Tous les Français ne sont pas Charlie

Les musulmans ne vivent pas tous les effets... (Agence France-Presse)

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Les musulmans ne vivent pas tous les effets de l'attentat contre Charlie Hebdo de la même façon.

Agence France-Presse

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(Paris) «Pourquoi on fait une minute de silence pour 17 morts quand il y en a eu des milliers en Syrie?».

Malgré les nombreux appels à l'unité nationale dans la foulée des attentats de Paris, certains jeunes français de confession musulmane refusent de participer à l'élan de solidarité.

Dans la classe de Julie*, une professeure d'anglais de la banlieue parisienne qui souhaite préserver son anonymat, le journal satirique Charlie Hebdo, décimé dans une attaque terroriste la semaine dernière, évoque la haine et la colère.

«Ils l'ont cherché»; «Ils ont provoqué»; «On n'a pas le droit de dessiner le prophète Mahomet», ont pesté des élèves avec «rancoeur» dans les derniers jours.

Ces journalistes méritaient-ils la mort pour autant, questionne l'institutrice?

Dès les premières heures suivant le carnage au siège de Charlie Hebdo, mercredi dernier, le Ministère de l'Éducation nationale a fait parvenir ses directives à tous les enseignants de France.

«N'hésitez pas à répondre aux questions des élèves, en sachant bien sûr que l'idée est de défendre la liberté d'expression et de parler du fait que c'est un moment grave», résume l'institutrice.

L'exercice s'est avéré périlleux dans certains établissements, dont au collège (école secondaire) où travaille Julie, à Nanterre, en banlieue de Paris, une Zone d'éducation prioritaire (ZEP).

Combattre la colère par le rire

L'institutrice a combattu la colère par le rire, en se servant des dessins de Charb, Cabu, Honoré, Tignous, et Wolinski, tous tués lors de l'attaque.

«Je leur ai montré des caricatures avec Johnny Hallyday, François Hollande, Dieudonné, et ils ont rigolé. Je leur ai expliqué que c'était de l'humour. Qu'on peut rire des choses qui ne sont pas toujours très drôles. Ça a été dur à leur faire comprendre. Ça peut énerver mais tout le monde est visé (dans les caricatures), pas juste les musulmans», estime-elle.

Une forme d'injustice

Les actes antimusulmans se sont multipliés depuis les attentats. Des «pots cassés» que doivent recoller des jeunes qui se sentent déjà marginalisé, croit Julie, qui tente de convaincre ses élèves de canaliser leur colère sur les terroristes.

«Ils le vivent comme une injustice. Et je comprends. En même temps, c'est délicat. J'ai envie de leur dire que c'est à eux de redorer le blason.»

Elle les appelle aussi à être vigilants dans l'avenir.

«Mes élèves sont ceux qui vont être victimes de personnes qui vont les approcher pour aller faire le djihad. Peut-être qu'un jour on essayera de les influencer, prévient-elle. Quand on leur dit ça, ils ne comprennent pas trop. Ils ne se rendent pas compte.»

*nom fictif

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