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La génération retrouvée

Depuis sa création, le Rouge et Noir confond... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Depuis sa création, le Rouge et Noir confond les sceptiques en attirant des partisans de la génération montante.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Chronique / Il y a quelque chose de franchement remarquable, quelque chose qui saute aux yeux, quand on se pointe à la Place TD à quelques heures d'un match du Rouge et Noir.

Il est fascinant de constater à quel point les fans de ce club de football sont jeunes.

Les moins de 35 ans composaient encore une grande partie de la foule, mardi midi, lorsque la coupe Grey a défilé dans le Glebe.

Il y avait des enfants, bien sûr. Mais il y avait aussi des jeunes hommes, âgés dans la vingtaine, arborant fièrement la barbe du moment et portant la chemise du bûcheron. Ils étaient assez souvent accompagnés de leurs copines - et ces dernières n'étaient pas là simplement à titre d'accompagnatrices. Elles faisaient la file avec tout le monde, devant la boutique de souvenirs, pour se procurer une tuque ou un t-shirt frappés du logo des nouveaux champions.

C'est remarquable, quand on se souvient des conversations qu'on avait deux ou trois ans avant la naissance de la franchise.

Des gens qui connaissent bien la scène sportive locale s'inquiétaient sincèrement pour les propriétaires du club.

Où et comment allaient-ils trouver leur masse critique de partisans?

Les «purs et durs», ceux qui n'avaient jamais lâché les Rough Riders durant leurs décennies de médiocrité, étaient maintenant trop vieux. Ils avaient marqué les belles années du stade Frank-Clair. On ne pouvait pas compter sur eux pour remplir les gradins de la Place TD.

Les jeunes? Les jeunes de cette ville ne connaissaient pas le football. N'importe qui né après 1985 n'avait pratiquement jamais été exposé au produit offert par la Ligue canadienne.

«Dans nos rencontres, dans nos discussions, nous parlions d'eux comme la génération perdue», m'a d'ailleurs confié le président du Rouge et Noir, Jeff Hunt, quand je l'ai abordé en plein coeur des célébrations.

«Mes propres enfants sont âgés dans la vingtaine. Ils ont grandi à Ottawa et ils ne savaient à peu près rien de la LCF.»

Hunt est convaincu que la rénovation du stade est à l'origine de tout le succès que son organisation a obtenu jusqu'ici. Il n'a probablement pas tort. Au départ, les jeunes se présentaient aux matches dans le but de passer une belle soirée d'été, une bière à la main, dans une ambiance festive au centre-ville.

Ils ne seraient pas revenus au stade par milliers, par un mardi de verglas à la fin novembre, s'ils n'avaient pas aimé le spectacle qu'on leur a présenté.

«Je n'ai pas vraiment saisi l'importance de notre victoire avant de défiler sur la rue Bank», a lancé le vieux quart-arrière Henry Burris quand on lui a demandé de résumer sa journée en 15 mots ou moins.

La génération montante de toute la région avait besoin d'un club sportif derrière lequel se rallier. Mais il fallait que ce club gagne. Ils voulaient se défaire de l'image d'éternelle perdante qui collait à la capitale depuis déjà trop longtemps.

Le maire d'Ottawa, Jim Watson, est certainement porté par cette belle vague. Il n'a pas manqué de me rappeler qu'il s'agit du deuxième championnat sportif remporté par un club de sa ville en 2016. Les Champions règnent en effet sur la Ligue Can-Am de baseball.

«Edmonton a récemment abandonné son sobriquet de ÔCity of Champions'. Il est donc libre. On pourrait peut-être le récupérer», m'a-t-il balancé.

Faudrait pas s'emporter trop vite, monsieur le maire.

La nouvelle génération ne demanderait quand même pas mieux que de changer le cours de l'histoire.

Au fait, dans les réunions auxquelles Jeff Hunt participe, il n'est plus jamais question de la «génération perdue».

«Les jeunes forment le groupe le plus important de notre base de supporters. Nous parlons désormais de la génération trouvée», lance-t-il, tout fier.

***

Quand il contemplait la foule estimée à 40 000 personnes, mardi midi, Ettore Lattanzio ne pouvait s'empêcher de penser qu'il manquait quelqu'un.

Son père, Rosario, a été emporté par le cancer durant la saison.

Le jeune joueur de ligne défensive, qui est originaire d'Ottawa, a été capable de garder le contrôle de ses émotions quand le maître de cérémonie a parlé de tout ça en le présentant à la foule.

«Il me manque, m'a-t-il avoué plus tard. Mais j'ai la conviction qu'il me regarde. Il continue de m'encourager là-haut.»

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