CAREN au secours des vétérans

Aide réelle, environnement virtuel

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Pendant que les Canadiens tâchent ces jours-ci de se souvenir des sacrifices consentis par les milliers de soldats morts au combat, de nombreux militaires blessés gravement en mission tentent, eux, de réapprendre à vivre.

Qu'il s'agisse de gérer le stress post-traumatique, d'apprendre à marcher avec une prothèse après avoir vu ses membres amputés ou de traiter des blessures de la moelle épinière, CAREN voit défiler chaque semaine une poignée de patients, dans ses bureaux du campus Général de l'Hôpital d'Ottawa.

Le CAREN, pour « Computer Assisted Rehabilitation Environment » ou Système informatisé d'environnement de réadaptation, est un appareil à la fine pointe de la technologie conçu pour la réadaptation, l'évaluation et la recherche.

Construit en collaboration avec les Forces canadiennes pour traiter les centaines de soldats blessés en Afghanistan, il permet aux patients d'évoluer dans des lieux virtuels et contrôlés par ordinateur, afin d'améliorer leur mobilité, leur équilibre et leur capacité de se déplacer dans divers environnements. Il s'agit du premier centre du genre au pays. Un second a depuis ouvert à Edmonton.

« C'est comme un jeu vidéo », explique Courtney Bridgewater, opératrice du CAREN.

En simulant des terrains accidentés, des pentes, ou même les vagues de la mer, le CAREN a permis à une centaine de personnes de réapprendre à utiliser leurs membres et à pallier l'amputation de certains d'entre eux, depuis un an.

« Ça me redonne la confiance nécessaire pour réapprendre à marcher », affirme sans hésiter le sergent Bjarne Nielsen.

Costaud, souriant, l'homme revient de loin.

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Premier juillet 2010. Jour de la fête du Canada. Bjarne Nielsen effectue une patrouille de routine avec son peloton dans le village de Nakhonay, une petite communauté agricole située à une vingtaine de kilomètres de Kandahar. Voilà deux mois qu'il est là, sur le terrain.

La menace talibane n'est jamais bien loin. Le sergent Nielsen sait que rien ne doit être laissé au hasard.

Il s'avance. Un pas de trop.

Il entend un déclic, celui d'un engin explosif improvisé, une mine de fortune. La lumière l'entoure. « Je suis projeté 17 mètres dans les airs. Je me ramasse dans le champ situé à côté de la route que je patrouille. »

Il perd sa jambe gauche. Il est éveillé. « Mon torse est ouvert. Mon épaule se sépare. Mon coude se fracture, explose en tous petits morceaux. » Il saigne à profusion.

Heureusement, il a bien formé son peloton. Ses subalternes se précipitent pour l'aider. En quelques minutes, un hélicoptère arrive. Sa vie ne tient qu'à un fil. Puis, plus rien.

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Pendant des mois, le sergent Nielsen s'est apitoyé sur son sort. « Et un jour, j'en ai eu assez d'être couché, là, dans mon lit. Je me suis dit qu'il fallait que j'agisse. »

C'était en avril 2011.

Il a été l'un des premiers patients du Laboratoire de réalité virtuelle pour les patients en réadaptation de l'Hôpital d'Ottawa.

Trois jours après avoir reçu sa jambe artificielle, en juin 2011, il enfilait sa veste de sécurité et posait pour la première fois les pieds sur le CAREN.

Un an et demi plus tard, l'homme d'une quarantaine d'années marche en boitant, mais sans hésiter.

« Allez, quelques degrés de plus », lance-t-il à l'opératrice du logiciel. La pente sur laquelle il se trouve a déjà une inclinaison de plus de 15 degrés.

Dans son « jeu » vidéo, il se trouve sur une immense passerelle de bois, qui tangue tantôt vers la gauche, tantôt vers la droite.

Bjarne Nielsen se tient sur une plate-forme qui peut bouger vers l'avant, vers l'arrière, de gauche à droite et de haut en bas. La plate-forme peut également reproduire le mouvement de montée et de descente, s'incliner d'un côté à l'autre et tourner sur elle-même.

Il fait face à un écran de 180 degrés, qui fait 6 mètres de largeur et 3 mètres de hauteur.

« Les mouvements de l'utilisateur sont captés par des caméras, puis réfléchis sur l'écran, ce qui lui donne l'impression d'être plongé dans l'environnement virtuel », précise Mme Bridgewater.

« La terre n'est pas plate. Alors, de faire des exercices dans le CAREN, comme de descendre ou même monter une côte, ça me permet d'apprendre, ça me permet d'avoir confiance. Je me sens moins inquiet », résume le sergent.

« C'est la plus haute technologie qui existe tant pour les blessures physiques et psychologiques », affirme Markus Besemann, le chef de la médecine de réadaptation des Services de santé des Forces canadiennes.

« Ce territoire 'immersif' nous permet de travailler sur plusieurs aspects de la réadaptation simultanément, souligne-t-il. Un physiothérapeute pourrait pratiquer dans un gymnase, travailler sur un élément à la fois dans un environnement qui n'est pas tout à fait un reflet de la vie quotidienne. Ici, le patient interagit à plusieurs niveaux avec des stimuli visuels, auditoires et autres. Et comme c'est comme un jeu vidéo, les gens sont plus impliqués. »

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