L'analyse d'impact n'est disponible qu'en anglais

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«C'est inacceptable que les francophones, incluant les experts qui s'intéressent à ce dossier, n'aient pas accès à toute la documentation dans leur langue», estime Patrick Nadeau, directeur général du groupe Sentinelle de la rivière des Outaouais.

Étienne Ranger, Le Droit

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Paul Gaboury
Le Droit

Vivement préoccupé par les fuites qui pourraient provenir de l'immense dépotoir nucléaire de surface que l'on propose de construire à Chalk River, sis à deux heures de route à l'ouest d'Ottawa, le groupe Sentinelle de la rivière des Outaouais déplore que le document d'impact environnemental déposé par le promoteur ne soit disponible qu'en anglais.

Dans le cadre du processus en cours mis de l'avant par la Commission canadienne de la sûreté nucléaire, le promoteur Les Laboratoires Nucléaires Canadiens n'a pas cru bon de faire traduire en français le document de 990 pages intitulé Environnement Impact Statement, préparé par la firme Golder Associates et déposé en mars.

Les intervenants disposent de 60 jours, soit jusqu'au 28 mai, pour faire connaître leur opinion sur le document rédigé en anglais. Seul un sommaire a été préparé pour les francophones.

«C'est un projet majeur qui va avoir des impacts sur l'environnement et la rivière des Outaouais pendant plusieurs centaines d'années. C'est inacceptable que les francophones, incluant les experts qui s'intéressent à ce dossier, n'aient pas accès à toute la documentation dans leur langue. C'est très technique, et ce n'est pas évident de bien comprendre quand ce n'est pas dans notre langue. Ici, nous avons même dû embaucher des experts pour débroussailler tout cela pour nous», a expliqué Patrick Nadeau, directeur général du groupe Sentinelle de la rivière des Outaouais. 

Le dépotoir de Chalk River serait aménagé à environ un kilomètre des berges de la rivière des Outaouais, et devrait recevoir jusqu'à un million de mètres cubes de déchets radioactifs d'ici 2070. Le groupe craint qu'une fuite contamine les eaux de la rivière des Outaouais qui alimente en eau plusieurs municipalités, dont Ottawa et Gatineau. 

«Une tierce partie»

Dans une lettre dont nous avons obtenu copie, la Commission canadienne de la Sûreté nucléaire (CCSN) soutient qu'elle n'a pu obliger le promoteur du projet de dépotoir, Les Laboratoires Nucléaires Canadiens, à traduire la documentation technique, puisqu'il s'agit d'une «tierce partie» qui n'est pas soumise à la Loi sur les langues officielles. En guise de consolation à un plaignant, la Commission a plutôt proposé de traduire certaines sections du document déposé par le promoteur du projet.

«Malheureusement, nous ne sommes pas en mesure de traduire au complet l'étude d'impact environnemental (EIE) à temps pour l'examen public, et parce que l'étude est un document préparé par une tierce partie, il n'est pas assujetti aux exigences sur les langues officielles. Toutefois, s'il existe des sections spécifiques de l'EIE dont vous êtes intéressé, nous serions prêts à travailler avec vous sur une solution, tel que la traduction de quelques sections du rapport» indique dans cette lettre Nicole Frigault, de la CCSN, rappelant qu'un sommaire est disponible «en français» sur le site internet.

Avis juridique

«Nous avons déjà demandé un avis juridique, et nous étudions évidemment la possibilité de porter plainte au Commissaire aux langues officielles», a indiqué M. Nadeau. Une enquête du Commissaire est un processus long et M. Nadeau se demande comment elle pourra aider puisque la fin de cette partie de consultation se termine à la fin mai. Il soutient que le promoteur aurait dû offrir le document en français pour montrer sa bonne foi en raison de l'impact du projet.  

«La construction du dépotoir pourrait débuter dès 2018 et être terminé en 2020. Même si on nous confirme dans deux ans que le document aurait dû être traduit en français, qu'est-ce que ça va donner? Mais on regarde toutes nos options», a souligné M. Nadeau.




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