Dans la peau d'un pompier (en vidéo)

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« Êtes-vous anxieux ? Non ? Vous devriez ! » Le chef Gilles Vekeman s'amusait à tirer la pipe aux journalistes jeudi midi. Les pompiers de Gatineau ont invité les médias à essayer leurs nouvelles installations de formation à la caserne de Buckingham.

Un complexe flambant neuf de 1,5 million ouvert depuis moins de trois semaines. C'est ici que les pompiers s'entraîneront à combattre les flammes dans des conditions qui se rapprochent de très près de la réalité, mais sans le danger d'un véritable incendie.

Si le chef Vekeman se paie gentiment notre tête, c'est qu'il sait ce qui nous attend. Il faut dire que l'expérience d'hier a permis aux journalistes de mieux connaître un métier très éprouvant. Il y a le poids de l'équipement, bien sûr. Le masque à air inconfortable. Le sentiment de confinement quand on se retrouve dans une pièce remplie de fumée. Les escaliers à monter avec le lourd boyau sous le bras. Mais le plus effrayant, et il faut le vivre pour le comprendre, c'est la chaleur. La chaleur infernale du brasier.

Le temps où les pompiers s'exerçaient en allumant un feu dans une maison abandonnée est révolu. Aujourd'hui, ils s'entraînent dans une tour de formation comme celle qui s'élève sur trois étages dans la cour arrière de la caserne. Il y a aussi deux simulateurs d'embrasement. À prime abord, on dirait des conteneurs rouges empilés les uns par-dessus les autres. Malgré leur aspect rudimentaire, ces joujoux conçus par la société allemande Dräger représentent le nec plus ultra en matière de simulation d'incendie.

Le simulateur ne ressemble pas seulement à un conteneur ; c'est un conteneur de métal. Avec deux portes à l'arrière et une trappe au plafond pour contrôler l'entrée et la sortie d'oxygène. Un baril rempli de bois est installé à l'avant. On rentre à dix là-dedans, journalistes et pompiers confondus, non sans avoir bien vérifié que pas un pouce de peau ne dépasse de nos vêtements ignifuges. Dans cet espace confiné, la température au plafond va grimper jusqu'à 1200 degrés Fahrenheit. Il nous faudra rester accroupis et sortir à quatre pattes en cas de pépin. Autre consigne angoissante : on nous demande de ne pas taper dans le dos d'un collègue. Avec la chaleur, on risque de lui infliger une brûlure au 1e degré...

La lourde porte se ferme avec un bruit sourd. Dans le baril, les flammes gagnent en intensité. Une couche de fumée de plus en plus épaisse se forme dans le conteneur. L'espace est baigné d'une couleur orange. Le spectacle est à la fois effrayant et d'une grande beauté. On peut mouvoir nos mains gantées dans la fumée juste au-dessus de nos têtes. À travers nos masques et notre équipement de pompier, on sent la chaleur monter peu à peu. Tout d'un coup, un phénomène thermique qu'on nous a expliqué plus tôt se produit : la fumée chargée de particules s'enflamme, dégageant une forte bouffée de chaleur. C'est un backdraft ! Un phénomène dangereux que les pompiers doivent apprendre à reconnaître au même titre que le flash-over, le smoke explosion et le flash fire.

Un pompier envoie un jet d'eau au plafond pour faire descendre la température. À mes côtés, le pompier Sylvain Lessard s'enthousiasme. Son oeil exercé ne se lasse pas d'observer le mouvement lascif des flammes. Lors d'un véritable incendie, il n'a pas l'occasion d'observer de tels phénomènes. « On ne reste pas dans une pièce aussi chaude. Trop dangereux. Et personne ne survit à cette chaleur », m'explique-t-il.

Au bout de 15 minutes, j'ai l'impression d'avoir la tête dans un four et j'ai la cuisse qui brûle.

On ressort enfin du conteneur, trempés à lavette.

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