La décision de l'UE d'expulser des migrants critiquée

Des migrants tentent de se réchauffer dans un... (Dimitar Dilkoff, AFP)

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Des migrants tentent de se réchauffer dans un camp de fortune, à la frontière de la Grèce et de la Macédoine.

Dimitar Dilkoff, AFP

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Associated Press
Bruxelles, Belgique

Les Nations unies et plusieurs groupes humanitaires ont dénoncé mardi l'intention de l'Union européenne d'expulser des milliers de réfugiés vers la Turquie, puisque ce pays n'est possiblement pas prêt à les accueillir convenablement.

Les leaders européens et turcs ont conclu pendant la nuit une ébauche d'entente qui confie essentiellement en sous-traitance le problème européen des réfugiés: ceux qui arrivent en Grèce pour échapper à la violence ou à la pauvreté seront renvoyés vers la Turquie s'ils ne présentent pas une demande d'asile.

Pour chaque immigrant renvoyé, l'UE s'engage à accueillir un réfugié syrien, ce qui pourrait réduire la pertinence de faire affaire avec des passeurs parfois malhonnêtes pour tenter de rejoindre l'Europe.

La Turquie pourrait empocher des milliards de dollars en aide, accélérer son admission au sein de l'UE et obtenir la liberté de circulation pour ses citoyens, sans visas, d'ici quatre mois.

La chancelière allemande Angela Merkel a expliqué que le projet d'entente, qui a été approuvé par les 28 membres de l'UE, prévoit que les migrants arrivés illégalement en Europe seront renvoyés d'où ils sont arrivés, à la fin de la file pour venir en Europe.

Mais l'ONU et des groupes humanitaires croient que la Turquie n'est possiblement pas une destination sécuritaire. Plus de 2,7 millions de réfugiés, principalement des Syriens, se trouvent déjà dans ce pays. La plupart sont hébergés par des familles turques ou dorment à la belle étoile, et peu profitent d'abris financés par le gouvernement.

«Je m'inquiète grandement de toute entente qui prévoit le retour aveugle de quiconque d'un pays vers un autre sans détailler la protection offerte aux réfugiés», a dit aux parlementaires européens le Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi.

Amnistie internationale a prévenu que le plan, dont les détails seront finalisés lors d'un sommet à Bruxelles le 17 mars, est truffé de failles juridiques. La tentative de l'Europe de désigner la Turquie comme pays sécuritaire est «incroyablement myope et inhumaine», a dit l'organisation.

«La Turquie a renvoyé de force des réfugiés vers la Syrie, et plusieurs réfugiés sur son territoire vivent dans des conditions abominables sans logement adéquat, a déploré la patronne d'Amnistie en Europe, Iverna McGowan. Il est impossible d'imaginer que la Turquie puisse être considérée comme étant un 'pays tierce sécuritaire' à qui l'Europe pourrait tranquillement sous-traiter ses obligations.»

Médecins sans frontières estime qu'il s'agit d'une entente cynique qui démontre que les «leaders européens ont complètement perdu le contact avec la réalité».

«Il est clair que l'Europe est prête à tout, y compris à mettre en danger les droits humains de base et les principes de la loi sur les réfugiés, pour bloquer le flot de migrants et de réfugiés», a déclaré la conseillère humanitaire de l'organisation, Aurélie Ponthieu.

De son côté, le secrétaire-général des Nations unies, Ban Ki-moon, a dit s'inquiéter des politiques d'asile de plus en plus intransigeantes de l'Europe, de la montée du discours anti-immigration et des attaques lancées contre les migrants.

«Les partis politiques nationalistes et d'extrême-droite enflamment la situation à un moment où nous devrions être à la recherche de solutions harmonieuses basées sur un partage des responsabilités», a dit M. Ban lors d'une visite à Berlin.

Le chef de l'ONU estime que l'Europe pourrait «faire beaucoup plus» pour gérer le flot de réfugiés, en comparaison avec les efforts de la Turquie, du Liban et de la Jordanie pour accueillir à eux seuls environ cinq millions de personnes.

L'Europe a été complètement dépassée par l'arrivée d'un million de réfugiés en 2015 et d'environ 140 000 depuis le début de l'année, surtout en Grèce depuis la Turquie. Les pays le long du corridor emprunté par les migrants ont réagi en érigeant des barrières et en fermant leurs frontières.

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