La laiterie de la famille Boisvenu

Rachel Boisvenu et son frère Guy, les enfants... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Rachel Boisvenu et son frère Guy, les enfants du fondateurs de la Laiterie Château.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Treize familles. Des noms connus, familiers. Des pionniers. Des familles qui par leurs actions et réalisations ont façonné la région. Le 22 novembre prochain, le Réseau du patrimoine gatinois convie toute la population à visiter son exposition virtuelle Regard sur des familles pionnières d'ici. Photos inédites, documents surprenants, des personnages plus grands que nature. C'est une partie de « l'ADN » de toute la région qui pourra être consultée en quelques clics de souris. Nous vous donnons aujourd'hui un avant-goût de cette exposition en vous présentant l'histoire de deux familles qui ont fait leur marque dans le commerce : les familles Assad et Boisvenu.

«Un jour, ma mère a dit à mon père: c'est ton hôtel ou ta famille, choisis. Mon père, Albert Boisvenu, a choisi la famille et a fondé la Laiterie Château à Buckingham.»

Rachel Boisvenu parle de son père avec admiration, comme d'un homme souriant et avenant, aimé et respecté de ses employés. Un père taquin qui aimait fumer le cigare, mais que la maladie a emporté trop vite, à l'âge de 58 ans. «Il faisait de grosses journées, mais il était tout le temps là pour souper», ajoute Guy, le frère cadet de Rachel.

Avant le lait, c'est plutôt dans la vente d'alcool qu'Albert Boisvenu brassait des affaires. Comme son père et son frère d'ailleurs. Napoléon Boisvenu, arrivé à Notre-Dame-de-la-Salette dans les années 1890, était propriétaire de l'hôtel du village. Ses fils Donat et Albert ont marché dans ses traces. Donat sera propriétaire des hôtels mythiques Palace et Alexandra, à Buckingham, et du Manoir Papineau, sur la rue Notre-Dame à Gatineau.

Albert Boisvenu sera lui propriétaire de l'hôtel Grandview, à Perkins, jusqu'à ce qu'il déménage à Buckingham en 1949. C'est à ce moment qu'il achète d'un monsieur Séguin cet édifice de brique rouge sur la rue Georges qui, avec sa tourelle, avait l'allure d'un petit château. L'édifice abrite déjà les équipements de la future Laiterie Château.

Les années qui suivirent forgeront les souvenirs d'enfance de Rachel et Guy Boisvenu. Une bonne partie de leur jeunesse s'est faite au rythme de l'entreprise familiale. «Dans le temps, on passait le lait cinq jours par semaine, raconte Guy. On était en congé les mercredis et les dimanches. J'ai été embouteilleur, nettoyeur de bidons, laveur de bouteilles, j'ai presque tout fait à la laiterie quand j'étais jeune. Mon père me préparait pour que je prenne la relève.»

Rachel Boisvenu trouve aujourd'hui difficilement les mots pour exprimer ce qu'elle ressentait en travaillant dans l'entreprise de son père. «J'adorais la laiterie, dit-elle. J'aimais l'ambiance, tous les aspects de ce commerce. Je rencontrais plein de monde. Je m'occupais du travail de bureau.»

L'incendie de la laiterie

Le 27janvier 1964 est cependant une journée triste dans la vie des Boisvenu. Il y en aura d'autres en peu de temps. Ce froid matin d'hiver, le vieux camion de pompier de Buckingham que la Ville de Gatineau ressort aujourd'hui sporadiquement est appelé d'urgence à la Laiterie Château. Un incendie fait rage. Un ouvrier avec un chalumeau aurait mis le feu.

«Je voyais la colonne de fumée de ma classe, raconte Guy. Ç'a brûlé toute la journée. En après-midi, je n'en pouvais plus. J'ai quitté l'école pour aller à la laiterie.» Pour Rachel, la mauvaise nouvelle ne lui sera transmise qu'en fin d'après-midi. «J'étais en 12e année, à Hull, précise-t-elle. C'est le chauffeur d'autobus qui me l'a dit à la fin des classes. Il m'a débarqué à la laiterie et je suis allée aider les autres à sortir ce qui pouvait être sauvé des décombres.»

Guy Boisvenu n'avait que 15 ans, mais il se souvient très bien de la réunion que son père a eue avec ses employés au sous-sol de la maison le soir même. Grâce à une entente avec Sealtest, Albert Boisvenu a pu honorer ses contrats et conserver ses routes de lait. Ses employés ont travaillé à l'usine de Sealtest pour assurer la production le temps que la laiterie soit reconstruite.

Ce stress, ajouté à celui d'une volonté de ses employés de se syndiquer, a affaibli Albert Boisvenu. Il est décédé deux ans seulement après l'incendie de la laiterie qu'il avait fondée.

Guy a 17 ans; Rachel, 19 ans. Puisqu'ils sont trop jeunes pour prendre la relève, c'est à la femme d'Albert, Alice Lanthier, que reviennent les rênes de l'entreprise familiale. «C'était trop gros pour ma mère je pense, affirme Guy. Elle l'a vendu un an plus tard.»

Plusieurs propriétaires se sont ensuite échangés la Laiterie Château, jusqu'à ce qu'Agropur ferme définitivement les portes en 2006. «Ça, j'ai trouvé ça dur, admet MmeBoisvenu. J'ai aussi trouvé ça bien triste de voir qu'Agropur refuse de permettre l'utilisation du nom 'Laiterie Château' à ceux qui voulait la relancer.»

Pour Guy Boisvenu, c'est la démolition de ce qu'avait construit son père qui a été douloureux. «Je voyais mon père, tous les efforts qu'il a mis là-dedans, dit-il. Je revoyais tous mes souvenirs de jeunesse dans lesquels on mettait la pelle mécanique.»

Ce dernier se réjouit toutefois de l'existence de la Laiterie de l'Outaouais, qu'il perçoit un peu comme un legs de son père à la région.

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