapitre important de l'histoire commerciale de Gatineau, mais aussi à un pan complet de l'histoire de cette famille libanaise arrivée à Buckingham en 1903.

«J'ai appris mon métier avec mon père. Lui, il a travaillé comme un cheval», lance sans hésitation le vieil homme aujourd'hui âgé de 85 ans. «Il avait la mercerie au 513 de l'avenue Buckingham qu'il a fondé en 1911. On vivait tous à l'étage. Je me souviens d'être allé souvent avec lui à Montréal, en train, pour aller chercher de la marchandise. Surtout durant la Guerre. C'était plus compliqué d'avoir de la marchandise pendant cette période.»

Cet édifice de brique rouge au centre-ville de Buckingham appartient toujours à la famille Assad. David, le jeune frère de William, est lui aussi commerçant dans le secteur du vêtement et il y tient son magasin-entrepôt, d'où il approvisionne ses boutiques des Galeries de Hull et des Galeries d'Aylmer depuis maintenant plus de 40 ans.

«Quand j'ai ouvert mon magasin ici en 1948, il n'y avait pas grand-chose, raconte Willie Assad. Gatineau était un petit village. Il n'y avait même pas 3000 personnes. Je priais le Bon Dieu pour que ça marche. Les premiers temps ont été difficiles; c'était un péché mortel, mon affaire. Pendant trois ans, j'ai fait le trajet Gatineau-Buckingham en autobus, matin et soir.»

L'instinct des affaires

Willie Assad a vite compris que ce n'était pas la pensée magique qui allait le faire prospérer. Il entreprit d'aller directement à la rencontre de ses clients: les gars de la CIP (aujourd'hui Produits forestiers Résolu).

Chaque matin, à l'heure du changement de quart de travail de l'usine, Willie se rendait au restaurant, juste en face, pour prendre un café avec les travailleurs. «Je parlais à ceux qui rentraient et après à ceux qui sortaient. J'ai fait ça pendant 35 ans, tous les matins», précise-t-il.

C'est de cette façon que William Assad a fini par décrocher le contrat des «bottines de sécurité» pour les travailleurs de l'usine. «La compagnie payait les bottes à ses employés, explique l'homme d'affaires. Mais c'était du trouble pour elle. J'ai convaincu le patron de me donner le contrat. Les gars venaient chez nous chercher leurs bottines, ils signaient leur nom et ensuite la compagnie me remboursait.»

Cette histoire, Willie Assad la raconte avec fierté. La fierté de celui qui connaît très bien la valeur qu'a eue ce bon coup pour l'avenir de sa business. Ce contrat représentait des centaines de travailleurs qui devaient passer par son commerce pour se chausser. Il ne cache pas en avoir profité aussi pour en habiller quelques-uns au fil des années. Certains de ses clients lui sont fidèles depuis plus de 40 ans.

À la même époque, Gatineau connaît un essor important. Sa population est en croissance, les affaires aussi. «La rue Notre-Dame s'est développée vite, dit-il. Il y avait un des beaux théâtres de la région (Théâtre Laurentien) et le Manoir Papineau. Il y avait beaucoup de commerces. C'était noir de monde ici, dans ce temps-là. Mais bien des affaires ont passé au feu. Là, sur la rue Notre-Dame, il n'y a plus grand-chose. Je suis le seul vieux qui reste, le seul qui aura vécu tout ça. Je vais être le dernier à partir. Ça ne reviendra plus jamais comme c'était ici.»

Un autre de ses frères, Mark, a lui fait sa marque en politique. Il a d'abord été député de Papineau, de 1970 à 1976 et de 1981 à 1988, avant de céder sa place à Norman MacMillan pour se lancer dans l'arène fédérale, où il a été élu député aux élections de 1993 et 1997.

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